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Publié le 05.03.2008 à 11:16
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Mariah

Mariah Carey : la Diva sort ses griffes…


Pop

Son tout nouveau single, « Touch My Body », est une bombe. Et son amour d’album « E=MC2 », à paraître le 10 avril, est encore plus excitant que son précédent, « The Emancipation Of Mimi ». Bref, 2008 sera l’année de Mariah, 38 ans et des tubes à foison. Alors qu’elle s’apprête à battre le record d’Elvis Presley et des Beatles au sommet des charts américains, flashback sur l’année 1999, quand la diva aux multiples octaves recevait notre journaliste à Capri, où elle finissait d’enregistrer Rainbow.

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On croyait tout savoir sur Mariah Carey. Ses 110 millions d'albums vendus depuis son premier album éponyme en 1990, alors qu'elle avait à peine vingt ans. Son ascension dans le cercle très fermé des chanteuses qui pèsent. Son mariage et son divorce avec le grand patron de Sony. Son virage vers une musique plus adulte après deux albums sous contrôle. Ses nouveaux talents de productrice. Son goût pour le rap hardcore et vrai. Oui, on croyait tout savoir. Pas de chance, il va falloir tout réapprendre: Mariah vient de changer les règles du jeu.

Avec "Rainbow", la plus imprévisible des divas américaines continue l'entreprise de démolition de la "lolita à voix d'or" qu'elle était il y a encore quelques années. Après "Butterfly" et ses escapades rap avec Bone Thugs-N-Harmony et Mobb Deep, celle qui a abandonné son nom de famille (dites "Mariah", ça suffira) persiste et signe l'album évènement de cette fin de millénaire.

Pour Mariah, le compromis n'est pas vraiment à l'ordre du jour: "quand je travaille avec qui que ce soit, je participe à l'enregistrement de la musique, j'emporte la bande et je m'en vais. Je ne chante pas avec un producteur dans le studio, je sais ce que j'ai à faire avec ma voix", explique avec fermeté miss Carey. C'est à Capri, au large de Naples, qu'elle a achevé l'enregistrement de "Rainbow" après avoir hanté les studios de Los Angeles et de New York.

Ses invités? Snoop Dogg hante "Crybaby", l'un de ses plus brillants featurings depuis longtemps. Usher sussurre des mots soul à l'oreille de Mariah sur l'envoûtant "How Much", produit par le petit Jermaine Dupri, l'ami de toujours. Les soldats de l'armée No Limit, Master P en tête, donnent à "Did I Do That?" un goût de ghetto enveloppé d'un voile de mélodie. Et le roi de New York, Jaÿ-Z, est la cerise sur le gateau "Heartbreaker", le premier single qui a pris en otage les playlists américaines à la seconde où il a été distribué aux FMs. Après Ol'Dirty Bastard qui joua un remake de "La Belle Et La Bête" sur le duo "Fantasy", Jaÿ-Z a su saisir les aspirations profondes de la chanteuse et lui donner la réplique avec une telle conviction que même les radios US anti-rap ont diffusé ce titre hors format.

Parce que Mariah est jeune (29 ans en 99), belle (ce n'est pas la pochette de "Rainbow" qui prouvera le contraire) et riche, certains se sont longtemps contentés de voir en cette chanteuse un produit de son époque. Tout faux, encore une fois. Mariah ne se contente pas de chanter, et sur "Rainbow" comme sur tous ses prédécesseurs, c'est elle qui écrit et compose.

"Pourquoi je m'obsède à tout écrire? Sûrement parce que je suis dingue! Toutes les chanteuses que les gens vénèrent en tant que divas n'écrivent pas leurs chansons. Moi, j'ai besoin de ça. Je crée mes morceaux comme on ferait une robe, sur mesure."

Et quand il s'agit de reprises, Mariah fouille dans son passé de teenager: "Against All Odds (Take A Look At Me Now)" chanté voilà plus de dix ans par Phil Collins a rappelé à la chanteuse ses années au lycée, et sa version surpasse aisément celle du batteur glabre de Genesis. Quasiment parfait.

L'obsession de la perfection est d'ailleurs le point commun des douze chansons de "Rainbow". Et pour les amateurs de ballades sur plusieurs octaves, "Bliss", produit comme la majorité des morceaux par Mariah elle-même et les frères de son, Jimmy Jam & Terry Lewis (de Minneapolis), pulvérise la concurrence r&b avec ses chœurs supersoniques irréels.

