Dans les années 1950, alors qu’il est encore enfant, Seymour Stein va régulièrement consulter les archives du magazine musical Billboard, après la classe. C’est là qu’il s’imprègne des charts pop, apprenant par cœur le Top 100 sur plusieurs années. Précisons qu’à cette époque, une bonne chronique dans Billboard se traduit par 50 000 ventes.
A l’age de 15 ans, il commence à travailler pour la revue, en parallèle à des études qu’il délaissera peu à peu. Les années 1950 sont des années où le 45 tours est roi. Seymour Stein écoute la plupart des productions de l’époque, de là découle sans doute son « sens du hit » infaillible.
Pendant qu’il travaille à Billboard, il fait des rencontres décisives pour la suite de sa carrière. Comme Sidney Nathan, propriétaire du label country et Ryhtm’n’blues, King Records, qui a notamment James Brown à son catalogue. Seymour est embauché par Nathan et travaillera à Cincinnati, siège du label, pendant deux ans, de 1961 à 1963.
Rentré à New York, c’est en 1965 qu’il fait la connaissance de son futur associé, Richard Gottehrer, alors qu’il est chargé de la promotion de la nouvelle chanson produite par ce dernier : Hang on sloopy, qui finira numéro 1.
En 1966, il travaille au Brill Building, cet immeuble mythique de Broadway, véritable usine à hits, où écrivent tous les grands tandems d’auteurs compositeurs de pop, de rock’n’roll et de R&B. Il y recroise Richard Gottehrer, avec qui il se rend au festival de la chanson de San Remo en Italie. Habillés de beaux costumes coupés par un couturier romain, ils font forte impression et signent leurs premiers contrats de production, sous le nom de Sire (mélange des deux premières lettres de Seymour et Richard). Mais ce n’est qu’en 1968 que le label démarrera officiellement, avec une distribution London Records (branche US de Decca).
Tout le monde a signé chez Sire, à un moment ou à un autre. Même Steven Tyler, d’Aerosmith, avec Chain Reaction, son premier groupe.
Le logo SIRE est une variation du ying et du yang. Avec deux surfaces blanches, au lieu d’une noire + une blanche. C’est que Seymour et Richard mangeaient déjà macrobiotique à l’époque ! En revanche, le premier logo était moins zen : il s’agissait du lion de la marque de bière Löwenbräu, qu’ils avaient purement et simplement emprunté.
Les premières années de Sire se sont singularisées par la signature de groupes européens de prog rock, comme Focus (Hollande), Climax Blues Band, Renaissance ou Barclay James Harvest (Grande-Bretagne).
A la fin des années 1960, Sire s’associe aux frères Vernon, Mike et Richard, deux anglais en partie responsable du blues boom, avec leur label Blue Horizon records. L’un des groupes des frères Vernon s’appelle… Fleetwood Mac, qui compte alors dans ses rangs Peter Green.
L’intelligence de Gottehrer et de Stein est d’avoir su puiser dans le fond de catalogue des majors anglaises et de signer des artistes qui n’avaient pas obtenu de hit en Grande-Bretagne et dont elles ne savaient que faire. Les contrats de licence étaient ainsi négociés au moindre coût.
En réalité, durant les premières années du label, Seymour et Richard sont fauchés. Ils arrivaient à Londres les valises chargées de cheesecakes macrobio, qu’ils échangeaient aux employés de Decca et d’EMI contre des exemplaires promo de leur production.
En 1974, alors que le succès est là et que la survie du label est assurée, Richard Gottehrer s’en va, afin de redevenir compositeur et réalisateur à plein temps. Il travaillera à nouveau avec Sire en 1977, le temps de produire le classique du punk rock, Blank Generation, de Richard Hell & The Voidoids.
Même si les fondateurs de Sire viennent de l’école du single, le succès du label est dû en grande partie à l’émergence des radios FM aux Etats-Unis, qui commencent à passer des albums en entier, aidant ainsi au succès de groupes instrumentaux réputés « difficiles », comme Focus, Climax Blues Band ou Barclay James Harvest.
