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Publié le 10.06.2008 à 14:02
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ABC : L’homme de lettres.


Pop

Au printemps 83, à ce bon vieil Hammermith Odeon Theater, antique cinéma transformé en salle de concert pour les géants du rock de Knopfler à Clapton en passant par Winwood, ABC la formation de Martin Fry y achève sa triomphale tournée british sur la lancée de son premier album phare « The Lexicon Of Love ». Publiée trois mois auparavant, la production de Trevor Horn (Frankie Goes To Hollywood, Propaganda, Seal) surfe sur la (nouvelle) vague d’un succès total. Un quart de siècle plus tard cette pop lumineuse n’a rien perdu de sa puissance aveuglante…

 

Pour voir les clips

“The Very First Time”, “King Without A Crown” et “The Night You Murdered Love”

allez en bas de page !

Printemps 1983, une vibe pop à la prode décoiffante anime les charts british. Accompagné d’une armada de maxi 45 tours remixés, du jamais vu pour un groupe anglais, le « Lexique de l’amour » de ce groupe inconnu originaire de Sheffield va projeter ses couleurs flashantes sur la new Wave bi-chromée.

Deux ans après Human League et Heaven 17, la ville qui n’était alors réputée que pour le héros de Woodstock, Joe Cocker engendre un nouveau phénomène sonique avec ABC. Jouant à fond sur son concept alphabétique, une certaine élégance un peu décadente à la Saint Martin’s, des textes à double fonds et une pure pop dopée aux violons de la Motown, la formation du blond Martin Fry focalisait toute l’attention des médias anglais. En France, par contre, la mayo avait plus de mal à prendre. Le public corbeau des fans de Cure voyait d’un œil mauvais cette joyeuse farandole et cette débauche de glamour.

Pourtant Martin n’est-il pas à sa manière le digne héritier de Bolan et de Bowie ?

Et si ce soir le show est un peu plombé par ses soucis techniques, l’insouciance, l’excentricité et le panache d’ABC sauront lui faire traverser le temps.

Tout au long des 80’s avec des LP comme « Beauty Stab » (83) ou « Alphabet City » et son explosif « When Smokey Sings » (87) ABC culminera aux sommets des hits. Mais ABC ne survivra pas aux années 90. Après quelques albums décevants, le groupe se désintègre en 97.

Mais les fans qui n’ont jamais perdu espoir de les voir se reformer vont être comblés puisque ABC s’est retrouvé en studio cette année pour la sortie d’un nouveau CD intitulé « Traffic ».

Retour donc à l’extravagance de Martin Fry dans le Londres des 80’s avec ce très long entretien accordé à l’envoyé de Best

 

 

Où l’élégant Martin Fry annonce un nouvel ordre (Alphabétique) du pop anglais qui commence par ABC.

Propos recueillis par GBD

 

ABC ... tu veux dire la réédition Motown de l'album des Jackson Five?

« ABC is easy as 1, 2, 3/ Babe, you and me, ABC/ That's how easy love can be. » (ABC) Non. ABC, le groupe, des Anglais de Sheffield (York) et leur premier LP tornade, « The Lexicon of Love ». Quelques miles, quelques kilomètres, une frontière, un bras de mer sont autant d'obstacles à la communication: ABC, numéro 1 anglais, ne parvient pas à forcer le barrage des médias hexagonaux. Soutenu à fond par la presse, ABC séduit tièdement la télé et les radios du monopole; c'est un peu le même scénario que pour Dexys Midnight Runners. Alors bon, de quoi avons-nous l'air? Nous autres, scribouillards de toutes les couleurs, astiquons fiévreusement la couronne de lauriers sur la tête blonde de Martin Fry, tandis que les confrères de l'audio-visuel négligent ABC en se fixant sur Yazoo, Human League ou même Culture Club.

