Le nouveau clip de Anti Flag
« The Bright Lights Of America »
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Un mois avant son gig parisien, le leader du groupe punk de Pittsburgh nous entraîne « au delà des lumières étincelantes de l’Amérique », aux antipodes des states de Bush, du glamour et des spotlights en compagnie des gens de la vraie vie qui savent encore pleurer et saigner lorsqu’ils soufrent. Il nous mènera aussi à la rencontre de Munir Abu Jamal qui proclame son innocence depuis plus d’un quart de siècle et qui attend pourtant son heure dans un des nombreux couloirs de la mort où les condamnés Américains végètent, indéfiniment parfois, jusqu’à leur exécution. Justin Sane a inclus un message lu par le fameux prisonnier sur ce nouvel album. Enfin, et en général, ces joyeux punks taillent un sacré costar à notre société de consommation en parfaite démonstration de leur punk power : Justin Sane exprime sa révolte sans retenue et cela fait des étincelles comme lorsque la poudre rencontre les allumettes !
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« Comment avez-vous pensé à Tony Visconti pour produire votre nouvel album ?
Justin Sane : Je suis un très gros fan de Morrissey et je suis tombé totalement amoureux de son dernier album « Ringleaders of the Tormentors », pour moi c’était le meilleur disque qu’il n’ait jamais fait. Mais je pouvais ressentir qu’il y avait là-dedans un élément extérieur qui ne venait pas uniquement du groupe. Alors j’ai cherché le nom du producteur : Tony Visconti.
Je ne réalisais pas vraiment qui était Tony Visconti, mais je suis allé sur internet et j’ai fait une recherche. Et là j’ai réalisé que dans ma collection de disques il y avait un bon paquet d’albums signés par Tony Visconti.
David Bowie, T Rex mais aussi les Boomtown Rats ou les Moody Blues.
J’étais vraiment intrigué par cet homme. J’ai apporté l’album pour le faire écouter au reste du groupe et je leur ai dit que je pensais vraiment que nous devrions parler à ce producteur car sur ce disque son travail avait tout changé.
Il n’a jamais produit de groupe punk auparavant, c’est une première.
J.S : C’était justement ce qui nous intéressait. On cherchait vraiment quelqu’un qui soit à l’extérieur de notre genre (en français dans le texte) , quelqu’un qui puisse nous pousser au-delà de notre petit confort routinier. On refusait de faire un disque qui ressemble à ceux que nous avions déjà faits. On voulait essayer d’expérimenter des choses neuves, mais en particulier on voulait incorporer des éléments dans notre style de musique qu’on n’avait jamais entendu…
Comme le piano, les violons …
J.S : Oui et aussi les percussions d’orchestre le xylophone, tous ces éléments qu’on voulait utiliser dans notre album. Mais il nous fallait trouver quelqu’un qui sache les intégrer à notre musique. Et sur le disque de Morrissey c’est exactement ce qu’il a réussi à faire.
Nous avons réussi à dénicher le numéro de téléphone de Tony Visconti, il vivait à Brooklyn à ce moment-là, même s’il fait sans cesse des allers-retours entre le Royaume-Uni et New York. Nous lui avons téléphoné et on s’est rencontré dans la foulée. On s’est tout de suite super bien entendu. Il nous a dit qu’il n’avait jamais bossé avec un groupe comme le nôtre auparavant mais qu’il l’avait toujours souhaité. Moins d’une semaine après notre rencontre, il était déjà avec nous dans notre local de répétition à Pittsburgh. Tout s’est passé très vite, on a passé en revue toutes les chansons durant un peu plus d’une semaine et nous sommes rentré en studio dans la foulée.
Ou avez-vous enregistré Justin ?
J.S : On a enregistré au milieu de nulle part ! Nous sommes allé à Lexington, Kentucky dans un studio baptisé Saint Claire Studios, célèbre pour ses élevages d’étalons et ses courses de chevaux. Mais ce qui est intéressant à noter dans cette histoire c’est que Tony est quelqu’un de très futé. Et son expertise a vraiment payé. Il savait qu’il avait affaire à quatre jeunes gens qui pouvaient avoir envie de sortir et de faire la fête toute la nuit avec leurs potes.
Visconti a donc choisi un lieu où il était certain de vous éviter toute tentation !