"On peut tromper les gens une fois, deux fois, mais la vérité finit toujours par percer", affirme en guise de conclusion la diva à l'écoute de la rue sans citer personne. Et la vérité selon Mariah et selon les millions de fans qui vont se régaler de "Rainbow", c'est qu'elle a enfin trouvé la formule secrète, l'équilibre miraculeux entre les salons chics et les bas-fonds de l'underground.

 

26 août 1999, Naples en Sicile.

Au guichet vendant les tickets de bateau pour aller à Capri, un réfugié muni de sa carte d'identité bosniaque nous rappelle que la frontière yougoslave est proche, terriblement proche. Le but de cette mini croisière sur une île dont le nom amène invariablement chez l'interlocuteur un "c'est fini" immédiat est de rencontrer face à face une diva de moins de trente ans qui a déjà écoulé de par le monde plus de 110 millions d'albums. Mariah Carey, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, n'est pas en vacances dans cette autre île de beauté qui ne connaît pas les nuits bleues. C'est ici qu'elle met la dernière main à "Rainbow", un nouvel album qui s'enchaîne naturellement avec son prédécesseur "Butterfly".

Déjà, alors que le disque est toujours en cours de finition, le single pour les radios "Heartbreaker" a visé au coeur et a fait mouche. Le featuring impérial de Jaÿ-Z, prince de New York et roi de Roc-A-Fella, booste cette chanson pop hallucinante où les mélodies vocales s'entremêlent en cascades r&b. Après quelques présentations avec le staff Sony dans l'hôtel Palace d'Anacapri, le poids de la diva new yorkaise se fait sentir: devant la piscine méga luxe, sous le soleil de Capri, on nous fait savoir avec tact qu'il y aura un peu de retard sur les interviews. Une star à l'heure, c'est rare comme une pute à son compte aurait dit Lino d'Ärsenik. Rachel, une huile de chez Sony, fait progressivement glisser la rencontre de 18 heures à 21 heures (en fait, l'interview aura lieu vers minuit), et finit par proposer d'aller au studio. Le Capri Digital Studio, c'est là où ont enregistré Akhenaton (pour "Métèque Et Mat") et... Pascal Obispo.

Entre autres. Mariah Carey, comme une apparition, surgit alors d'un des salons de la suite royale où attendent les médias et le staff Sony. Elle est en short jean avec un mini tee shirt blanc en laine, et on lui donnerait 20 ans (elle en a 29) si l'on ne détectait pas dans son allure altière et décidée une maturité qui n'est pas celle d'une Lolita. Mariah pèse, elle le sait et en plus elle a l'ambition d'être aux commandes de sa vie de chanteuse. C'est elle qui mène la meute vers les taxis, et on est une quinzaine à descendre la corniche vers la ville avant de finir à pieds les dizaines de paliers en zigzag menant au studio de Carloquinto Talamona.

Suivre Mariah Carey dans les rues de Capri permet de constater pourquoi la chanteuse milliardaire aime cette île: malgré son provocant décolleté, ses chaussures à talons carrés et son short feu de plancher, pas besoin de sécu musclée pour se frayer un chemin dans la foule. Capri, c'est cool pour les stars. Arrivé au studio, il faut encore attendre un peu pour que Mariah soit prête. Quand on me conduit enfin dans le petit salon où aura lieu l'interview, Mariah est là, à moitié allongée sur un divan, éclairée par une bougie, un verre de vin blanc à la main. Et c'est un soir de pleine lune. Jusqu'où iront les superstars pour charmer les journalistes? Pas plus loin hélas, et c'est très professionnellement que la diva Carey  annonce qu'elle est désormais disposée à parler. Pour tout savoir sur "Rainbow", ses featurings prestigieux et sa production satinée, c'est tout de suite.

 

« Mariah, vous êtes ici pour enregistrer votre nouveau disque, ça se passe comme prévu?

Mariah Carey : Oui, on a presque fini mais je reste ici parce que l'endroit m'inspire. C'est bon pour ma voix et pour mon mental. Là j'ai quasiment fini les balades et on va se pencher sur les deux morceaux rapides qu'il reste à faire, ensuite je vais retourner à Minneapolis refaire des tracks avec Jimmy Jam et Terry Lewis et ça sera bouclé.

Vous êtes passée par six studios entre L.A., New York et Capri, pour enregistrer le single "Heartbreaker". C'était nécessaire?

M.C : Oui, j'ai fait le "heartbreaker, you got the best of me..." (elle chante un extrait du refrain, NDR) à Los Angeles en écrivant la chanson, puis j'ai réécrit un couplet mais ça sonnait moins bien donc on ne s'en est pas servi. "Heartbreaker" était un morceau difficile parce que la musique est basée sur un sample de deux mesures, très simple. C'est un loop très répétitif donc pour en faire un bon morceau il fallait faire plein de sessions pour en arriver à un refrain efficace et des vocaux dynamiques. Vu que le sample était d'une telle simplicité, j'ai vraiment du construire quelque chose autour. Il m'a fallu du temps.