Pourtant, avec ABC, je suis certain de ne pas me planter. L'alphabétisme du groupe de Sheffield est séduisant à tous les niveaux: le son, le look, l'idéologie, le concept, la personnalité, l'art du second degré, du faux semblant. La musique d'ABC est obtenue par principe de fission atomique entre les courants funk et pop, une formule révolutionnaire qui, depuis, a fait quelques émules sur les plages sonores de l'Angleterre. Copiés, pompés, plagiés, Martin Fry et son gang de gentlemen restent les concepteurs du genre Pop'n'Funk. Un genre dont ils utilisent les ficelles en les poussant à leur paroxysme: le thème de l'amour traité par le « Lexicon of Love» est si parfait qu'il devient dérisoire, caricaturai, comme la forme choisie pour l'exprimer. Le funk glitter d'ABC, sous ses travers de produit de marketing, cache fort bien son jeu: on le consomme avec insouciance jusqu'au moment où l'on ne peut plus décemment s'en passer. Alpagué, branché, intoxiqué ... j'ai laissé Martin Fry tisser la toile de fond de mes délires, la bande originale de mon quotidien filmé en cinéma vérité.

« Émotion, Larmes, Violence, Romance» sont les têtes de chapitre de la love story définie par ABC, quatre points cardinaux du jeu de l'amour et du hasard capables d'orienter tous les cœurs transplantés, brisés ou solitaires.

« L'amour sans cœur brisé, c'est comme tenter une omelette sans casser d'œufs »,  déclare en substance Martin Fry. S'il vous reste la moindre trace de scepticisme, faites comme moi, osez le test ABC.

Accumulez une bonne dose de spleen amoureux, enfilez une paire de tennis Nike de compétition, raflez un walkman et entamez une course folle dans la cité en injectant le Lexicon à vos oreilles. A Paris, Tokyo, Londres, New-York, Lesbos ou Berlin, le résultat sera comparable. Bienvenue au club Alphabétique: vous êtes jeune, vous êtes insouciant, vous êtes amoureux. ABC lave plus blanc vos idées noires.

Magistralement produit par Trevor Horn, ABC regroupe tous les critères du groupe de studio. Martin Fry relève le défi du show et porte le Lexicon of Love sur les planches d'une tournée mondiale. Premières dates, en Écosse, une balade autour du Royaume-Uni et la tournée insulaire d'ABC s'achève au Hammersmith Theatre de Londres, à guichets fermés. Martin Fry, David Palmer, le batteur, Stephen Singleton, le sax, et Mark White, le guitariste, se retrouvent épaulés par six violons féminins et un big band échappé d'un musical des années quarante. Soit, Fry n'est pas Fred Astaire, mais dans son smoking doré, il expose un habile remake de « Shall We Dance ». ABC renoue avec un sens du spectacle que l'on croyait disparu depuis le Motortown Show. Seul écueil, le son du concert, ce soir-là, était plutôt décevant, le velours d'ABC portait quelques accrocs pas aussi clean et limpide qu'on· pouvait le rêver. Fry reste pourtant à la hauteur de sa superproduction, tonique comme un cocktail de charmes où pétille le champagne. Charmeur comme un Ferry, il s’applique dans son rôle de Monsieur Loyal. Ce moment-là aurait dû être privilégié, en définitive, il n'aura été qu'agréable. Les ennuis de sono d'ABC ont joué les trouble-fêtes. Résultat, c'est exactement comme si Cecil B. De Mille avait tourné « Cléopatre» au milieu d'une grève perlée de ses figurants.

Mais ne dit-on pas que les fautes avouées sont à moitié pardonnées? Deux jours plus tard, je retrouve Martin Fry et il se confond en excuses pour sa prestation de l'autre soir. Dans les meubles sixties de l'appart' meublé loué par sa maison de disques, Martin Fry décompresse doucement. En sweat-shirt et jean blanc, il retrouve sa dimension naturelle et le sourire d'un jeune homme de vingt ans qui ne doute pas un instant de son succès. Martin n'est pas un matamore mais juste un gagneur. Il raconte la genèse d'ABC: un groupe baptisé Vice-Versa interviewé par un jeune rédacteur de fanzine. Le décor est planté dans un appart' de banlieue, à Sheffield. Steve et Mark sont capturés par le Aiwa recorder de Martin pour remplir les colonnes ronéotypées de son mag Modern Drugs  et, soudain, c'est l'étincelle, comme dans les comics, ça fait « zipp » ou « flashhh ! » : notre Tintin se retrouve enrôlé dans l'aventure ABC.

