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Publié le 07.05.2008 à 12:37
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Lou

Bruno Blum : Lou Reed, dandy électrique


Rock

Quand un dandy éclectique, Bruno Blum, écrit la biographie d’un dandy misanthrope, cela donne une somme pharaonique de 504 pages intitulée Electric Dandy, soit une biographie de référence de Lou Reed. Avec arrêt prolongé sur les sixties, Andy Warhol, la Factory, le Velvet Underground…

Brillant chroniqueur rock depuis le crépuscule des seventies (remember Best et Actuel ?), expert es-reggae, remixeur de Gainsourg rasta mais aussi chanteur, guitariste, auteur de BD, Blum est un véritable Leatherman sonique au feeling musical illimité.
Cette fois, BB revisite à nouveau sa fameuse biographie de Lou Reed tel l’édificateur de cathédrale qui s’applique à parfaire inlassablement son œuvre.

Un travail monumental, jamais tout à fait achevé, puisque Bruno en avait déjà publié une première version en 2001. La mise à jour d’Electric Dandy, que sort ces jours-ci Hors Collection, est largement corrigée, augmentée, et enrichie d’une iconographie nouvelle. Il m’a paru intéressant d’aller demander à Mister Blum comment on devient « Lou Reed maniac »… 

Quels changements as-tu apporté à cette nouvelle version d’Electric Dandy ?

B.B : Il y a la mise à jour de tout ce qu’il a fait de 2000 à 2008. C’est moins fouillé que la période Velvet Underground, parce que c’est moins intéressant, mais il y a une chronologie. Ça tient au courant de ce qu’il a fait ces dernières années. Il y a plein de photos inédites, j’ai corrigé toutes les erreurs, j’ai intégré les interviews dans leur intégralité quand ils avaient été tronqués dans la première édition. La partie « années 1950 » est beaucoup plus construite. C’est corrigé dans l’esprit de faire la biographie définitive de Lou Reed. Même en anglais, il n’existe pas d’équivalent. La biographie de Victor Bockris est très partisane. Il déteste Lou Reed, il a un rapport de haine/ amour. Moi, je n’ai pas ça avec lui. Je suis avec ma casquette de journaliste, j’essaie d’être objectif et détaché. Ce n’est pas un livre de fan. Je n’en rajoute pas sur les mauvais côtés de Lou Reed. Mais je les montre.

Que fait Lou Reed aujourd’hui ?

B.B : Ça ne sent pas encore la retraite mais il vit sur ses acquis... Il fait toujours plein de trucs, mais vit sur sa réputation. Il remet en scène Berlin : le spectacle, ensuite le film, puis le DVD… ça fait deux ans qu’il est là-dessus. Il fait du théâtre aussi, avec Robert Wilson. Ce que je trouve d’ailleurs complètement prétentieux. Il a toujours voulu appartenir à l’avant garde… Il trempe dedans depuis les années 1960, avec John Cale et Warhol, ce qui lui confère une certaine légitimité, mais ne l’empêche pas d’être extrêmement ennuyeux ! Le disque The Raven en est la preuve. Il fait aussi des disques de relaxation. C’est un vieux monsieur, maintenant…

Lou Reed serait fini ?

B.B : Il a toujours des éclairs de folie, de talent…

Tu écris sans arrêt, comment passes-tu d’un livre sur le reggae, à  un autre sur Lou Reed ?

B.B : Une biographie, c’est un exercice journalistique. Ce n’est pas du gonzo. Quand je veux faire du style, j’en fais, j’en mets dans mes propres livres, mais pas dans une biographie,  je ne pense pas que ce soit le sujet. Je prends un style neutre, détaché, sans être pour autant ennuyeux.

Tu t’effaces devant ton sujet…

B.B : Oui, pas besoin d’en rajouter. Ce qui fait l’intérêt de mon livre, c’est que la vie de Lou Reed est incroyable. Il a vécu un truc dément.

Comment as-tu travaillé pour décrire les parties les plus obscures de sa vie ? Son enfance…

B.B : Il y a des livres, les témoignages de Bockris, John Cale, Maureen Tucker... Ces deux derniers l’ont connu assez jeune. Et Bockris a longuement enquêté sur son enfance. Il y a aussi ce que Lou Reed m’en a dit, j’ai fait de très longues interviews avec lui.