Vous avez également coproduit le titre...

M.C : Oui. Personne n'est avec moi dans le studio quand je pose mes vocaux, donc automatiquement je suis coproductrice.

C'est votre règle du jeu?

M.C : Oui, c'est comme ça depuis "Daydreaming". Je sais ce que j'ai à faire avec ma voix. Si on veut me donner un avis une fois que j'ai chanté, OK. Mais c'est une perte de temps car je sais ce qui me convient le mieux. Honnêtement, sans vouloir paraître arrogante ou coincée, je sais exactement où je peux aller et ce que je suis capable de donner.

On a l'impression que Jay-Z (sur la photo en concert avec Mariah à New York) s'est vraiment investi dans "Heartbreaker", plus qu'Ol'Dirty Bastard dans "Fantasy"...

M.C : Vous trouvez? Ce qu'a fait Jay c'est qu'il a vraiment traité du sujet de la chanson et il a été brillant. Il a conçu les paroles après deux-trois écoutes du morceau. ODB, lui, a senti la vibe de "Fantasy" et a fait son truc. Et ce qu'il a fait a plu dans le monde entier, son "me and Mariah..." (elle imite ODB, NDR). Mais Jaÿ-Z est un vrai génie, et même les radios qui ne passent pas de rap vont apprécier son intervention. Il sait être hardcore et accessible à tous.

Vous êtes une star, et on ne vous imagine pas donner un coup de fil pour inviter les invités de votre disque. Alors comment faites-vous pour recruter des gens comme Jay, Snoop Dogg ou Mobb Deep?

M.C : Je suis de New York et j'y habite, comme tous mes potes. Et croyez-le ou pas, on connaît les mêmes gens. Le programmateur de la radio Hot 97 est un bon ami et c'est grâce à lui qu'il y a eu la connexion Mobb Deep. La communauté hip hop n'est pas dure à rencontrer, si tu connais une personne c'est presque comme si tu les connaissais tous. Jay-Z et moi avons des copains en commun et on se connaît depuis un paquet de temps. On a appris à mieux se connaître avec ce featuring, et je l'admire beaucoup. Saviez-vous qu'il a aussi écrit plein de paroles pour d'autres artistes?

Oui, Jay a mis des mots dans la bouche de pas mal de gens...

M.C : Ouais, un "écrivain fantôme"! (intraduisible: en anglais, "nègre" -le terme pour décrire quelqu'un qui écrit pour un autre- se dit "ghost writer", NDR)

Chanter est parfois un acte intime. Vous aimez une ambiance spéciale?

M.C : J'aime quand il fait sombre dans le studio.

Qui sont les principaux producteurs de "Rainbow"?

M.C : J'ai beaucoup travaillé avec Jam & Lewis, toutes les balades. Je les aime depuis que je suis toute petite, tous les S.O.S. Band, Alexander O'Neal, Cherelle. J'ai réalisé que j'essayais de faire sonner mes balades comme les leurs et maintenant c'est beaucoup plus simple, je n'ai plus à dire à quelqu'un de sonner comme eux, j'ai leur vibe. Il y a aussi pas mal de chansons rapides, plus qu'auparavant. J'ai travaillé avec Jermaine Dupri aussi, mon petit favori. Il a fait le duo avec Usher ("How Much", NDR). J'ai aussi fait un morceau avec les gars de No Limit. On a rejoué un extrait du "It Ain't My Fault" de Silkk The Shocker et il y aura Mystikal dessus.

Vous aimez le son made in New Orleans de Master P ?

M.C : Ouais, j'adore! Quand on va en club à New York on l'entend partout, ça rend les gens dingues!

Mais il a fallu un moment pour que New York accepte Master P...

M.C : Oui, ça c'est vrai. Mais je parle surtout des clubs, pas des radios. Je vois comment les gens réagissent en club.

Quel rapport avez-vous avec les producteurs?

M.C : Voilà le truc: quand je travaille avec qui que ce soit, je participe à la musique, je prends la bande et je m'en vais. Je n'ai besoin de l'avis de personne. Surtout quand je bosse avec des producteurs hip hop qui ne savent pas vraiment comment on enregistre ce genre de musique, ils ne vont pas savoir mieux que moi ce que je dois faire.