J.S : Et ça a super fonctionné, nous avons enregistré l’album à la vitesse de l’éclair, plus rapidement qu’aucun de nos autres disques. Tout ça en trois semaines seulement. C’était incroyable, jamais depuis nos débuts nous n’avons bossé aussi rapidement. Le truc génial avec Tony, c’est que jamais je n’avais autant fait confiance à un producteur. Lorsqu’il me disait qu’une prise était réussie, je le croyais. C’est assez rare chez moi, généralement je ne fais confiance à personne sur ce terrain-là.
C’est un peu comme si George Martin avait produit Anti-Flag !
J.S : Pour nous c’est vraiment ça !
Quel traitement a-t-il utilisé pour que vos guitares soient aussi claires ?
Elles sonnent comme les guitares de « Ziggy Stardust » de Bowie !
J.S : On voulait vraiment avoir un son très classique pour cet album. On voulait que le disque ait des éléments modernes mais aussi avoir un son résolument vintage C’était si drôle de discuter avec lui.
Il nous disait : « J’ai tout fait, alors dites- moi comme quoi vous voulez sonner et je vous le fais ! »
On a bossé avec divers amplis et diverses guitares. On avait énormément de guitares à notre dispo dans le studio, quelque chose comme 20 guitares.
Certaines étaient assez vieilles comme les Gibson et nous les avons utilisées pour une bonne partie de cet album.
J’ai aussi pas mal utilisé une Fender Telecaster. Live généralement je joue de l’ESP sur un ampli Marshall 412. Mais je crois surtout que le secret de la qualité du son tient surtout au choix des micros utilisés.
Tony n’utilise pas trop d’effets après l’enregistrement, il essaie plutôt de tout construire au moment de sa prise de son.
En fin de compte, cela préserve la spontanéité et l’inspiration car tu ressens de suite ce que tu es en train de créer.
C’est une attitude très punk de faire les choses de suite !
J.S : Tout l’album a été fait dans cet esprit punk. On a joué du plus d’instruments possibles y compris certaines percussions orchestrales sur lesquelles nous n’avions jamais posé la main. Et ce que j’ai adoré et la raison pour laquelle nous l’avons fait c’est qu’on voulait s’approprier ces instruments généralement posés sur un piédestal et les mettre au niveau de la rue.
C’est une manière de proclamer que n’importe quel artiste peut créer avec ces instruments à condition d’avoir une vision et d’oser l’exprimer.
Pas besoin de passer dix ans de formation classique pour taper sur un tambour !
C’était justement tout l’esprit des Pistols et du Clash à leurs débuts !
J.S : C’était l’idée de s’emparer de quelque chose pour le tailler à notre mesure, à notre son. Bien sûr c’était pas possible d’apprendre à jouer du violoncelle en trois semaines, donc on a dû prendre un musicien extérieur pour en jouer.
Pareil pour la trompette, c’est un type du coin qui jouait dans un groupe punk qui a assuré cette partie pour nous.
Mais nous nous sommes imposé une sorte de challenge : essayons de faire une chanson par jour ou même deux chansons par jour.
C’est sans doute ce qui fait que ce disque-là a plus d’énergie qu’aucun autre car il est un reflet honnête de ce que nous faisons ; plutôt que de repasser inlassablement sur chaque chanson à tenter de peaufiner chaque petit détail, de réparer chaque petite erreur.
Le son est assez punk, ma première réaction en entendant « Good And Ready » a été de songer aux Clash, aux Stiff Little Fingers, aux Undertones…et un peu les Ramones aussi.
J.S : Tous ces groupes ont eu une grosse influence et c’est un vrai compliment. Nous avons grandi avec eux et c’est bien cette musique qui nous a inspiré et donné envie de faire notre musique.
On voulait faire des chansons dans cette veine et trouver des éléments à ajouter pour prendre une nouvelle direction. C’est là qu’intervient le pont sur «Good And Ready », les instruments orchestrés et la guitare acoustique.
C’est aussi à ce moment que monte le chœur des enfants.
Le chœur des enfants, on le retrouve à la fois dans la première chanson de l’album et dans la dernière. Ça me fait penser à « Another Brick In The Wall » de Pink Floyd.
J.S : C’est drôle que tu dises ça car notre batteur est sans doute le plus grand fan de Pink Floyd de l’Univers. Je vais lui dire, il va adorer cela.
La plupart des textes ont une urgence, même si vous ne promettez pas la révolution directe en suggérant de mettre à feu les Mac Dos et les usines Coca-Cola…
J.S : Je crois surtout qu’il y a un vrai sentiment de rejet du statu-quo.