Mais il joue toujours un personnage, y compris au cours d’une interview ?

B.B : Non, pas dans une interview, je ne pense pas. Il est lui-même. Ça dépend de l’attitude que tu as avec lui. J’ai été très frappé par ce côté « Doctor Jekyll & Mister Hyde ». Quand il se sent en confiance, il est super cool, vraiment ouvert, il essaie de répondre avec bonne volonté. Mais dès qu’on touche à des trucs tabous, comme sa vie privée, il se braque. La première fois que je l’ai rencontré, il m’a viré en plein dîner… Il m’a fait enlever mon backstage pass et jeté dehors. Il ne m’a pas dit un mot, il a claqué des doigts pour appeler un garde du corps, qui est venu vers moi, et m’a poliment demandé de sortir. Ça fait bizarre ! C’est ce genre de mec… Il n’est pas très sympathique. Tu as l’impression de serrer la main d’un serpent : c’est froid. Mais il peut aussi être charmant, drôle, intelligent… Il a un quotient intellectuel incroyable.

Tu t’es adapté à ses sautes d’humeur, au fil du temps ?

B.B : Il faut être du « bon côté » et ça se passe bien. Il sait que je connais bien son œuvre et que je le respecte en tant qu’artiste, que je comprends ce qu’il essaie de faire. Il a un gros problème de reconnaissance. Il ne veut pas être considéré comme une espèce de Claude François… Il se voit comme un artiste, il a des prétentions littéraires – qui le rendent prétentieux -, mais dans le fond, je le comprends, je m’identifie à lui. Moi aussi, je fais de la musique, mais je suis toujours pris pour un journaliste. Lui a cette image de chanteur de rock, alors qu’il ne se voit pas comme ça. Il n’est reconnu, la plupart du temps, que comme un vulgaire rocker. Alors cela lui fait plaisir, d’être décoré par le ministère de la culture de la médaille des Arts & des Lettres. Là, il estime avoir réussi son coup. Ou il va chanter avec Pavarotti… Il a besoin de ça.

Tu penses qu’il a réussi son cross over vers l’Art avec un grand « A » ?

B.B : Ces tentatives ne sont pas toujours réussies. Mais au moins, il essaie ! Il a sa Yoko Ono : Laurie Anderson, qui est une artiste reconnue, comme Yoko Ono pouvait l’être. Lou Reed souffre un  peu du même complexe, vis à vis de sa femme artiste, que Lennon vis à vis de Yoko. Mais Metal Machine Music est vraiment une œuvre importante.

N’es-tu pas toujours un peu fasciné par Lou Reed ?  

B.B : Si je le suis, c’est uniquement par le Velvet Underground.

Quand et comment le découvres-tu ?    

B.B : Il se trouve que lorsque j’étais ado, j’avais un pote qui était fan et qui avait fait un voyage en Afghanistan. On était en 1975. Il a ramené un kilo de shit, l’a revendu, et, avec l’argent, il a acheté la collection complète des disques du Velvet Underground. Donc, on écoutait ça en fumant de l’« Afghan »…

A ce moment, tu comprends qu’il y a le Velvet… et les autres ?

B.B : Ce qu’il y avait d’important, c’est que leur image était différente. Tu n’écoutais pas que de la musique, qui était d’ailleurs très différente de ce qui se faisait à l’époque. Le Velvet ne commettait pas de ces solos de guitares interminables, si à la mode à l’époque. Mon album préféré était le live, 1969, qu’on écoutait en cours de BD aux Arts appliqués. Notre prof était Georges Pichard, le célèbre auteur des temps héroïques de Charlie. Il nous laissait écouter du rock en cours, ce qui était dément pour l’époque ! L’image de 1969 était en rupture totale avec tout le trip bab’ de l’époque. A la différence de tous les autres groupes, dès le début, Lou Reed avait cette démarche esthétique radicale qui le rendait – et le rend - si unique.

 

© Pierre Mikaïloff / Hitmusemag.com le 8 mai 2008       

 


Auteur : Bruno Blum

Titre : Lou Reed – Electric Dandy

Editions : Hors Collection


 


 


 

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