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Publié le 29.02.2008 à 11:49
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Echo & The Bunnymen

Echo & the Bunnymen : La saga des hommes-lapins


Rock

Dans la première moitié des années 80, quelques formations débordantes de promesses éclosent simultanément en Angleterre. Nous sommes en 83 et des groupes comme U2, the Teardrop Explodes et justement Echo & the Bunnymen entament leur irrésistible ascension. Vingt-cinq années se sont écoulées, et l’Histoire n’aura retenu que l’hégémonie des Irlandais de la bande à Bono. Pourtant, la saga des hommes-lapins mérite largement d’être contée…


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Made in Liverpool

 Issue de la cité légendaire du rock, Liverpool, la formation de Ian McCullogh sera la première sensation locale depuis les Beatles à s’imposer durablement.

Echo & the Bunnymen pratique le rock avec héroïsme et bravade, porté par son charmeur chanteur emblématique aux fameuses lèvres si sensuellement charnues qui font craquer les jeunes filles.

 
Tout commence dans les années punk. Julian Cope qui va fonder the Teardrop Explodes, Bill Drumond, son futur manager et future star du fameux KLF et instigateur du label Zoo Records et Ian McCullogh jouent ensemble dans leurs premiers groupes de lycée.

Mais Julian et Ian ont chacun des egos bien trop développés pour que leur association puisse durer. Chacun va donc former son propre groupe.

 Ainsi avec son ami guitariste Will Sargent, le bassiste Will Paterson et une boîte à rythmes, Ian McCullogh va donner vie à sa créature-rock. Echo & the Bunnymen naîtra de ces premières sessions dans une cave de Liverpool.

Mais très vite cette créature va sortir des ténèbres : le premier concert d’Echo se déroule en novembre 78 au fameux Eric’s Club. Et un an plus tard, paraît « Pictures On My Wall » sur Zoo records, le nouveau label fondé par Bill Drumond.


Leur premier album « Crocodiles » sort en même temps que le « Boy » de U2 et les deux groupes font autant sensation, à l’époque,  dans la presse spé.

 Entre temps, le batteur Pete de Freitas a remplacé avec talent la drum machine et Echo est devenu une véritable machine de scène.

Mais c’est en 83, sur la lancée du single « The Cutter » issu de leur 3éme 33 tours « Porcupine » qu’Echo & the Bunnymen prend une véritable dimension internationale.

C’est cette année-là, justement que je rencontre le groupe pour la première fois…

Pour le N°:176 de Mars 83 du magazine Best

 

L’envol d’Echo & the Bunnnymen

 Que reste-t’il de l'avant-garde néo-psychédélique ? Né au tournant des années 80, le mouvement sombre aujourd'hui dans les profondeurs abyssales de l'échec. Wah ! n'est toujours pas parvenu à décrocher un deal de distribution planétaire, B. Movie s'est perdu dans le « no chart's land » et Julian Cope cultive son blues exilé dans la région de Birmingham depuis la déflagration finale des Teardrop Explodes. Décimés les petits-enfants des Doors et du LSD ? Eh bien non. En Australie, The Church a repris le flambeau, tandis qu'en Angleterre l'écho des Bunnymen continue à résonner en glissant sur la courbe ascendante du succès.

 

Echomania? C'est encore un peu prématuré. Si le concert de ce soir à l'Hammersmith Odéon est l’Événement rock des prochaines vingt-quatre heures, ça n'est pas seulement faute de concurrence. Echo & the Bunnymen sont encore dans la phase compte à rebours, juste un effort à fournir avant le « lift off » fatidique qui les fait piaffer depuis 79. Boummmmmm, le choc des charts, le poids des ventes: c'est peut-être avec « Porcupine » qu'ils vont enfin décrocher le jackpot.

Okay, le rock temps couvert-orage menaçant des Bunnymen est à l'antithèse d'une invitation à faire la fête. Mais les Anglais adorent les contrastes: ils ont besoin de clowns comme Madness autant que d'exorciseurs comme Psychic TV. Depuis la conversion de Cure à la pop, une place reste à pourvoir, dans la spécialité soft N' sad; Echo et ses Bunnies semblent assez qualifiés pour le job.

