On connaissait déjà le « 2 Step », sorte de hip-hop électrifié, sautillant et popularisé, entre autre, en France par Matt Houston. Mais deux steps peuvent en cacher d’autres car après le Two voici le « Dub », un nouveau genre inédit made in London. Le Dubstep est un furieux cocktail de musique électronique mêlant dub, reggae, ragga, hip hop, grime. Et il se révèle particulièrement addictif. The Bug, un des acteurs principaux de cette scène, nous explique pourquoi. Avec son nouvel album « London Zoo », ne dépoussière-t’il pas carrément ces clubs anglais ancrés dans leurs vieilles certitudes musicales ?
Pour voir « Poison Dart » et « Aktion Park » de The Bug (ft. Warrior Queen)
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Il suffit d’écouter « Poison Dart », le premier single de « London Zoo », pour se rendre compte de la puissance de la fusion des genres. La voix aigüe et le flow de Warrior Queen, imposante mama black, charnelle, quand elle se pose sur des basses envoûtantes et apocalyptiques, ne laisse qu’entrevoir la puissance d’un live de The Bug. Tout simplement impressionnant et qui vous prend aux tripes.
Le 30 mai, The Bug se produisait au Nouveau Casino. Plutôt étrange, puisque le dubstep ne s’est exporté que très peu. Continuation et mutation du UK garage, la trajectoire de ce genre musical est emblématique. Les genres, et sous genres de la musique électronique se sont multipliés cette dernière décennie, se sont morcellés au point de tous plus ou moins disparaître. La jungle, puis la drum and bass, le speed garage, devenu 2-step, puis dubstep et grime, tous sont victimes de cette popularité qui rend en fin de compte chaque production similaire à l’autre, et qui engouffre toute la richesse du genre musical dans une seule et même ligne directrice, dictée par ses précurseurs, et copiée machinalement.
Kevin Martin alias The Bug est un précurseur. Mais tout en faisant partie de cette scène, il préfère faire bande appart pour offrir au public un son toujours plus original. Il nous livre ici ses réflexions, et ses craintes, quant à l’avenir du dubstep. Mais plus que tout, il plante le décor : quartier sud de Londres, milieu underground, origines diverses et foisonnement culturel… voici ce qui fit naître un nouveau courant.
Parlons de ton nouvel album. Quelles sont tes influences majeures ?
La ville de Londres m’influence beaucoup, au-delà de tout ascendant musical… Je m’imprègne de cette ville depuis 15 ans. Je suis à la base un Outsider, car je viens d’une toute petite ville du Pays De Galles, où tout le monde se connaissait, et c’était monocultural. La plupart des gens qui rejoignent la capitale, bougent pour utiliser toutes les possibilités qu’offre la ville, mais en même temps la ville les utilise. Donc Londres est une ville t’exploite à fond. Le côté positif qui en ressort, c’est néanmoins que l’exploitation crée une dynamique, du mouvement, des échanges multiples. Je voulais bouger dans un endroit où personne ne me reconnaissait ou ne savait ce que je faisais. Et depuis mon arrivée, j’habite dans les quartiers pauvres de Londres, qui ont une explosion culturelle énorme. La collision des cultures, c’est vraiment ce que j’apprécie le plus dans cette ville.
Quels sont tes premiers souvenirs dans cette cité qui te marque tant ?
Mon premier souvenir, c’est un sound clash reggae entre deux Sound Systems. Je n’avais jamais rien entendu de tel avant. C’était dans un entrepôt super crade, avec ces deux sonos dans la même pièce, juste une scène, pas de lumière, pas de spectacle. Juste du son surpuissant et fort à souhait. Mon corps était complètement réarrangé par les basses, c’était incroyable !
Mais tu critiques beaucoup la vie londonienne. Penses-tu que c’est de là que vient le ton un peu apocalyptique, sombre et profond de ta musique ?
