Ils sont venus avec la même énergie qui était la leur en 2005, lorsqu’ils avaient contraint les grands de ce monde, à l’occasion d’un sommet en terre écossaise, de faire un effort pour « abolir » la pauvreté en Afrique, comme on l’avait fait de l’esclavage. C’était officiel, les grands pays industriels allaient desserrer leurs bourses et enfin aider le continent noir. Et eux, rocks stars descendus de scène pour mettre leurs mots, leur sensibilité, leur énergie au service de l’Afrique, ils en seraient comptables. Ils regarderaient de près, pour que tout cela ne reste pas vains mots et vaines promesses. Ils ne s’en laisseraient pas conter, en somme.
Trois ans plus tard, les voilà qui prennent place, ce mercredi 18 juin, derrière la tribune allouée à l’exercice, dans les sous-sol du Press Club, à deux pas de l’avenue des Champs-Elysées. Bono, le chanteur de U2, l’homme à la tournée fabuleuse –jamais groupe n’avait amassé tant d’argent-, se cache derrière les verres légèrement teintés de ses lunettes ; chez lui, aujourd’hui, c’est le tee-shirt qui compte, portant le logo de l’organisation qui mène compagne contre l’extrême pauvreté, ONE. Yannick Noah, l’homme qui transforme tout en or, arbore son éternelle casquette sur la tête. Bob Geldof, le chantre du tiers-monde, a plus que jamais les cheveux en bataille, ses yeux se dérobant derrière la mèche folle. Angélique Kidjo, la chanteuse d’origine béninoise, ambassadrice de l’UNICEF, âme sœur de l’Afrique, s’impatiente de lâcher face aux caméras toute cette colère accumulée devant les douleurs de son continent. Michel Kazatchkine, l’un des premiers chercheurs français mobilisés sur le SIDA brûle de dire combien de malades ont été sauvés grâce à l’argent récolté. Arunmah Oteh va sortir ses chiffres, avec l’aplomb de ceux que la finance ne rebute pas, des chiffres qui ne font pas bon genre dans le tableau de chasse des pays riches. Tous près à mettre leurs kilos de notoriété dans la balance l’argent ne serve plus à nourrir les ministres de l’Education, mais bien à nourrir l’éducation des élèves. Pour que les points marqués en Ecosse ne se perdent pas dans les brumes de chaleur.
Mais l’ordre du jour, c’est d’abord le coup de gueule. Les pays donateurs ne sont pas à la hauteur de leurs engagements. Ils avaient promis d’apporter 22 milliards de dollars américains d’aide supplémentaire à l’Afrique d’ici 2010. À mi-parcours, ils n’ont versé que 3 milliards, soit à peine 14 % de la totalité. Ce sont l’Allemagne, l’Italie, la France et l’Angleterre qui ont promis de donner le plus, et force est de constater que les trois premiers se dérobent allégrement. C’est Bob Geldof qui ouvre le feu. La star irlandaise parle de « fiasco ». « Ce n’est pas seulement une question de morale, dit-il. C’est une question pratique. Deux millions de personnes disposent de médicaments gratuits tous les jours grâce à ces programmes. 2,9 millions d’enfants vont maintenant à l’école. Vous imaginez ! Ce dynamisme ! Cette créativité ! Le monde est asymétrique, mais il doit pas être stupide ! Ne cassons pas le contrat au bas duquel Jacques Chirac a mis son nom. Il en va de notre responsabilité ! Nous devons réinventer les relations entre les pays riches et les pays pauvres. Et l’Afrique sera demain un géant où nous irons puiser notre énergie ! »
Et Geldof de marcher fort sur les pieds de l’occupant actuel de l’Elysée, à qui tout ce vacarme est destiné : « La France doit mieux faire ! L’Afrique ne veut pas de partenaires qui lui mentent !»
« La France a une image passablement troublée en Afrique, reprend le chanteur-tennisman Yannick Noah, symbole de cette alliance entre les deux continents. Nous avons aujourd’hui une opportunité pour changer cette image. Nous avons une deuxième chance. Je me servirai de ma parole pour faire savoir au grand public ce qui se passe sur le terrain ! »
Bono, entre un croquis vite fait et un mail, trouve à son tour les mots qui touchent. « Les promesses que l’on fait à ceux dont la vie en dépend ne sont pas comme les autres, dit-il. La France n’est pas seulement un pays, c’est un feeling. Si nous perdons la France, nous perdons le G8. Si nous avons la France, nous avons la moitié du G8 ! La crise économique actuelle nous renforce dans l’idée qu’on ne pourra continuer chacun chez soi. Nous devons être global ».
Le nom de Sarkozy est sur toutes les bouches. C’est à lui qu’ils sont venus parler. À ce président dont Angélique Kidjo, l’entendant s’exprimer devant les Nations Unis, affirme qu’il lui a donné l’impression de se « dédoubler » : « Il tenait le même discours que moi. Il disait qu’on ne peut instaurer un monde de paix sans un minimum de solidarité. Et moi, en l’écoutant, je sautais partout... La France peut drainer les autres pays, les aider à se surpasser ! »
© Frédéric Ploquin pour Hitmusemag.com Le 19 juin 2008
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Publié le 19.06.2008 à 11:59
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