Ah l’exemplaire en promotion copy !
Il aura fait rêver des générations entières de fans.
Dans les années 70, puis 80 ils coulaient à flots. Souvent en pure perte.
La légende rapporte qu’un fameux animateur sur une grande radio périphérique aurait ainsi acquis sa maison de campagne. Il faut dire qu’entre le service promo radio du label qui devait lui fournir quatre ou cinq copies du même album- normal les platines tourne disques rayaient les vinyles à donf !- et l’éditeur de l’artiste qui contribuait à son tour de trois ou quatre copies, on arrivait à un total de huit albums dont il conservait un exemplaire et revendait tous les autres.
Et on retrouvait au marché aux puces de Saint-Ouen ces albums aux coins coupés ou marqués « Échantillon gratuit - Vente interdite » pour la moitié de leur prix FNAC, une aubaine pour des ados fauchés fans de zique.
Bien sûr, théoriquement, les maisons de disques confiaient ces disques à un media presse, radio ou télé pour la promo de leurs artistes, en cultivant l’utopie juridique du « dépôt » qui leur permettait de conserver une propriété virtuelle sur l’objet. Ce qui, bien entendu, n’a jamais empêché quiconque de revendre ses disques…et d’autres, bien sur, de se précipiter pour les acheter. Et avec le développement d’Internet et des sites de ventes aux enchères type Ebay, le phénomène n’a fait que s’amplifier.
Au milieu des années 80, j’avais décidé de faire une bonne blague à un collègue qui bossait à la télé. En ce temps-là, le scanner et même le fax n’existaient pas encore. Je m’étais procuré par une copine du papier à en-tête WEA Fillipachi qui distribuait Warner, Elektra et Atlantic à l’époque dans leurs bureaux des Champs Elysées…au dessus de chez Lido Music. WEA était réputé pour ne lâcher ses promos qu’avec un élastique. Sur le papier à en-tête Warner, j’ai adressé cette petite lettre à ce collègue émanant de la direction générale qui expliquait que « face à de graves difficultés financières, ils étaient au regret de devoir récupérer tous les albums, maxis et 45 tours qui lui avaient été adressés…au cours des dix dernières années. Et que par conséquent, un transporteur allait se présenter à son domicile sis à telle adresse pour venir récupérer ces centaines d’albums et autres qu’il était, bien sur tenu de laisser à sa disposition sous peine de lourdes poursuites judiciaires. »
Imaginez sa tête ! Comment retrouver des centaines de LP donnés, vendus ou perdus ? L’angoisse totale !
Pourtant ce qui n’était pour moi qu’un fantasme a bien failli devenir une solide réalité juridique grâce à Universal Music.
Un bizness affair de chez eux a crû lever un Giga lièvre en découvrant « oh shocking » que des individus se livraient à un sombre trafic sur leurs dos en revendant leurs exemplaires promos sur Ebay. Et Universal d’assigner un pauvre petit revendeur du nom de Troy Augusto qui se fait un peu de blé en échangeant ou en revendant des disques collector’s sur des sites d’enchères.
Tout le poids juridique de la multi va donc peser pour tenter de faire condamner ce dangereux délinquant économique.
Mais rassurez vous, la guerre du promo n’aura pas lieu !
Car fort heureusement, un juge du district fédéral, S James Otero, a mis fin à ce cirque procédurier en déboutant Universal de sa demande au motif qu’il ne possédait plus ce droit en le confiant à un tiers. C’est la doctrine dite de « la première vente » qui prime. Ainsi une fois que le détenteur a remis le disque, le CD, le livre, le DVD à un tiers, ce dernier a tout le loisir de le mettre en vente s’il le souhaite. Et toutes les mentions « Échantillon gratuit », « vente interdite », « For promo only » et autres sont donc parfaitement inutiles. Toute la beauté de la chose c’est que ces exemplaires se distinguent des autres justement grâce à ces mentions qui en font des collector’s instantanés. Ainsi en voulant se protéger, les labels n’ont fait que perpétuer la légende du promo copy !
Troy Augusto avait donc parfaitement le droit de revendre ses collector’s de Nelly Furtado et de Bones, Thugs-N- Harmony.
Pour les membres de la Electronic Frontier Fondation, cette décision est très positive pour le public.
Pour le public c’est surtout la garantie de pouvoir continuer à se procurer des objets de collection, tant que les labels continueront à les mettre sur le marché.
Pour les labels, c’est peut-être aussi un moyen détourné d’entretenir le buzz sur certains artistes. Comme on dit : there’s no buzzness like showbuzzness !
© Gérard BAR-DAVID / Hitmusemag.com juin 2008
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Publié le 13.06.2008 à 14:29
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