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Publié le 21.05.2008 à 14:13
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Christophe

Christophe Bourseiller : Eloge du chaos


Rock

Aussi multi-cultures qu’un couteau suisse, le sémillant Christophe Bourseiller a publié en début d’année, chez Denoël, Génération Chaos, une histoire de la new wave de 1975 à 1981, mettant en avant des groupes comme Throbbing Gristle, négligés dans les précédentes anthologies. Son livre constitue une bonne approche du phénomène, mêlant habilement histoire générale et étude de cas particuliers. Il met notamment l’accent sur les rapports entre la new wave et son contexte politique, social et artistique, présentant cette époque pour ce qu’elle fut : un des points culminants de l’expression contestataire du XXe siècle.

Résumer en quelques lignes le parcours de l’auteur est un rien périlleux, Christophe étant à la fois acteur, écrivain, journaliste, scénariste, et bien d’autres choses... On se souvient de sa prestation dans le film d’Yves Robert, Un éléphant, ça trompe énormément, en 1977, qui le rendit mondialement célèbre, mais on oublie qu’il tourna aussi pour Claude Lelouch, Jacques Demy et Jean-Luc Godard.

Loin de se satisfaire d’une carrière d’acteur qui semble toute tracée, Christophe choisira de mener des vies parallèles. S’intéressant en particulier au punk rock, à la new wave et à toutes les formes de contre-cultures. Il sera, assez logiquement, l’un des pionniers de la bande FM : sur Radio 7, puis sur La Voix du Lézard, avant de rejoindre des stations plus pérennes, comme Radio Nova ou France Musique.

Impossible de citer tous les hebdos et quotidiens qui ont accueilli sa signature. Nous retiendrons simplement sa participation à 7 à Paris, à la fin des années 1980, tentative prometteuse d’hebdo culturel, façon Inrocks, mais dix trop tôt.

Christophe Bourseiller a, en outre, trouvé le temps de publier plus d’une trentaine de livres. Les plus remarqués traitant de l’histoire du syndicalisme, des mouvements politiques minoritaires et des avant-gardes artistiques. Mais assez perdu de temps, voyons comment tout cela a commencé…


Comment perçois-tu les premiers échos de la new wave ?

En 1975, je suis lycéen. Je m’intéresse à tout ce qui est hors norme, les mouvements révolutionnaires, tout ce qui frétille... Apparaissent les premiers fanzines qui évoquent une scène qui me paraît radicale, novatrice : Rock News, Gare du Nord, I Wanna be your dog. Dans ces journaux, je découvre Iggy Pop et j’achète Raw Power… En 1976, j’achète la compilation Live at Max’s Kansas City en import. Je découvre le groupe Suicide, Pere Ubu, Wayne County… J’étais ravi de ces changements, moi qui était un fan du Metal Machine Music de Lou Reed. 1976-77 : je découvre Patti Smith et j’achète les premiers albums des Damned et de Clash. Je trouve aussi des informations sur la nouvelle scène dans Rock & Folk,  grâce à Yves Adrien.

Dans Génération chaos, tu t’intéresses à la face la plus expérimentale de la new wave…

C’est vrai, les groupes qui m’intéressaient appartenaient à la scène industrielle, j’ai pris contact avec les plus extrêmes d’entre eux, comme Throbbing Gristle. J’ai écrit à Gene (Genesis P-Orridge) en 1978. Il m’a répondu, m’a invité à Londres. J’y suis allé. C’est un personnage très intéressant. Avec lui, on est aux confins de l’art contemporain et de la musique contemporaine. Et avec humour. Dans un second degré absolu...

La new wave est le début du multimédia, non ? Cette musique enfante aussi des cinéastes…

A partir de 1979-80, apparaissent Amos Poe, Derek Jarman, Christopher Petit, et puis David Lynch. Eraserhead, c’est vraiment le film-manifeste de la new wave ! D’ailleurs, Tuxedo Moon avait fait une très belle reprise de In Heaven, l’espèce de comptine qu’on entend dans le film.         

Revenons sur les différences entre la scène française et la scène anglo-saxonne…

Il y a un décalage absolu ! Les anglo-saxons sont très ouverts, très second degré, alors que la scène parisienne est une secte de poseurs mondains. Il y avait très peu de musiciens en France. Je parle plutôt de gens qui faisaient partie d’une petite coterie dans les médias, d’une toute petite branchitude qu’on croisait au Palace ou aux Bains Douches. Mais certains parmi eux étaient absolument charmants, comme Yves Adrien ou Alain Pacadis. Et puis, il y avait des clans, des tendances : les new wave, les industriels, les punks, les anarcho-punks. Personne ne se parlait.

Dans ton livre, tu rattaches, comme Greil Marcus dans son Lipstick Traces, la new wave aux autres mouvements artistiques d’avant-garde…

J’aime beaucoup Greil Marcus, mais tous les ouvrages sortis sur le sujet rattachent le punk aux autres avant-gardes, sans tenir compte du mouvement dialectique qui existe d’une avant-garde à l’autre. C’est comme si le futurisme était la même chose que le surréalisme, que le lettrisme ou que le dadaïsme. Comme si tout était pareil… Ce qui est intéressant, dans Lipstick Traces, c’est ce parallèle audacieux entre le punk et les situationnistes. Et c’est vrai que les punks prennent la suite d’une révolution de l’art. Mais j’ai voulu insister sur le fait que la révolution culturelle punk est une réponse réactionnaire à l’esprit de 68. Je ne dis pas qu’une révolution est meilleure que l’autre, les deux sont intéressantes.

Contre quels aspects des années 1960, les punks se rebellent ?

