Regardez une video de « Petit Robot » de Maxime Le Forestier
et un live de « Les Mots »
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Certains s’en souviennent, d’autres l’on découvert bien après sa sortie en 1972, "Mon Frère", le premier album de Maxime Le Forestier, était l'incarnation même de l'esprit de Woodstock et de Mai 68, le reflet de ces années 70 dorées et utopiques. C’était l'album de "Parachutiste", de "Comme un arbre dans la ville" et surtout de "San Francisco", qui deviendra, avec le temps, la plus célèbre de ses compositions, incarnant les rêves d'une génération que les golden boys des décennies suivantes s'empresseront de qualifier de "naïve". D'un point de vue strictement musical, "Mon Frère" marque avant tout l'entrée en scène d'un auteur-compositeur d'exception qui s'inscrit moins dans le courant contestataire que dans la tradition d'une chanson de qualité, taillée pour défier le temps. Car comme son ami Moustaki ou son "parrain" Brassens, Le Forestier est un artisan, qui peaufine ses chansons jusqu'à la perfection.
D’ailleurs, Maxime à la fin des ‘70s reprendra les chansons de Brassens… comme à la fin des années 90 où il publie ses « cahiers » de reprises de l’auteur du « Gorille ».
Sans doute, avec l’arrivée du punk, puis l’explosion du nouveau rock hexagonal, son style « fleur bleue » le porte en décalage avec son temps. Mais il s’en fiche éperdument : Le Forestier n’a jamais cherché à rattraper les modes et c’est sans doute ce qui explique son increvable longévité artistique.
La preuve, s’il ne cesse jamais de publier ses albums, à la fin des ‘80s, il hume à nouveau l’air des sommets des hits parades avec l’imparable « Né quelque part ». De même, six ans plus tard en 94, Maxime et sa guitare reviennent en force avec l’album lumineux « Passer ma route ».
Le temps semble n’avoir aucune prise sur cet esprit libre, Maxime peut disparaître pendant six ans, lorsqu’il revient en 2000 avec « L’écho des étoiles », son public reste d’une totale loyauté.
Enfin, après huit ans passés à travailler avec les autres, Maxime Le Forestier se concentre enfin sur lui-même et publie « Restons amants », un nouvel album dont il a signé tous les textes. En ce mois anniversaire de Mai 68, c’était l’occasion rêvée de faire le point sur les credo de l’homme et de l’artiste.
Ces dernières années, vous avez été très occupé, mais cela fait huit ans que vous n’aviez pas sorti de nouvel album studio, depuis « L’écho des étoiles ». Comment l’envie est-elle revenue ?
Maxime Le Forestier : Ca faisait un moment que je voulais le faire, mais il y a eu l’écriture de la comédie musicale Gladiateur, et puis je m’étais promis d’enregistrer l’intégrale de Brassens avant d’avoir soixante ans… Dès que j’ai eu fini la série de concert Brassens fin 2006, je m’y suis mis ! Comme ça faisait un bout de temps que je n’avais pas fait de disque, j’avais envie qu’il soit personnel. Vous savez, un an et demi passés à chanter du Brassens, ça ne laisse pas indemne. Ca donne un niveau d’exigence, pas dans le résultat, mais dans l’idée d’arracher une idée au ciel, et de le faire soi-même. Mais finalement, ce qui est interessant dans les chansons, ce n’est pas tellement ce que l’auteur a voulu y mettre. C’est ce que l’auditeur a voulu y entendre
Dans « Restons amants », il y a des chansons d’amour, et puis d’autres, plus sérieuses, qui traduisent votre regard sur le monde, comme « Grain de sel » et « Cette ère étrange », qui ouvre le disque. Ces titres donnent l’impression que vous êtes partagé entre l’idée d’engagement et une certaine désillusion face au constat de ce qu’est le monde d’aujourd’hui…
M.L.F : C’est peut-être l’âge qui veut ça. On pensait pouvoir changer le monde, on l’a changé, mais pas en mieux ! Ca n’est pas un constat très positif… Mais « L’ère étrange » exprime une idée légèrement différente. Dieu sait que certains aspects de cette époque me sortent par les yeux, mais il n’empêche que c’est la mienne, et que je suis obligé d’y vivre.
Quels aspects de notre époque vous sortent-ils par les yeux ?
M.L.F : La fin de l’idée de démocratie, qui est entrain de se noyer dans la propagande, le fait qu’on n’ait pas réussi à résoudre des problèmes qu’on voyait venir depuis longtemps… Aujourd’hui, tout le monde parle d’écologie, mais quand j’écrivais « Comme un arbre », on me traitait d’écolo bêlant. Plus on avance en technologie, moins on avance en évolution de l’homme. Plus on a de moyens dans les mains, moins on a de sagesse. C’est un simple constat sur notre époque, mais cela n’empêche pas pour autant nos enfants d’y vivre et de s’y préparer un avenir. La différence entre ma génération et la leur, c’est qu’ils s’occupent plus d’eux-mêmes. Ils sont moins idéalistes, mais plus concrets dans leurs actions.
