Annie Lennox et Dave Stewart vont longtemps affirmer leur hégémonie grâce à une pop rock inédite qui déborde à la fois de synthés et de soul et qui reflète toute cette modernité affirmée des années 80. Pour marquer ces 25 années de « Sweet Dreams », flash-back sur les aventures d’Annie et de Dave avec, entre autres, ma chronique de l’album publiée à l’époque dans le mensuel Best.
« C'était au Hard Rock Café, à Londres, la sono jouait trop fort pour les conversations romantiques. Pour accompagner le ceddar cheese N' salad, le cover d' « I only want to be with you » des Tourists était parfait. »
En commençant ainsi ma kronik dans ce numéro de Mars 83 du mag Best, j’étais loin de me douter que je mettais ainsi le doigt dans l’engrenage.
Car en presque 13 années passées dans cette rédaction, comme pour la télé, j’allais à de nombreuses reprises tendu mon micro à ce duo parfaitement excentrique qui vivait alors sa love-story à la scène comme à la ville.
En écoutant cette reprise imparable, j’ignorais alors que dés l’age de 14 ans, Dave Stewart s’imposait déjà comme guitariste hors pair avec différents groupes de folk tels que Amazing Blondel où il officiait au luth vêtu comme un ménestrel. Multi-instrumentiste, il rejoint même un moment l’afro-groove d’Osibisa avant de former the Tourists en 1980 avec trois autres allumés et une écossaise à la voix d’or fondu, Annie Lennox.
Ils s’étaient rencontrés en 77 sur un coup de foudre cyclonique dans un restau bio de Londres. Dave Stewart avait alors 25 ans et Annie 23 . Cet ange écossais aux yeux bleus électriques, née à Aberdeen, était fraîchement diplômé du Conservatoire Royal de Musique.
Deux albums plus tard et un mini-hit super pop reprise du “I Only Want To Be With You” de la chanson de Dusty Sprinfield en 63, nos touristes ne résistent pas à la totale symbiose d’Annie & Dave et s’atomisent. Nos deux électrons demeurent solidaires pour inventer ensemble de nouveaux rythmes européens.
Eurythmics naît comme une utopie du choc conjugué de ce concept et de la théorie de l’eurythmie du Français Émile Jacques-Delecluse.
Et comme pour mieux diffuser leur euro-enthousiasme, Annie et Dave s’envolent chez Conny Plank à Cologne où ce dernier réalise leur tout premier LP, l’expérimental pop “In The Garden” (cf pochette à gauche) . Mais il faudra attendre 1983 et le vertigineux “Sweet Dreams Are Made Of This” pour que le duo post-atomique s’envole enfin jusqu’au sommet grâce a son mélange fissible de soul intense, de synthés et de rock body-buildé. Car l’album tient quasiment de la formule miracle, de cet équilibre fragile entre mélodie imparable et inlassable quête d’un nouvel univers sonore en quête intense de modernité.
C’est justement à cette époque-là que j’ai croisé deux allumés dans une boîte de Londres où les nancéens de Kas Product et Orchestre Rouges signés sur un sous-label de RCA venaient de se produire en show-case. Annie et Dave étaient sur ce même label et figuraient donc sur la liste des invités. Dave avait les yeux allumés, Annie coiffée à la garçonne avait un regard bleu parfaitement subjuguant. On a discuté un peu. Puis elle m’a tendu une K7 : « On l’a autoproduit sur un 8 pistes planté dans une église réformée », m’a-t’elle expliqué. J’ai du avoir l’air vaguement perplexe.
De retour à Paris, pourtant j’ai écouté et bien entendu j’ai fatalement craqué sur le son, les compositions comme sur la personnalité fracassante du couple. C’était l’album « Sweet Dreams » qui allait sortir quelques mois plus tard. Chaque semaine, je téléphonais à RCA pour savoir quand ils se décidaient à publier le LP. Enfin, en mars, j’ai fini par trouver le précieux vinyle dans ma boîte aux lettres.
Le reste appartient à l’histoire, la Terre entière allait succomber à ce doux rêve de bricolos si doués et si futés.
“Sweet Dreams...” (la chanson), par exemple, contient l’onomatopée “hum” qui revient en rythme au début de chaque refrain. Ce “hum” a été samplé par Dave...sur le livreur de pizza attitré du studio qui se retrouve ainsi crédité parmi les musiciens. C’est toute la méthode Eurythmics que de porter ainsi l’imagination au pouvoir.