Je ne pense vraiment pas que mes morceaux soient sombres. Je les qualifierais plutôt d’extrêmes. J’aime les extrêmes musicaux. Les demi-mesures, je les hais. C’est un peu comme une moyenne, un truc qui ne prend pas parti, mou du genou, ennuyeux et ennuyant, en somme. Par contre, tout ce qui est extrêmement beau, ou extrêmement moche, ça m’intéresse tout de suite beaucoup plus.
Ce que j’ai essayé de faire avec ce nouvel album, c’est de jouer sur les extrêmes. Une partie de la musique est particulièrement belle, l’autre est particulièrement moche, mais il n’y a pas de juste milieu.
Si je dois analyser de quoi sont fais mes morceaux, je dirais qu’il y a une grande part de dubstep. J’ai aussi essayé de faire un travail sur la composition de l’album, je ne voulais qu’il ressemble à un album « dance », composé d’une série de singles. Pour « London Zoo », j’ai voulu faire un travail narratif. Mon but était de faire des chansons qui se suivent avec sens.
En fait je suis complètement cupide, je veux tout ! Je veux en même temps annihiler le public par le bruit pendant les concerts, et en même temps je veux les séduire dans leur environnement personnel, chez eux. Donc oui, en musique, je suis complètement cupide.
Tu as été une grande influence pour des gens comme Kode9, qui organisait les Forward parties instigatrices de la scène dubstep. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
J’ai une relation assez étrange avec ce milieu. Quand « Pressure », (mon premier album) est sortit, Kode 9 a fait une interview de moi, et il m’a dit qu’il avait des amis qui faisaient de la musique. C’était il y a cinq ans maintenant. Il pensait que leur son pourrait m’intéresser. A l’époque, le nom « dubstep » n’existait même pas. Dès que j’ai écouté ça, j’ai été plutôt étonné de voir que d’autres personnes exploraient les mêmes types de sonorités que moi !
Kode9 et Spaceape ont de toute évidence été influencés par mon album « Pressure ». Mais les autres producteurs de dupstep ne me connaissaient pas. Ce n’est que par les soirées FWD, en rencontrant des gens comme Mala (Digital Mystiks), Loefah, Coki, Skream, etc… que nous formons un groupe, et plus que ça, des amis.
Loefah et Kode9 sont les premières personnes à qui je donne mes morceaux dès qu’ils sont prêts. Ils les passent dans les soirées, pour essayer de capter ce qu’en pensent les gens. Ils ont donc été super pour ça, et de ce point de vue m’ont apporté de l’aide dans la diffusion de mon son.
Aussi, le studio dans lequel je vivais et travaillais il y a quelques années, était dans le même immeuble que celui de Loefah. On était voisins. C’est lui qui m’a appris ce que pouvait être un excellent producteur. C’est la précision qui fait toute la différence. Moi, je suis un peu brouillon avec mon propre son, et Loefah a placé la barre plus haut. Je ne m’étais jamais vraiment préoccupé du tempo avant ! Je n’avais jamais choisi un tempo directeur, et définitif pour chaque morceau…
Ta relation avec la scène dubstep semble un peu ambigüe. En même temps tu en fais partie, mais tu semble en être complètement dégagé.
Je suis un monstre ! Musicalement, Kode9 est le proche de ce que je fais, et il n’accepte pas non plus ce qui est en train de se passer. Les producteurs de dubstep sont mes proches amis, mais la scène en tant que public, me laisse perplexe. C’est vrai que sans ce mouvement, il aurait été plus difficile de se produire.
Penses-tu que la scène dubstep est vouée à disparaître, comme il a été le cas pour d’autres genres de musiques électroniques ?
J’ai des sentiments plutôt confus à ce sujet. Pour moi la première vague de dubstep était vraiment incroyable. Des gens comme Kode9, Coki, Loefah, Burial, qui sont des producteurs hors normes. Mais après c’est vite devenu une formule. Comme si ce genre avait été victime de sa propre popularité. Le public a aussi changé, c’est plutôt des petits mecs blancs de 17 ans, et la seconde vague de producteurs, est, je pense, infectée. Ils n’écoutent que du dubstep, et tout ce qu’ils font devient donc complètement prévisible.