Ils sont plus fatalistes, plus mous, peut-être ?
M.L.F : (rires) Vous savez, en avril 68, la presse titrait « La France s’ennuie »…
Vous pensez que Mai 2008 risque de ressembler à Mai 68, dont on célèbre l’anniversaire en grande pompe ces jours-ci ?
M.L.F : A un moment, les jeunes vont bouger, c’est sûr ! S’ils n’osent pas, c’est qu’ils savent que ça va être dur de trouver du boulot quand ils finiront leurs études. Nous, on était veinards : on sortait des trente glorieuses, c’était le plein emploi, on pouvait se permettre de faire pousser des fleurs. Eux, il faut qu’ils fassent pousser des légumes !
Ce qui nous amène à parler un peu des Restos du cœur, que vous soutenez depuis longtemps avec les Enfoirés. Vous y croyez toujours ?
M.L.F : Nous sommes des gens qui ont réussi, c’est normal qu’on partage. Coluche a créé les Restos parce que des gens étaient morts de faim. Grâce à eux, il y a moins de misère en France. Rien que pour ça, il faut y aller ! Si on arrête maintenant, il va y avoir des morts. C’est ce qui s’est passé pour Solensi quand ils ont eu moins de dons. Mais c’est vrai que plus les Enfoirés existent, plus les gouvernements ont tendance à se dire : « mettons les gens au RMI, les Enfoirés s’en occuperont. » C’est à double tranchant…
Mais revenons au disque… Pour la moitié des musiques, vous avez fait appel à d’autres, dont votre ami de quarante ans Julien Clerc sur deux titres, « Restons amants » et « Le juge et la blonde », un morceau dont l’esprit tant que le rythme font penser à Brassens. Etait-ce un exercice de style ?
M.L.F : Quand je l’ai écrite, je n’y ai pas du tout pensé. Paradoxalement, c’est le seul morceau qui ne contient pas de guitare ! Je suis parti de la première phrase qui comporte trois double-sens, et de là, j’ai essayé de raconter une histoire où l’on ne sait jamais s’il s’agit d’une fille ou d’une cigarette. Ca donne un résultat que j’aime bien. Une amie avocate me dit : « enfin une chanson sur l’interdiction de fumer », et un ami anarchiste me dit : « c’est bien d’enfin parler de l’inhumanité des juges » !
Le disque se clôt par « L’hymne à la soie », un duo que vous interprétez avec Emmanuelle Béart. Pourquoi elle ?
M.L.F : Il y a une quinzaine d’années, Emmanuelle est venue me voir en me disant qu’elle aimerait bien chanter : je lui ai écrit « L’hymne à la soie ». Comme elle avait une voix un peu grêle, je l’ai envoyée prendre des cours de chant chez mon prof, qui m’appelle au bout de quelques semaines, très ennuyé, pour me dire qu’Emmanuelle attend un enfant, et que ce ne sont pas de bonnes conditions pour travailler. Elle met au monde Nelly, reprend le cinéma, et quelques années plus tard me rappelle pour me dire qu’elle va prendre des cours avec un autre prof… qui m’annonce que ça ne va pas être possible parce qu’Emmanuelle est enceinte ! Elle met au monde Yoann, repart pour le cinéma, et puis il y a quelques mois, on a retenté le coup. Comme elle a beaucoup de travail, je lui ai proposé de transformer la chanson en duo. Elle a assuré !
Vous allez bien sûr défendre « Restons amants » sur scène…
M.L.F : Oui ! D’octobre prochain à juillet 2009. La scène, c’est ma vie. J’aime ça. Je fais des disques pour pouvoir aller les chanter. Je passe cinq fois plus de temps que les autres en tournée parce que je fais des salles cinq fois plus petites, mais je préfère, et je pense que les gens qui viennent me voir aussi. Je me vois plus comme un successeur des chanteurs de rues auxquels on jetait des pièces que comme un succédané français des Rolling Stones. Quand ils voient des noms de bleds inconnus sur ma tournée, certains snobs parisiens ricanent. Mais c’est là qu’il est, le public. Et mon boulot, c’est d’aller chez lui.
© Kathleen Aubert pour www.Hitmusemag.com – 29 mai 2008
En concert au Casino de Paris le 13, 14 et 15 novembre 2008, et en tournée en province jusqu’en juillet 2009.

Artiste : Maxime Le Forestier
Album : « Restons amants »
Label : Polydor (dist.Universal)*
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Publié le 29.05.2008 à 12:35
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