 

« Martin Fry: Vice-Versa jouait de la soul nordique, du rhythm and blues avec des instruments électroniques, mais il manquait totalement de moyens, ce qui explique toutes ses erreurs. C’était très différent d'ABC, mais les idées en filigrane sous les chansons étaient assez proches. Il ne nous restait plus qu'à restructurer notre conception de la musique pour créer quelque chose de différent et de performant. Si nous avons choisi les trois lettres A B et C c’est parce que nous voulions être les plus internationaux possible. Le seul pays qui nous pose vraiment un problème, c’est la Chine, mais on veut bien sacrifier l’écriture du monde occidental à neuf cent millions de chinois.

 

Et l'Amérique, où tu vas jouer la semaine prochaine. Quel effet cela fait-il de partir au pays de ses influences?

M. F. : Influences partielles; même si j'écoute toute le temps Quincy Jones, Dylan ou Joni Mitchell, Rickie Lee Jones ou Marvin Gaye, je ne prends pas en bloc tout ce qui vient des studios américains. Je crois qu'il y a chez eux et dans leur mode de vie la preuve d'une très grande force, mais il y a aussi beaucoup de merde. Or, lorsque nous jouerons là-bas, il n'est pas question de nous prostituer pour qu'ils se sentent à l'aise dans un son qui leur ressemble. Nous serons alphabétiques, un point, c'est tout. Si à Detroit, par exemple, on nous demande d'aller faire les clowns dans un magasin de disques en signant des autographes, de même si on attend de nous que nous récitions sagement notre leçon à la radio et à la T. V, moi, je dis bien fort: allez vous faire foutre !

Et c'est pareil pour la musique, on est là pour leur montrer le son ABC, pas pour faire revivre les fantômes de la Motown. Je n'ai pas envie d'aller en Amérique comme à un bal de vampires: je refuse de me laisser vider de ma substance comme l'ont été des centaines de groupes qui se sont épuisés pour rien. Des groupes brillants comme T. Rex ou Roxy Music sont allés là-bas gaspiller leur énergie; les Jam, c'est la même histoire et tous ces groupes ne représentent rien sur les cinquante États américains.

 

Pourquoi avoir choisi Trevor Horn comme producteur?

M.F.: Nous pensions que ses perspectives seraient radicalement opposées aux notres . A un moment ou à un autre de notre histoire, le clash devait se produire pour créer quelque chose de fort. »

Trevor Horn, l'ex-Buggies et Mister ABC, c'est le cube de glace dans le café noir. L'un maîtrise le studio au point de savoir l'utiliser comme un instrument, l'autre canalise un rhythm'n'blues blanc pop et futuriste. Le « Lexicon of Love » est né de cette rencontre, un trente-trois tours ambigu comme une histoire d'agent double ... ou triple.

« M. F. : Trevor est un parfait gentleman, en tout cas, il est le seul producteur du Royaume-Uni avec lequel nous puissions partager notre musique. D'ailleurs, nous devons travailler ensemble sur un nouvel album. Mais dès le début, il est entendu entre nous que les règles du jeu ne seront pas les mêmes: nous devons créer quelque chose qui soit le plus différent possible du Lexicon. Trevor bosse sur d'autres projets, notamment avec Malcolm McLaren, pour lequel il a déjà produit le « Buffalo Gals ". En tout cas, lorsque nous nous retrouverons avec Trevor pour un nouveau disque, chacun aura vécu des choses de son côté.

 

Tu écris facilement?

M.F. : Très facilement. Je glane mes idées autour de moi, c'est une méthode assez empirique: parfois, les idées sont bonnes, parfois elles ne sont que banales.

 
Mais ABC ne prend-il pas un malin plaisir à détourner le banal?

M.F.: Quand je dis « banal », c'est que certaines idées sont plus fortes que d'autres. ABC joue la carte de la subversion amoureuse: nous récupérons les clichés pour leur imprimer notre empreinte. C'est drôle, mais j'aime assez renverser la conception traditionnelle des gens qui se prennent par la main. Certains jugeront cela comme une cible trop facile. Tout ce côté cartes postales, une vision du monde où toujours rime avec amour, n'ont rien à voir avec ma vie.

 
Quoi ? Martin Fry ne croit pas à l’amour ?

M. F.: Stricto sensu ... non. D'ailleurs, je suis bien certain que toi, tu n'y crois pas non plus. Pourtant, d'une certaine manière, les chansons reflètent certaines facettes de mes dépits amoureux. « Poison Arrow », c'est exactement ce que j'ai ressenti lorsque Louise, cette fille avec laquelle je sortais depuis des mois et des mois, a claqué la porte de mon appartement. Nous sommes partis un mois en Grèce, elle m'a quitté pour les bras d'un autre.