Une de nos plus grandes influences sur ce disque est le fait que la sœur de notre bassiste Chris #2 a été assassinée voici peu de temps. On lui a tiré dessus, elle a été tuée d’une balle derrière la tête au cours d’un cambriolage.
Ça nous a tous totalement secoués. Mais ce que cela a produit et ça c’est intéressant, c’est que nul ne s’attendait à cela : les fans venaient tous voir pour partager leur tragédie personnelle avec nous. Et ce que nous avons réalisé à travers cette expérience très difficile dans notre communauté musicale, c’est qu’il y avait une réelle attente pour que quelqu’un raconte ces histoires et pour qu’on partage ces histoires. Il y avait une voix qui avait besoin de se faire entendre. Et cela nous a mené dans une toute autre direction que celle que nous avions décidée. Nous devions être cette voix, nous devions partager notre sentiment sur ces sujets. Et surtout nous voulions que les autres gens puissent savoir qu’ils n’étaient pas seuls pour affronter ces expériences douloureuses seuls. Car les gamins qui venaient à nos concerts nous ont aussi aidé à les affronter et à nous aider à les surmonter.
Et vous vouliez leur renvoyer toute cette énergie positive !
J.S : Totalement. Et aussi on voulait qu’ils sachent vraiment que nous étions là pour eux, qu’ils pouvaient compter sur nous.
Certaines chansons comme « The Twilight Of America » est totalement basée sur ces histoires que les kids m’ont racontées. Comme cette fille qui s’était ouvert les veines. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle avait fait une chose pareille. Mais elle n’y pouvait rien, c’est comme si une force la poussait à s’auto-détruire. Comme ce garçon qui pense qu’il peut s’en sortir que s’il se déchire complètement la tête avec la dope. Chaque jour.
C’est pour cela que vous chantez « The Bright Lights Of America ».
J’ai aussi pensé aux armes à feu et à l’Irak en entendant cette chanson.
J.S : On va y revenir tout de suite. Je crois que les principales questions que nous posons dans ces chansons : qui sommes-nous, nous les américains et qui sommes-nous en tant que civilisation occidentale et qu’avons-nous créé ?
Et est-ce ce que nous avons créé est vraiment ce qu’il a de mieux ?
Comment pouvons-nous changer cela pour améliorer les choses ?
C’est intéressant que tu poses cette question sur l’Irak car ce que j’ai trouvé et ce que je trouve excitant dans cette chanson c’est que chacun semble trouver son propre sens et l’attacher à la chanson. Et c’est super. C’est pour ça qu’on voulait que notre album porte ce titre. Car chacun doit se faire sa propre opinion : que signifient ces images éblouissantes de l’Amérique ?
Et surtout que cachent ces images éblouissantes ?
J.S : Exactement ! Si tu es assis sur un siége en train d’être interrogé avec un projecteur qui t’éblouit…
…ou si tu es assis dans le couloir de la mort comme Munir Abu Jamal
C’est important d’avoir placé sa voix sur cet album pour qu’il témoigne ainsi du système carcéral actuel aux USA…
J.S : Nous sommes en contact depuis pas mal de temps avec lui. On a toujours milité pour lui, on a fait divers concerts et diverses actions en sa faveur.
Je crois que son cas est très important car peu importe que l’on le croie coupable ou non, son cas illustre parfaitement le fait qu’il n’a pas eu un procès juste et équitable. Il y a tant de gens aux États-Unis qui n’ont pas droit à une justice équitable et comme par hasard ce sont souvent des gens pauvres.
Aujourd’hui avec l’apparition des tests ADN, on voit que de nombreux prisonniers qui attendent leur exécution dans les couloirs de la mort sont en fait innocents.
Lui il attend son exécution depuis plus de vingt ans. C’était donc important qu’il soit sur notre disque car je crois que son histoire commence à être un peu oubliée par le public. À un moment on parlait beaucoup de son cas et puis on en parle moins. On voulait que les gens ne l’oublient pas.
On espère vraiment qu’avec la sortie de notre disque, cela aura un vrai impact.
Les Clash avaient fait « London Burning » vous voulez carrément incendier NY, Austin, Washington,Pittburgh et quelques autres…
J.S : rires…l’idée c’est un peu la même que lorsque tu demandes : qu’est ce que cachent ces lumières. Lorsque tu te balades dans un supermarché Wall Mart en Amérique tout est brillant, étincelant, joli…t’as envie de tout acheter, mais qui a-t-il derrière, d’où cela vient il ?