Les anecdotes autour des signatures de Sire fourmillent. Celles-ci tenant parfois à pas grand-chose, comme en témoigne Suggsy (de Madness), qui annonça à Seymour, après un repas TRES arrosé : « Finalement, on va signer avec vous parce qu’on s’est bien amusés. Virgin nous a invité dans un restau végétarien et on a cru périre d’ennui… et de faim ! »
Talking Heads fut découvert par hasard. Un soir Seymour se tenait à la porte du CBGB, avant un concert des Ramones, hésitant à entrer parce que la première partie devait être The Shirts, groupe qui ne l’excitait pas beaucoup. Tout en devisant avec Lenny Kaye (guitariste de Patti Smith), il a soudain saisi une bribe d’un texte dérangeant et glaçant qui s’échappait de la sono du club. Il s’est alors écrié : « Mais ce n’est pas The Shirts ! » Lenny et lui ont filé écouter la fin du concert de Talking Heads qui remplaçait The Shirts au pied levé. A la fin du show, Seymour a aidé le groupe à ranger son matériel, tout en lui proposant un contrat. Mais il lui faudra une cour d’une année avant que David Byrne et sa bande ne daignent apposer leur signature au bas du document.
Seymour a également signé (pour les States) le duo électro, Soft Cell (auteur de l’énorme tube Tainted Love), sur une nappe de restaurant !
Seymour est un habitué des signatures sur le vif. Il signa les Smiths pour les USA à leur sortie de scène, ne prenant même pas le temps de se débarrasser des pétales de glaïeuls que Morrissey répandait alors sur les premiers rangs.
Parmi les qualités de Seymour : être TRES réactif, faire confiance aux gens plus jeunes que lui et surveiller leurs signatures. Ainsi, quand en
se réveillant un matin dans son appartement new-yorkais, il lit une dépêche lui apprenant que Rough Trade vient d’engager un nouveau groupe nommé Depeche Mode, et que ce même Depeche Mode joue le soir même à Londres, il saute dans le premier Concorde et arrive à temps pour le gig. Qui en aurait fait autant ? A l’issue du concert, vous l’avez deviné, il a sorti les contrats (toujours pour les US puisque DM a toujours été sur Mute dans le reste du monde).
Un soir, alors qu’il roulait avec un ami sur une petite route britannique, en écoutant l’émission de John Peel, il se met à hurler : « Gare-toi où tu peux ! Gare-toi le plus vite possible ! » Son ami prend peur et s’arrête, croyant à un malaise. En fait, Teenage Kicks, des Undertones passait à l’antenne et Seymour voulait simplement que son ami coupe le moteur afin de mieux entendre la chanson. Ce soir-là, Peel passa la chanson deux fois de suite. Seymour envoya dès le lendemain l’ami qui pilotait la voiture (parce que celui-ci portait un nom irlandais !) à Belfast pour signer le groupe.
Malgré cette série ininterrompue de succès, Seymour Stein semble s’en vouloir d’avoir raté Gary Numan, qu’on lui avait proposé avant qu’il ne commence à aligner les hits. (Nous lui pardonnons volontiers cette erreur.)
A côté de son sens du tube, Seymour nourrit un amour pur et désintéressé pour le vrai rock’n’roll. Ainsi, à côté des Ramones et des Flamin’ Groovies, a-t-il signé l’un des plus grands groupes de rock américain des années 1980 : les Replacements, de Paul Westerberg.
Dans les années 1990, Seymour continue à signer le meilleur du rock indépendant britannique, avec Primal Scream, My Bloody Valentine et Ride. Pour illustrer encore l’incroyable diversité de son catalogue, on citera k.d. Lang, Aphex Twin et Madonna (qu’il signa depuis un lit d’hôpital !).
Mais Sire fut aussi un refuge pour des artistes alors au creux de la vague, comme Brian Wilson, Jerry Lee Lewis ou Lou Reed. Pour cela - et pour beaucoup d’autres raisons – que Seymour Stein soit remercié.
© Pierre Mikaïloff / Hitmusemag.com – mars 2008
Autres artistes importants du label SIRE aux USA :
Jonathan Richman
Kid Creole & The Coconuts
The Cult
Telex
The Saints
Plastic Bertrand
Morcheeba
Bomb The Bass
The Cure
Morrissey
The Normal
Aztec Camera
Paley Brothers
Dinosaur Jr.
Dead Boys
Lou Reed
Deborah Harry
Uncle Tupelo
Ice-T
Ministry
M
Pet Shop Boys
Pretenders
Erasure
Echo & The Bunnymen
Etc…
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Publié le 01.04.2008 à 12:22
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