 

Concert à l’Hammersmith Odeon

 Chez les disquaires-revendeurs de billets, l'heure est au PLV: affiches, pochettes et posters du groupe s'étalent sur les murs.

L'odéon a fait le grand plein; le public compact est habillé par Clean and Son, on est loin des délires vestimentaires dés aficionados de Vivien Westwood. Soudain, la scène s'éclaire sur ce qui de loin ressemble à un village de tentes de nomades africains. Plus tard dans le gig elles serviront de support à des projections psychédéliques façon « lava-lamp », ces fameuses taches de couleurs qui dansent comme des amibes dans leur décantation, stéréotypes des discos de la fin 60's et de tous les films où défilent les acid trips.

 

Les Bunnymen investissent les planches avec cérémonie: Les Pattinson le bassiste, Will Sergeant le guitariste, Pete de Freitas derrière ses caisses, et lan McCulloch qui se réserve le milieu de la scène. Le set de ce soir reflète assez le côté sérieux du groupe. La voix de lan « Mac » McCulloch trace les grands axes d'une route qui fonce vers le mysticisme.

Pourtant, chaque chanson compte au moins une ou deux trouvailles un son, un rythme, une pulsation.


Echo, depuis la tournée « Heaven Up Here », a peaufiné son style pour en souligner l'intensité. Dommage que le fantôme de Jim Morrison nage encore entre deux limbes dans l'écho des hommes-lapins. Mike pousse d'ailleurs le vice jusqu'à reprendre quelques mesures de « Light My Fire », histoire de ranimer la flamme. Impromptu aussi ce « Sex Machine» plaqué sur la fin du show pour pousser les kids à escalader la scène. Echo n'est pas à proprement parler un groupe qui déménage, mais il parvient au moins à faire bouger le public british tétanisé.

 

Inspection des chambres d’hôtel du groupe, le lendemain.

 

« Je peux inspecter vos bagages?» Dans la chambre de Les, les valises sont posées sur le sol. Sur scène Echo and the Bunnymen ont définitivement renoncé à leur tenue camouflage et je suis curieux de savoir si, dans leur vie, il n'y a plus une seule tâche de kaki. Après l'épisode de la guerre des Malouines, on comprend assez qu'Echo ait renoncé aux tenues militaires. La discussion roule sur les Falklands, Mike et les autres font preuve d'un antimilitarisme véhément.

Les Pattlnson : « Jamais nous n'accepterons dé porter l'uniforme pour une cause ou bien une autre. Ces treillis que nous portions étaient juste un choix vestimentaire. A l'époque, ils étaient devenus si anti-mode qu'on pouvait s'habiller pour une bouchée de pain. Notre manager n'avait jamais un sou et quelques jours avant la tournée, il est passé devant un surplus. Comme c'étàit en solde, il n'a pas hésité à en acheter pour tout le groupe.»

 

Dans la valise de Les, on trouve un blouson de cuir style US Air Force - et non pas RAF -, un stock de chemises de toile et de chaussettes diverses, une ceinture d'espion pour se pendre si on le découvre, une veste à rayures qui appartiendrait à Brejnev et un paquet de coton hydrophile décoré de petits lapins roses. Inspection concluante. 

 

Les Bunnymen sont de gentils gars, mais leur sérieux vous donne envie de les bousculer un peu. On essaie les questions-provocation:

«Voudriez-vous poser à poil pour la page centrale de Playgirl ?

 

«Avec plaisir, » répond Peter de Freltas, « même si je reste persuadé que la publicité n'est jamais indispensable au succès. Si tu es vraiment bon, si tu exprimes réellement quelque chose, les gens finissent par s'intéresser à toi et ils se procurent les disques, ils viennent aux concerts. On a beaucoup joué en 81 et j'ai bien l'impression que nous sommes partis pour faire pareil cette année. C'est important la scène; pour nous c'est un véritable cordon ombilical, c'est la communication.· Actuellement, nous dépensons en tournée beaucoup plus que ce que nous gagnons, mais à long terme nous savons que cela doit marcher. »

 

Dialogue avec Mac.