Est-ce qu’acheter le dernier iPod ou le dernier ordinateur est ce que cela compte vraiment ?
On dit symboliquement que la plupart des choses qui semblent compter pour les gens dans cette société mériteraient qu’on s’en débarrasse !
On doit trouver de nouvelles valeurs, d’autres priorités.
Pour revenir à ta question sur doit-on brûler ces villes, je crois qu’elles s’auto-détruisent elles-mêmes. Alors laissons les ! Laissons les brûler et alors nous pourrons reconstruire quelque chose de mieux.
« We Are Lost » me rappelle un peu Alice Cooper, elle possède une vraie fraîcheur.
J.S : Ce que j’ai vraiment essayé avec cet album c’est d’écrire de la musique qui sonne comme les textes. Presque tous les textes sont été écrits d’abord.
Et ensuite j’ai essayé d’écrire la musique que je sentais pouvoir capturer les images ou la passion ou les idées véhiculées par mes textes.
C’est la première fois que tu travaillais ainsi ?
J.S : Tout à fait. C’est la première fois que j’ai fait cela. Alors peut être pour cette raison, j’ai l’impression que ces chansons ont encore plus de sens pour moi. Dans cette chanson, je parle de ces gens qui se retrouvent seuls, ces gens qui se battent au quotidien pour survivre. Et lorsque l’on retrouve toutes ces voix qui chantent le refrain, c’est pour marquer l’idée que nous sommes unis par cette musique. Moi je me suis très souvent senti comme un décalé dans ma vie, souvent je me sens différent, mais il y a un lieu où je me sens à ma place c’est à un concert. Pour moi c’est une incroyable inspiration qui donne un sens à ma vie, c’est ce que je voulais capturer et aussi c’est le message que je voulais faire passer dans cette chanson.
C’est la lumière au bout du tunnel ?
J.S : Oui car si la chanson démarre dans la mélancolie, à la fin c’est à la fois plein d’espoir et aussi très dramatique mais il y a quelque chose de positif qui nous attend.
Il y a un sentiment presque religieux dans cette chanson et aussi dans « Shadow Of The Dead »…comme une prière !
J.S : LOL c’est incroyable n’est-ce pas ? La musique doit être ma religion en fait (rire), je crois être quelqu’un de spirituel mais je ne suis pas quelqu’un de religieux.Je vais pas à l’église mais je crois en un esprit dans cet univers.
C’est drôle car j’ai beaucoup écouté Arcade Fire. Nous étions en tournée avec eux en Australie récemment. Et ça c’est vraiment un groupe lorsqu’ils jouent, ils parviennent à me faire croire au pouvoir de la musique. Car ils ont ce pouvoir de déclancher tant d’émotions en toi.
C’est justement ce que nous avons tenté de faire avec cet album, avec ces chansons.
Tu sais que si on était trente ans en arrière, le FBI vous aurait sans doute surveillés de près et mis sur écoutes comme John Lennon à l’époque !
J.S : C’est triste, mais la réponse est oui. C’est assez facile à imaginer . je ne peux pas dire que le sois surpris, c’est tragique. Je crois qu’on pourrait faire tellement mieux de ce pays. Et c’est justement ce qui nous pousse en avant en tant que groupe. Nous avons grandi en Amérique, nous y avons notre famille, nos amis, les gens que nous aimons. C’est un endroit que nous aimons vraiment pour tout cela. Mais d’un autre coté, en tant que pays nous gâchons notre potentiel. Et c’est ce que ce groupe veut affirmer : nous pouvons faire beaucoup mieux car nous le pouvons.
Et aussi surtout : l’Amérique n’est pas plus importante que n’importe quel pays.
Et nous, en tant qu’américains ne sommes pas plus importants que n’importe quel autre peuple. Trop souvent les Américains se croient supérieurs aux autres et le penser c’est penser à l’envers.Car avec une telle attitude, on se laisser aller à croire que les autres peuples ne sont là que pour nous servir.
Et cela nous autorise à envahir leurs nations, piller leurs ressources et les torturer. C’est triste car chacun devrait être égal et avoir droit à l’égalité. Chacun devrait avoir sa chance. Et « avoir, sa chance » signifie ne pas être persécuté par des agences gouvernementales ou des corporations avides. »
© Gérard BAR-DAVID pour www.hitmusemag.com – 25 juin 2008

Artiste : Anti-Flag
Album : « The Bright Lights Of America »
Label : RCA (dist.Sony/BMG)
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Publié le 25.06.2008 à 11:00
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