Regardez un live de The Parisians : « Looking Good » et une interview du groupe
Ils sont signés chez Bonus Tracks Records.
Les videos sont disponible en bas de page !
Les ventes de CD agonisent doucement, on le sait. Dans les grandes surfaces, les espaces réservés au disque se réduisent de jour en jour. Il s’agit d’une mort programmée, mais pas suffisamment anticipée par les professionnels du disque. Le téléchargement payant restant à ce jour peu pratiqué.
Yarol Poupaud et Caroline de Maigret, à la tête du jeune label Bonus Tracks Records (fondé en 2006), ont décidé d’abandonner la distribution physique de leur catalogue, optant pour le tout en ligne. Les avantages sont multiples : possibilité de produire plus de groupes, de mieux les rémunérer, et suppression de la coûteuse gestion des stocks (il faut savoir que les disquaires retournent les invendus au bout de trois mois, ceci étant à la charge du label).
Depuis le premier album de FFF, en 1991, Yarol a eu le temps de se familiariser avec les problèmes auxquels sont confrontés les groupes en France : impossibilité de tourner si l’on n’est pas soutenu financièrement, maisons de disques qui ne savent pas travailler les groupes, et un public qui, quoi qu’on fasse, préfèrera toujours les chanteurs d’expression française à ceux qui choisissent l’anglais.
Pour quelles raisons avez-vous créé Bonus Tracks Records ?
Pour signer des projets qui méritaient d’exister et qui n’étaient pas signés par les majors. Les Plasticines avaient été signées, avec quelques autres, mais pour les groupes n’ayant pas vendu tant que ça, les portes s’étaient aussitôt refermées.
Vous allez très vite entre une signature et la mise en ligne d’un premier single…
Dans le circuit traditionnel, les tractations pour signer prennent un an, ensuite, il faut encore un an avant qu’un album ne sorte… Nous, on permet aux groupes de sortir vite un EP. On les aide aller le plus loin possible, sans les dénaturer. On leur laisse le plus de liberté artistique possible. Contrairement à des majors qui prennent tout leur temps, on a envie de faire exister les trucs rapidement. Même si c’est pas au point, on sort des EP’s. Ça existe.
Les avantages de la diffusion numérique ?
Quand on a sorti l’album des Hellboys, il y a deux ans, on s’est vite rendu compte que c’était une bataille terrible pour être présents en magasin, qu’il fallait tout centrer en promo autour du jour de la sortie de l’album. En gros, tu as deux mois, après ton disque est fini. Si tu as des ventes moyennes, tu restes dans les bacs un mois, ensuite tu es dans les tiroirs, et, au bout de trois mois, on te rebalance tes CD’s. En plus, on sort des EP’s, or ce format n’existe pas en magasin. Finalement, le fait de télécharger un morceau sur iTunes revient à acheter un single comme on le faisait autrefois. Tu achètes un morceau, pour découvrir un groupe et c’est très bien.
Pourquoi le format EP ?
C’est dur d’acheter un premier album d’un nouveau groupe et de découvrir qu’il n’y a que deux chansons qui tiennent la route ! On s’est dit que le EP était la solution. Mais notre but ultime est de sortir un album physique, une fois qu’il y aura eu deux ou trois EP’s.
Sous quels critères signez-vous un groupe ?
On reçoit des cassettes, il y a le bouche à oreilles, les rock’n’roll Friday’s où je vois défiler pas mal de groupes - on y a repéré The Mantis. Il y a MySpace, il y a des groupes qui nous appellent... C’est vrai que ça reste peut-être un peu trop parisien pour l’instant. Pour le style, c’est assez varié, ça va du rock, au folk psyché, au punk.
Sur quelles bases reposent vos contrats ?
On prend juste une option sur le prochain album. On n’a pas les moyens de donner une avance, mais le groupe touche 50 % sur les ventes. On met à leur disposition des studios, on enregistre toutes les nouvelles compos, ils font des maquettes à gogo... L’apport n’est pas financier mais matériel. On leur trouve aussi des concerts.
Vous en êtes où en nombre de téléchargements ?
C’est un peu tôt. On a commencé fin mars. Il n’y a que les chiffres d’avril pour juger. Mais l’achat de musique en ligne n’est pas encore entré dans les mœurs.
Comment voyez-vous la viabilité économique du label ?
Ça pourrait passer par de nouveaux formats. Par exemple, en Angleterre, les groupes sortent des vinyles avec un code à l’intérieur, qui te permet de télécharger les morceaux en numérique, si tu en as envie. A quoi bon acheter un CD, si c’est pour le rentrer sur ton ordi ou ton iPod ? Avec le vinyle, on revient à l’objet qu’on a envie de garder, le code d’accès permettant de downloader les titres et de les écouter sur ton baladeur.
Le disque en tant qu’objet n’est pas mort ?
On sent que les gens sont encore attachés au côté physique du disque. Ils veulent de la matière. Par exemple, on met en ligne un maximum de choses : des photos, les pochettes des disques, les paroles des chansons, etc. Mais le CD, c’était un support pour Dire Straits... J’ai jamais été attaché à ce bout de plastique. On disait que c’était inaltérable et ça s’est révélé faux ! Alors qu’un vinyle qui est rayé, il te reste toujours l’autre face… Les boîtiers des CD se pètent, c’est un objet merdique !
Sur un disque « physique », l’ordre des pistes est important, qu’en est-il pour un EP téléchargeable ?
On est confronté à ce nouveau problème : celui du tracklisting d’un EP vendu en téléchargement ! Parce que si tu mets en premier un morceau lent, même s’il est super, au bout de 10 secondes, les gens ont déjà zappé… Pour le EP des Parisians, l’ordre des morceaux n’est pas celui qu’on aurait fait sur un support CD.
Quel modèle de label aviez-vous en tête, en fondant Bonus Tracks Records ?
Sun Records et Stax. Et aussi les labels hip-hop et electro, parce que les mecs attendent pas d’avoir un album pour sortir un disque. Ils sortent des maxis. Ils attendent pas non plus un plan marketing pour agir.
Yarol, quelques mots sur l’album d’Heartbreak Hotel, qui est un peu à part dans votre catalogue…
C’est un album où j’ai pu officialiser mon background country. J’ai grandi avec Hank Williams et Johnny Cash… On a enregistré les chansons de Nikola (Acin), à droite, à gauche, parfois dans la cuisine, parfois dans le salon. On entend des bruits d’ambiance sur le disque : le bébé qui pleure, une voiture qui passe… Le principe de ce projet, c’était de se faire plaisir. Il y a du blues, du country, du calypso... Parfois, on enregistrait en ayant Harry Belafonte, en tête. On a tout fait à deux : les instruments, les voix, les chœurs... On prenait les instruments qui traînaient et on enregistrait.
© Pierre Mikaïloff pour www.Hitmusemag.com – 11 juillet 2008

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Publié le 11.07.2008 à 17:33
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