 
Quelle île était-ce, en Grèce?

M.F. : ... Paros. En écrivant « Poison Arrow »,  je songeais à ce stupide trip en Grèce, à ce carambolage amoureux. A notre retour, j'ai vraiment compris que je ne comptais plus: ce que je pensais être un feu n'était, en fait, qu'une étincelle ... En tout cas, je ne suis pas près de remettre les pieds en Grèce. Nous intégrons donc ces clichés, mais notre attitude est en train d'évoluer: les nouvelles chansons sont différentes, plus directes par rapport à ce que nous cherchons à exprimer. Le « Lexicon of Love » voulait réinventer les choses en utilisant toutes les conceptions ridicules de l'amour, mais c'est assez dangereux car, parfois, les gens prennent cela au tout premier degré. Pourtant, lorsque tu as la démarche d'acheter un disque, c'est que tu as envie de l'écouter plus d'une fois: en tout cas, moi, c'est ainsi que je pratique.

 

Ca dépend du disque

M. F. : Tu l'écoutes tout de même deux fois avant d'aller l'échanger chez un soldeur.

« Il était une fois, lorsque nous étions si proches /Je t'ai donné mon cœur, l'histoire a capoté/ Fini la joie pour toujours après cet instant d'amour/.../Eh bien, j'espère et je prie très fort pour que, peut-être, un jour/ Tu rentres dans cette pièce avec mon cœur/ Grosso modo, en tout état de cause, je veux encore que tu reviennes/ Souvenir/Réédition/ Souvenir de cette tranche de vie/ Tout mon cœur/ Tout mon cœur. »  « All Of My, Heart »

« Poison Arrow », la flèche empoisonnée de l'amour décochée par un Cupidon sardonique a transpercé le cœur de Martin Fry. Transi, bafoué, rejeté: le dépit amoureux est comme les gouttes de ciguë qui courent dans le sang. Dans ce cas. contre-poison se révèle souvent comme un autre poison. Martin Fry aurait-il envie de sauter dans la Tamise, le cou lesté d'une pierre ?

 
« M.F.: Je crois qu'avec ABC, le tour force, c'est d'avoir l'air sérieux tout s'amusant des réactions provoquée C'est comme dans les fêtes foraines où tu gonfles des ballons pour tester leur limite ; au bout d'un moment, ils finissent par éclater. Mais parfois, le ballon de baudruche se confond avec un abcès ...

 
Martin Fry, en tennis et sweat-shirt crades, sourit-il à Martin Fry dans son frac en argent?

M. F. : Il lui sourit, mais sans aucune dérision. Je crois qu'il l'admire. Mais il ne voudrait pas lui ressembler 24 heures par jour, tous les jours. Si je devais vivre en smoking argent, je me sentirais comme ces dindes de Noël emballées dans du papier alu. Sur scène, c'est différent, j'ose me présenter ainsi, c'est ma manière de flirter avec l'absurde.

 

Tu ne t'habilles pas chez Westwood alors, quel est ton designer?

M.F.: Un mec de Sheffield appelé Jo Moore. On lui apporte les idées et il les exécute; pour nous, c'est l'idéal. Je suis farouchement opposé aux designers très personnalisés parce qu'ils se substituent à ta propre personnalité. Moi, au contraire j'ai envie qu'elle transparaisse à travers les vêtements que je porte.

 
A vingt-quatre ans, Martin, quel est le goût du succès?

M. F. : Je crois qu'il a sensiblement le même goût que celui de l'échec. Tu ne changes pas fondamentalement et c'est heureux. Il se crée toujours, à un moment ou à un autre, une sorte de distanciation. Elle agit comme une bouée de sauvetage, t'empêche de couler tout à fait dans ton délire mégalo.

 
Quelle est la définition de l'humour dans ce que tu fais?

M.F. : C'est de la comédie. La tragi-comédie d'ABC n'est pas si éloignée du théâtre classique. La situation, les personnages prennent parfois un aspect caricatural, mais pour être entendu, ne faut-il pas savoir hausser le ton? Quant à l'ambiguïté, j'adore: elle donne plus de kilométrage à une chanson, c'est ce qui lui permet de se dépasser.

 
Justement, tu ne veux pas nous donner quelques clés alphabétiques?

