Ce n’est sans doute pas un hasard si le meilleur moyen de gagner par la route le musée du Rock’n roll, à Cleveland, Ohio, est d’emprunter la Marginal Road. D’un côté, les pistes de l’aéroport les rives du lac au bord de laquelle s’est construite cette cité industrieuse ; de l’autre, une vue imprenable sur la poignée de gratte-ciel locaux. Et puis soudain, juchée au bord de l’eau, un cargo à l’arrière plan, les montagnes russes d’un skate parc sur son flan droit, surgi un bâtiment d’une modernité très rock, une sorte de temple dédié à tous les fans de cette musique dont les racines noires vont bientôt, si ce n’est pas déjà le cas, sonner pour vous comme une évidence.
C’est ici, dans cette ville du Nord des Etats-Unis, à mi-chemin entre Detroit, capitale de l’industrie automobile, et Buffalo qu’est né le mot « Rock and Roll », dans la bouche d’un présentateur de la radio locale, WJW, qui a largement contribué à la notoriété de cette musique. Il s’appelait Alan Freed. Né avant la première guerre mondiale, en 1921, il est mort jeune, à 45 ans, au beau milieu des années 60. Un jour de l’année 1951, ne sachant plus comment nommer ce tempo venu du Rythm and blues, il a fait preuve d’imagination. Moins d’un an plus tard, le 21 mars 1951, il organisait le premier concert de « Rock », la « Moon Dog House Rock’n Roll Party ». Dés le premier set, c’était l’émeute. Et le succès. D’abord national. Et bientôt mondial.
Mais laissez vous guider dans le ventre de ce temple païen, ce mausolée où rien ne sent la naphtaline, tant les concepteurs de ce musée ont su emplir l’espace d’une musique bel et bien vivante. Jamais vous n’avez vu musée aussi bruyant, c’est pourquoi nous le recommanderons à tous les publics, de 5 à 85 ans. Prévoir deux bonnes heures, pourquoi pas trois. Ou plutôt, oublier l’heure, la date, l’année, pour un voyage qui pourrait débuter autour des années 30. Car c’est le premier mérite de l’endroit : dés les premiers pas en sous-sol, où sont exposés, loin de la lumière du jour, quelques trésors qui en feront baver plus d’un, c’est d’histoire que l’on vous parle. De Billie Holiday, par exemple, et de quelques orchestres noirs sans l’apport desquels Elvis Presley, pour ne citer que lui, n’aurait jamais été ce qu’il a été. Comme dirait l’autre, « toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues » -pas de panique, il ne sera nullement question ici de notre Johnny national.
Quelques pas plus loin, après cette saisissante galerie de portraits, des écouteurs vous permettront d’écouter quelques-uns des 500 albums qui ont fait le rock’n roll. Les pochettes des disques vinyle sont là, et on ne le regrette pas : à l’époque, celle d’avant la vidéo, la seule image était celle que choisissaient les artistes pour mettre à la Une de leurs albums double face –plus loin, dans une petite pièce à part, on a pris soin de mettre côte à côté tous les appareils, depuis le premier jusqu’au iPod, en passant par le premier mini K7 et le premier Walkman, qui nous ont permis d’accéder au son.
Aux plus jeunes, les panneaux suivants rappelleront ce qu’on ne leur a jamais raconté : que les premiers tubes des Beatles et des Rolling Stones ont été rejetés par l’Amérique conservatrice comme leurs aïeux venus d’Angleterre avaient brûlé des femmes pour « sorcellerie ». Ces images où l’on voit les fans obligés de jeter leurs disques au feu, où des montagnes de galettes sont fracassées à coups de marteau, sont là pour dire que l’histoire du Rock n’est pas une histoire à l’eau de rose. « C’est le diable qui est en eux ! » clame un révérend pour sommer les fidèles de remettre leur progéniture dans le droit chemin. Revivre en direct, sur écrans géants, l’hystérie des fans lors devant Mick Jagger et les siens complète le tableau.
Mais déjà, vous vous précipitez vers cette incroyable voiture violette, dont on vous assure, et vous le croyez volontiers, qu’elle a appartenu à Elvis Presley en personne. Que ne donneraient ses fidèles pour emporter un bout, un tout petit bout de l’un des costumes de scène éblouissants de leur idole, soigneusement conservés à l’abri de vitrines incassables, comme les tenues de scène de David Bowie, de Madonna, ou comme la fameuse veste (verte) qui illustre l’un des plus fameux albums des Beatles. Comme il y en a pour tous les goûts, certains tomberont en arrêt devant une paire de botte portée par Jimmy Hendrix himself. Ou devant la guitare du maître, fauché lui aussi avant d’atteindre l’âge mûr, comme une grande partie des stars dont quelques vestiges sont conservés ici.
Et ça, c’est quoi ? Une Porsche peinturlurée façon psychédélique. Une voiture achetée une poignée de dollars par Janis Joplin, dont vous entendez la voix à nulle autre pareille, entêtante, au point que vous l’imaginez déjà au volant, les cheveux au vent. Citons encore, pour faire rêver ceux qui ne traverseront pas de sitôt l’Atlantique, la guitare d’Eddie Cochran, celle de Muddy Waters, les machines qui équipaient le studio de Memphis où enregistrèrent Roy Orbinson et Jerry Lee Lewis, la chemise de boy scout de Jim Morrison, notre pote éternel du Père-Lachaise, la veste à frange de Neil Young, sans oublier les Unes les plus marquantes de Rolling Stone, le journal qui osa entre autre mettre à la Une John Lennon nu accroché aux jambes de sa tendre compagne… « It’s only Rock and Roll but I like It …like It » comme le disait le poète Philip Michael Jagger à la fin du siècle dernier !
© Frédéric Ploquin pour www.Hitmusemag.com – 1er août 2008
Ouvert tous les jours de 10 heures à 17 heures.
Tarifs : 22 dollars pour les adultes, 13 dollars pour les enfants de 9 à 12 ans.
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Publié le 31.07.2008 à 22:07
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