68, c’est : « Sous les pavés, la plage », « Demain, le grand soir », « Un autre monde est possible »… Le punk, c’est : « il n’y a pas de futur, pas d’espoir, il n’y aura rien ! » C’est un pessimisme radical, qui se heurte de front à un optimisme béat. Ce pessimisme est celui qui nourrit la réaction : « Vos révoltes ne mènent nulle part, on va vers un monde moderne épouvantable… » Je me rappelle ce graffiti vu sur un mur de Londres, en 1977 : « Ne vous retournez pas, le futur est gris ». C’est tout à fait ça : le culte du modernisme. Un regard moderne… disait Bazooka. Mais ce n’est pas une glorification de la modernité. Genesis P-Orridge dit : « Nous ne sommes pas pessimistes, nous sommes journalistiques". Ce monde est épouvantable et nous en sommes les comptables. Dans le morceau Zyklon B Zombie, Throbbing Gristle dit en substance : « On est tous dans un immense camp de concentration qui est le monde moderne. » Dire que la new wave est une suite logique de mai 68 est un contresens absolu. Le punk est un rejet des idéologies. On le voit avec les Ramones ou les Sex Pistols. Dans le film de Ray Gange sur le Clash, Rude Boy, Joe Strummer porte un T-Shirt « Brigades rouges ». On lui demande : « Qu’est-ce que c’est ? » Et il répond : « C’est une nouvelle pizza. » On est tout à fait à l’envers de révolutionnaires qui expliqueraient la nécessité de tirer dans les jambes de quelqu’un.     

Malcolm McLaren et le situationnisme…

Aujourd’hui, pour justifier son attitude des années 1979-80, McLaren invoque Guy Debord. En disant : « Si j’ai lancé ce groupe comique qu’étaient les Sex Pistols, c’était pour me moquer de l’industrie du disque ». Pour, je cite Guy Debord : « Rendre la honte encore plus honteuse, en la livrant à la publicité. »  C’est une réécriture a posteriori. Comme le dit John Lydon : « Personne n’avait jamais lu les situationnistes, ni ne savait ce que c’était. » Le seul point commun entre le punk et les situationnistes, c’est l’idée de l’art provocateur. 

L’expo « Des jeunes gens mödernes, post-punk, cold wave et culture növö en France, 1978-1983 », qui se tient à la galerie du jour agnès b, t’inspire quoi ?

J’observe le décalage entre la France et le reste du monde. Les Français, lorsqu’ils évoquent la new wave, font référence à une histoire franco-française. A part Metal Urbain, Gazoline, Asphalt Jungle et quelques autres, je ne vois que singes savants… Marquis de Sade est un groupe extrêmement mauvais. Il suffit d’écouter le premier album… Maintenant, c’est intéressant, historiquement et sociologiquement. Mais au même moment, il y a Wire en Angleterre… Le rock français n’arrive pas à se mettre au niveau du rock anglais et allemand. »

 

© Pierre MIKAÏLOFF pour www.Hitmusemag.com – 21 mai 2008


 


 

P.S from gbd
Additif au carnet de bord du capitaine


Au nom de notre ami commun Paul-Émique Victor, je tiens à exprimer, pardon Christophe, mon plus profond désaccord lorsque tu expliques que :
« À part Metal Urbain, Gazoline, Asphalt Jungle et quelques autres, je ne vois que Singes Savants. Marquis de Sade est un groupe extrêmement mauvais. Il suffit d'écouter le premier album »
Et le second alors « Rue de Siam » reste sans doute le seul LP aussi totalement audible qu'excitant de cette époque. Metal Urbain est incontournable, j'en conviens, mais qui se souvient de Gazoline, franchement !
Quant à Asphalt Jungle, malgré toute ma tendresse pour Eudeline et mon admiration sans borne pour sa plume, j'aurais  du mal à chanter un seul de ses hits dans ma baignoire le matin!
Et toi ?
Ami Bourseiller il faut savoir raison garder : Marquis de Sade a su à sa manière révolutionner son époque, ne serait-ce que grâce à notre légendaire couve d'Actuel signée PRW sur « les jeunes gens modernes qui aiment leur maman ». Et si Philippe Pascal incarnait le côté obscur de la Force de MDS, Etienne Daho incarnait lui ce coté lumineux qui est toujours vivace plus de 25 ans plus tard ! CQFD
Sinon, parlons un peu de ton copain Genesis P. Oridge que j'ai eu le privilège de croiser, justement au tournant des 80's pour Actuel. Il venait de désintégrer Throbbing Grisle pour donner vie à sa nouvelle créature : Psychic TV.
J'enquêtais pour le mag de la rue du Fg Saint Antoine sur cette New Wave émergeante. Psychic TV venait de publier un premier LP chez Warner. Rendez vous à mon hôtel pour l'ITV, mais au lieu du salon bruyant, le musicien choisit ma chambre plus calme.
Le mini K7 tourne, l'ITV démarre. On évoque le style zarbe de son groupe, on parle un peu musique. Mais au bout de quelques instants l'ami Genesis me branche sur l'explication de ses spécificités sexuelles particulières !
D'abord il évoque sa girl-friend et explique que pour décupler ses facultés orgasmiques, elle s'est fait poser un anneau sur le clito.
Et lui-même.
À ce moment, Genesis dézippe son jean, farfouille dans son caleçon et fièrement exhibe son zizi orné d'un magnifique anneau passé dans le canal de l'urètre. Même histoire que sa copine, il prétend jouir dix fois plus ainsi.
En trente ans de zique, je dois l'avouer, c'est mon premier flashage de zob.
Heureusement ce sera le seul !
Genesis P. Oridge a remballé son engin, l'ITV s'est poursuivie, mais le flash de ce premier piercing m'a longtemps hanté.
Et sa musique était à son image, aussi chtarbée que torturée, mais plutôt intéressante.

En toute amitié

GBD

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