Mac, assis dans un coin, griffonne, sur des bouts de papiers. Pour lui

l'écriture est une sorte de tic, un automatisme:

lan McCulloch : « Souvent, je ne sais pas pourquoi j'écris telle ou telle phrase, c'est comme les titres des chansons. J'ai choisi « My White Devil» pour la troisième de la première face, mais je serais bien incapable de l'expliquer.

 Es-tu touché par la religion?

 I.McC. : Pas par la religion; ce que je ressens est bien plus spirituel qu'un feeling religieux. Je n'écris pas spécifiquement sur ce sujet ou sur le thème de Dieu, mais plutôt sur le fait que quelque chose de démesuré par rapport à nous est regroupée sous le concept Dieu. »

Mac énonce ses cauchemars, ses fantasmes. C'est bien un refus de grandir, l'âge altérant une certaine innocence à laquelle il paraît très attaché.

 

« Comment se préserver ?


I. McC. : Tu ne le peux pas. Les mots servent de paravent à des sentiments passagers. Dans les textes d'Echo and the Bunnymen, je n'ai jamais souhaité projeter des mécanismes philosophiques compliqués. Les textes sont écrits très souvent après la musique et ils collent simplement à l'atmosphère du morceau.

 
Tu choisis les mots pour leur musicalité ?

I. McC.: Yeah ... et aussi pour le rythme. Les mots doivent toujours bien sonner.

 

Qu'est-ce qui t'a attiré dans la sonorité de  « Porcupine »?

 

I. Mc C. : J'ai essayé plusieurs choses et en fin de compte, tout le monde aimait bien ma vision du porc-épic, mais cela ne signifie pas que cette chanson soit totalement dénuée de sens. »

 

En tout cas, lan ne paraît pas pressé de le divulguer. Il se cantonne en permanence dans une sorte de flou artistique.

Les hommes-lapins sont jaloux de leurs secrets; même pour une livre de carottes, ils ne livreront pas l'énigme du porc-épic. »

 

 

Les sept vies des Bunnymen.

L’album suivant « Ocean Rain »  capturé au Studio des Dames dans le 18éme chez nous à Paris va sacrément consolider la carrière de nos hommes-lapins. Hélas, l’album atteint de tels sommets que l’oxygène vient à manquer. Mac ne retrouvera jamais cette flamme tandis que Bono saura la préserver et faire durer U2 durant déjà trois décennies.

Mais en 89, Pete de Freitas se tue dans un accident de moto. La tragédie va ébranler les bases mêmes du groupe de Liverpool. Sans Pete, Echo ne sera plus jamais comme avant. Le groupe se désintègre, Ian McCullogh tente en vain une carrière solo avant de reformer en partie Echo en  renouant avec Will Sergeant sous le pseudo d’Electrafixion. Et en 97, Les Pattinson rejoint le duo pour remonter Echo & the Bunnymen avec  l’excellent « Evergreen », l’album de leur retour dans les charts.

 

1999 sera l’année de « What Are You Gonna Do With Your Life ? », mais hélas a près ce disque, Pattinson jette l’éponge pour se consacrer exclusivement à sa mère très gravement malade.

Mac et Will relèvent à deux le flambeau, publiant deux albums-studio et un nouveau Best of, prouvant ainsi qu’au delà de la mort et de la  désintégration les hommes-lapins ont au moins sept vies.

 .

D’ailleurs, cette année, on attend un nouvel album d’Echo & the Bunnymen pour cet été. On raconte aussi que Mac et ses vieux potes ont déjà réservé le Royal Albert Hall en Septembre pour célébrer les trente ans du groupe.

La saga des hommes aux grandes oreilles n’est décidément pas prête de s’achever.

 


© Gérard BAR-DAVID  pour www.Hitmusemag.com le 29 février  2008

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Publié le 29.02.2008 à 11:49
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