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Depuis 2004, la figure de Melingo - forte tête du nouveau tango argentin - trace patiemment son sillon en Europe. La sortie de « Maldito tango » (« Maudit Tango »), son deuxième album, s'accompagne d'une tournée française qui sème le trouble chez la clientèle féminine, et une admiration inquiète chez les autres. La rencontre avec ce chanteur qui est sorti du rock pour entrer dans la danse (la plus torride de toutes !) éclaire un peu sur cette musique plus que centenaire et plus que jamais gorgée de jeune sève. Melingo en raconte sommairement l'histoire.
Melingo : Pour ma part, c'est aux environs de 1996 que j'ai commencé à prendre les choses au sérieux. La plupart du temps, on arrive au tango par la danse : parce qu'avec 4 ou 8 pas, on peut improviser en couple. La première forme musicale de tango, qui était instrumentale, était d’ailleurs improvisée. En 1914, il semble que soit apparue la première forme chantée du tango, né vers 1880. Les textes d'alors étaient nostalgiques, parlant de cette terre d'immigration qu'était l'Argentine.
Ensuite, quels ont été les autres thèmes ?
Melingo : Le thème récurent est resté la nostalgie, mais ce n'est pas le sujet de mes chansons. Moi je travaille avec un grand homme de lettres, Luis Alposta, qui est le président de l'Académia del Lunfardo (l'argot porteno de Buenos Aires, ndr). Il m'a permis d'entrer dans le monde du tango en me faisant partager son oeuvre. Je suis très fier de collaborer avec cet immense monsieur qui a écrit pour des figures historiques du tango comme Edmundo Rivera, Rosita Quiroga ou Osvaldo Puglese. Tous deux, nous cherchons à éviter les thèmes classiques trop rebattus. Mes tangos s'appellent par exemple « Jack the Ripper » ou « Le tango du vampire ». Nous conservons le rythme et le sentiment du tango pour en faire des chroniques différentes. Le tango, c'est quelque chose de très personnel.
La langue employée est le lunfardo, d'où vient- elle ?
Melingo : Elle est née dans le quartier du port, avec l'immigration, elle vient des mots étrangers et surtout du verlan français, où vous inversez les syllabes. Le lunfardo apparaît pour l'étranger comme un dialecte incompréhensible. Mais le tango prend toujours cette optique, car c’est là son identité. Au début, le tango était la musique de l'attente, dans les ports, et il se dansait entre hommes, la musique était jouée avec une guitare, une flûte et une clarinette qui improvisaient. C'est grâce à des gens comme Carlos Gardel que le tango a fait le tour du monde, quand il est revenu à Buenos Aires, la haute bourgeoisie se l'est approprié et aujourd'hui il appartient à tous, pauvres et riches. Il est devenu notre musique populaire.
Personnellement quel est votre propre parcours musical ?
Melingo : J'appartiens à la musique depuis 35 ans. D'abord avec le Conservatoire, puis je suis passé par le théâtre musical, la direction d'orchestre et le rock. J'ai aussi fait partie de quelques-uns des groupes qui ont compté dans le rock argentin des années 80. J'ai touché aux musiques ethniques, à l' électro pendant que je vivais en Espagne, et j'ai décidé de me consacrer au tango à mon retour en Argentine en 1994, en apprenant sa technique qui n'est pas aussi facile qu'il n’y paraît. C'est une musique aussi complexe que le jazz ou le classique. Mais j'avais tété du tango dès la crèche, avec une mère tanguera et un père européen musicien classique. Avec le temps, je me suis perfectionné, et je me retrouve avec un répertoire de compostions originales de plus de cent tangos.
Il y a d'autres influences que le seul tango dans votre musique ?
Melingo : Bien sûr. Je suis de ce siècle. Mes influences sont aussi philosophiques et mes études d'ethno musicologie m'ont ouvert l'esprit et aiguisé ma curiosité. Le tango me permet d’ailleurs de réunir toutes mes influences. Depuis la « Pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel, que j'écoutais dans les bras de mon grand père, jusqu'à Beethoven, Dvorak, Stravinski ou Bartok entendus durant mon enfance… A l'adolescence, il fut difficile d'éviter les Beatles et les Rolling Stones, ainsi que tous les groupes rock des années 60. Mais je n'ai jamais fait partie d'une tribu particulière et exclusive. Tous les styles musicaux complètent mon langage musical. Aujourd'hui, le tango se nourrit autant de la musique électronique que du traditionnel. Moi, j'ai pris la décision de faire un parcours plus long et plus original sans utiliser la musique électronique. Je sais que j'aurai un jour la satisfaction d'avoir créé moi-même mon propre langage.
© José Ruiz pour www.Hitmusemag.com le 22 avril 2008

Artiste : Melingo
Album : Maldito Tango
Label : Naive
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Publié le 22.04.2008 à 14:34
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