M. F. : Certains textes sont assez spécifiques. « When your girl has left you out the pavement and your dreams faIl apart at the seams/ Your reason for living is your reason for leaving. » Dans ce cas, j'utilise style direct,  c'est juste une déclaration pour dépeindre une image. D'autres, au contraire, sont plus ambigus: l'idée de tirer une flèche empoisonnée peut recouvrir une multitude de choses ; tu peux en prendre ce qui te chante et le projeter à ta propre situation. L'idée du cul-de-sac artistique m'est franchement insupportable. La grande force d'ABC, c'est d'être comme une malle où chacun peut glisser ce qu’il veut: c'est une création extensible. Si l' on reste trop académique ou trop intello, on gomme l'indispensable partie physique- de la musique; c'est comme arpenter de long en large une allée aveugle.

 
Espères-tu alphabétiser la France

M.F. : Oui. Paris, d'abord. C'est drôle parce que je n'y ai jamais mis les pieds. Dans ma tête, les images de Paris se bousculent comme la vision romantique de Sid Vicious. arpentant les rues de la capitale dans « The Great Rock and Roll Swindle ". J'ai vu New York et LA., mais je n'y ai jamais joué. Je suis très excité à l'idée d'aller faire de la scène aux U.S.A, mais pour moi, un voyage en Europe est dix fois plus dépaysant: il y a plus de distance entre Bruxelles et Paris qu'entre New- York et LA

 
Tu sais dire deux mots en français?

M.F.: Deux et plus. .. comme: « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir? ".

 
Que vas-tu acheter à Paris?

M. F. : Vogue dans son édition française, un pantalon de cuir marron et une reproduction en plastique de la Tour Eiffel. A Rome, j'ai déjà craqué sur une copie de la Place Saint-Pierre. Le meilleur moyen de conserver une certaine spontanéité, c'est d'être encore capable de te sentir comme un touriste. Lorsque je viens à Londres, même pour des interviews, c'est aussi du tourisme. A Paris, je veux pouvoir m'offrir du temps libre pour me balader. Je ne suis pas un super consommateur: tout ce que j'achète doit tenir dans ce sac de voyage. –

 
Et cette télé portable?

M. F. : Elle est aux normes européennes: je la· balade partout avec moi, c'est ma lucarne sur l'étranger, comme ce mini master-blaster.

 
Pourquoi un mini ?

M.F. : Parce que les gros sont ridicules, je les appelle des « Ghetto Blasters ". Il faut être Malcolm McLaren pour se balader avec un truc pareil.

 
Quelle sera l'évolution de ABC ... et ne me répond pas DEF!

 M. F. : Oh non! Ce sera toujours ABC. En ce moment, nous faisons de la scène; ce qui nous paraissait impossible il n'y a pas si longtemps devient notre quotidien. En fait, il faudrait que je consulte le catalogue. De toute façon, la dernière lettre du lexique ne sera pas Z. « Lexicon of Love » est juste un premier épisode, ne compte pas sur moi pour te révéler la chute. »

Le re-mix de « Look of Love » tourne sur ma platine; c'est la cinquième version de cette chanson et c'est surtout véritablement étonnant. McLaren n'a qu'à bien se tenir. ABC est performant sur tous terrains: la musique pour danser, les textes pour se projeter et l'image vidéo pour rêver. ABC est fort. Dans le bouillon de culture de la new pop anglaise, ABC surnage largement au-dessus des Haircut 100, Culture Club, Yazoo ou autres Fashion. L'esprit trace la différence: ABC.intellectualise l'amour pour le gag sans sacrifier le rythme.

ABC: une nouvelle race de vitamines. Comme le dit la pub: « Soyez jeunes, soyez futiles, soyez amoureux, soyez alphabétiques!". Fry et ses amis ont jeté un pont vers le romantisme éternel qui vaut bien, croyez-moi, une balade en amoureux.c• "Le mot de la fin scratche sur la platine: « Be happy in love love love ... ».

Si vous croisez l'amour. soyez assurés de ne pas le rater; utilisez le portrait-robot fourni par ABC !

En cas de doute, n'hésitez pas à compulser leur dico.

 

Gérard BAR-DAVID

 

Best N° 176 Mars 83



 

© Gérard BAR-DAVID pour www.Hitmusemag.com – 10 juin 2007

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