Vous avez une voix très puissante et pourtant on vous a souvent considéré comme une belle plante. Vous en avez souffert?

M.C : Je pense que les gens dans l'industrie du disque ont un certain cynisme et l'auront toujours. Et même si les maisons de disques peuvent lancer une 'hype' une fois, deux fois, trois fois même, elles ne peuvent pas faire n'importe quoi. L'image n'est pas tout. Je crois que mes fans ont dès le début accroché sur ma voix, vu que mon image a d'abord été tellement plate et simple. J'ai de la voix, et en plus j'ai débarqué à une époque où il y avait plein de non-chanteuses. Le truc c'était d'être chanteuse/danseuse, pas d'interpréter sur différents octaves des balades presque rétros. Qu'une adolescente chante un morceau comme "Vision Of Love", c'était différent. D'ailleurs, quand j'ai rencontré Jaÿ-Z il chantonnait "Vision Of Love"! Il y aura toujours des rumeurs style 'elle a fait ci à cause d'untel', mais vous savez quoi? Il y en a plein, des gens qui ont un ou deux tubes parce qu'ils ont des gens derrière eux mais ça ne fait pas une carrière.

Une chanteuse qui a un physique comme le vôtre doit-elle constamment prouver qu'elle a en plus de la voix?

M.C : Merci, c'est très gentil de me dire ça. Mais honnêtement je me trouvais horrible dans mes premières vidéos! (rires) C'est marrant, ils se sont dit 'elle est si jeune, pas besoin de lui faire un éclairage sophistiqué'. Pour les autres ils sortaient le grand jeu et moi j'avais des clips ennuyeux. Mais je pense que ça dit quelque chose sur les chansons car du coup les gens écoutaient vraiment ma voix. Vous savez, j'en ai des reproches à faire à propos de la maison de disques et des contraintes créatives que je peux avoir, mais je dois avouer que le fait d'avoir une image simple au début de ma carrière a bien fonctionné.

Dans quelles conditions avez-vous enregistré votre duo avec Whitney Houston pour la B.O. du "Prince D'Egypte"?

M.C : Jeffrey Katzenberg, le président de Dreamworks, a dit à Whitney que j'étais d'accord pour le duo "When You Believe", et m'a dit la même chose. J'étais très flattée car je suis une grande fan de Whitney. Pour ce qui est de la chanson... J'aurais aimé l'écrire. Même si elle a gagné un Oscar © et que c'est un succès, j'aurais pu faire quelque chose de bien pour nous deux. Ca arrivera peut-être un jour.

Ca vous est arrivé d'être déçu par un de vos producteurs ou invité?

M.C : Si ça arrive, je laisse tomber. Et en tant qu'auteur, je n'aime pas chanter quelque chose qui ne porte pas ma griffe. Plein de gens ne réalisent pas que j'écris mes chansons. La majorité des chanteuses que les gens appellent des divas n'écrivent pas leurs morceaux, et ça peu de gens le savent. Et ces chanteuses ont la belle vie, moi ma vie est dingue! Pourquoi il faut que je sois obsédé par le studio? Je suis complètement tarée!! Et tout ça parce que j'aime la musique. Et je ne dis pas que les autres chanteuses ne l'aiment pas mais moi, je ne serais pas capable d'avoir une chanson sur une cassette interprétée par une autre chanteuse, de la mémoriser, de la chanter huit fois de suite et de me tirer en laissant le producteur pour qu'il arrange le tout (eh oui, c'est ainsi que les divas travaillent aux USA, comme à l'usine, NDR). Ca m'obsèderait de bosser comme ça, je me vois avant tout comme une chanteuse-compositrice qui écrit ses chansons comme un tailleur fait des costumes, sur mesure pour moi.

Au fait, pour conclure simplement: pourquoi titrer l'album "Rainbow" (arc en ciel, NDR)?

M.C : Pour plein de raisons, c'est un symbole qui évoque le mélange des couleurs et c'est ce que je suis, un mix de couleurs. Et aussi parce qu' un jour à Los Angeles, alors que j'avais pas mal de drame dans ma vie, je conduisais pour aller au studio et j'ai aperçu un double arc en ciel, une des choses les plus étonnantes que j'ai vu de ma vie. Deux ans plus tard à Hawaï, je revois un arc en ciel, cette fois au pied d'un volcan... C'est comme quand j'ai fait "Butterfly", je voyais des papillons partout ! »

 

Olivier Cachin, interview parue dans le magazine L’affiche n°74, octobre 1999.

© Olivier CACHIN/ Hitmusemag.com Mars 2008

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Publié le 05.03.2008 à 11:16
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