Et elle ne tardera guère à prouver son efficacité; “Touch” (pochette de droite avec Annie en rousse flamboyante) et son alter-ego “Touch Dance” sortent en 84 avec quatre hits “Here Comes The Rain Again”, “Right By Your Side”, “Who’s That Girl” et “The First Cut”.
“Be Yourself Tonight” enregistré à Paris sortira en 85 avec son blitzkrieg de tubes dont le fameux “There Must Be An Angel” avec Stevie Wonder à l’harmonica.
Un an plus tard c’est l’album “Revenge” (cf pochette de droite) et sa tournée raz de marée où Annie interprète en ultra-sexy soutien-gorge rouge “Tout les garçons et les filles” de Françoise Hardy.
Mais hélas, tandis qu’Annie et Dave surfent sur les charts avec “When Tomorrow Comes”, leur couple se désagrège. Le CD suivant “Savage” reflète toute cette tension. Mais Eurythmics s’accroche encore et le duo publie en bouquet final “We Too Are One”(89) leur ultime aventure studio.
Car malgré son titre fédérateur ce 7éme Eurythmics sera celui de la désintégration.
Lassée par de trop longues tournées, Annie en accord avec Dave décide de cryogéniser leur duo. Mi split mi raisin, après un dernier tour du monde chacun poursuit son chemin.
Dave enregistre dans son nouveau studio du sud de la France son projet des Spiritual Cow-Boys. Créateur boulimique il produit à tour de bras Dylan, les Ramones, Tom Petty, Daryl Hall. Annie se consacre à sa vie de famille, son mari le cinéaste israélien Uri Fruchtmann et leurs deux filles.
Il faudra attendre 1992 et son lumineux premier opus solo “Diva” pour la voir enfin- et fugitivement- revenir sur le devant de la scène.
Après un ultime “Best Of...” RCA sortira en 93 le testament d’Eurythmics en double live.
Chacun de son côté Dave et Annie vont publier des albums mais sans jamais retrouver la flamme d’Eurythmics. Et en 99 l’incroyable se produit :
après dix année de sommeil Cendrillon/Eurythmics se réveille pour une tournée qui passe par Paris au POPB l et un nouvel album “Peace” publié le 5 Novembre.
Depuis ce tournant du siècle dernier, Eurythmics est en sommeil prolongé. Annie a publié voici quelques mois son dernier opus « Songs Of Mass Destruction » et Dave doit encore être au fond d’un studio en train de jouer à l’enchanteur Merlin, mais je ne serais pas surpris qu’on entende bientôt parler de lui.
En attendant, il faut se souvenir que les « doux rêves » ne meurent jamais : Happy birthday to « Sweet Dreams Are Made Of This » !
Chronique de l’album « Sweet Dreams Are Made Of This »
Best 176, Mars 1983
C'était au Hard Rock Café, à Londres, la sono jouait trop fort pour les conversations romantiques. Pour accompagner le ceddar cheese N' salad, le cover d' « I only want to be with you » des Tourists était parfait
Les Tourists consumèrent trop rapidement leur pop carré à la Shoes, le ballon finit par éclater. Annie Lennox, la chanteuse, et Dave Stewart le guitariste, s'enchaînèrent l'un à l'autre pour surnager dans les rapides du rock anglais.
Eurythmics est le nouveau pseudo de ce duo. Au tournant de la décennie, Annie et Dave se lancent à corps perdu dans la bataille du duo synthétique. Encore un ! Comme si les Blancmange, les Soft Cell, les OMD. les Yazoo ne suffisaient pas. Eh bien non. Je vais me faire encore pas mal d'amis en levant mon fidèle bouclier au-dessus des têtes d'Annie et de Dave, mais Eurythmies mérite vraiment qu'on les défende.
Annie l'androgyne chante un peu comme Geneviève de Yazoo; sa voix la parachute droit vers le blues et le R and B, histoire de justesse de ton et de chaleur. Quant aux compositions de Dave, elles glissent comme fil du rasoir sur champ de mousse Gillette.
Eurythmics est bourré de trouvailles sonores en tout genre: décidément, l'écho des nouveaux rythmes européens n'a pas fini de surprendre.
Gérard BAR-DAVID

Artiste : Eurythmics
Album : « Sweet Dreams Are Made Of This »
Label : RCA (dist.Sony-BMG)
© Gérard BAR-DAVID / Hitmusemag.com le 15 Avril 2008
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Publié le 15.04.2008 à 12:52
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