Le dubstep aurait perdu de son authenticité ?
Non, je pense que le dubstep est capable d’authenticité, seulement s’il garde la diversité musicale dont il est composé.
Comment expliquerais-tu que pratiquement tous les genres de musique électronique ont une durée de vie particulièrement courte. On passe si vite au suivant, et les sous-genres se multiplient a grande vitesse.
J’ai beaucoup parlé récemment de ce phénomène et tenté de le comprendre. Et en fait c’est exactement ce qui s’est passé quand la jungle est devenue drum and bass. La jungle était totalement étonnante ! Tu te disais « Mais qu’est ce que c’est que ce truc qui tue ! ». le Drum and Bass a tourné plus vers la techno.
Et je pense que ce sont des schémas qui inévitablement arrivent pour chaque genre de « dance music ». Les musiques auxquelles je tiens le plus, sont le reggae, le hip hop, le post punk, le free jazz. Tous ces genres ont une politique, un message, ils ont une âme, et donc une raison d’exister, en somme. Le type de musiques qui n’ont pas justepour fonctionde faire danser.
Le dubstep, pour l‘instant, devient de plus en plus « happy », dans le but d’être plus fonctionnel. Et pour moi c’est un vrai problème.
La musique a changé ma vie ! Ca peut sembler naïf ou facile, mais c’est vrai. Je voudrais que mon album et ma musique laissent une impression durable dans les têtes, sur les visages et les corps.
Quelles sont tes impressions par rapport à la scène dubstep en France –qui ne s’est pas vraiment développée- Comment expliquer que malgré la proximité entre Londres et Paris, il y a une telle différence de goûts ?
Les relations entre nos deux pays sont vraiment étranges. Concernant la musique électronique en général, la différence, c’est cette culture club que nous avons et qui n’existe pas tellement en France. J’essaie de diffuser ma musique en France, et j’ai contacté Jarring Effects (un label lyonnais), mais mon nom est très petit ici, donc ça risque d’être très difficile. C’est un challenge que je me suis donné.
En parlant avec Jarring Effects, j’ai réussi à percevoir les particularités du public français. Et j’ai vu qu’il y avait un réel clivage entre la musique « mainstream », et la musique alternative. C’est ce que j’avais moi-même remarqué lors de mes concerts en France. Les gens analysent ce que tu joues dans un premier temps, et ce n’est qu’ensuite qu’ils se laissent aller. Moi, je suis plus instinctif. Si j’aime, je rentre dedans sans me poser de questions. Et en général, quand nous jouons à l’étranger, les réactions du public sont plutôt extrêmes. Alors qu’en France, on sent tout de suite une réserve.
Avant de venir, je me disais que les gens aimeraient ce que je fais, puisque le reggae, le hiphop est plutôt écouté ici. Mais je me trompais : les gens sont très fermés dans chaque genre musical. C’est assez ghettoïsé. Ma musique est beaucoup trop métissée pour qu’elle puisse s’inscrire dans une de ces scènes en particulier. La seule fois vraiment où j’ai sentit de l’intérêt, c’est lors d’un festival gratuit et en plein air à Toulouse : j’ai été confronté à un public des plus mixtes (des familles, des jeunes de tous bords…), qui a semblé beaucoup apprécier le show.
En ce qui concerne les chanteurs. Quelle ligne directrice leur donnes-tu pour trouver un point commun avec ta base instrumentale ?
Dans toute musique, les paroles me procurent beaucoup d’émotion. Je pense que même sur une base électronique,c’est tout aussi important. Quant au sens, je n’aime pas beaucoup la polémique. Ni tous ces appels à la violence, aux émeutes. J’essaie de guider les MCs dans tout ce qui concerne les lyrics seulement. Ce qu’ils expriment en général, c’est leurs feelings de la vie de tous les jours,ce qui les touche et les révolte. Chaque MC a une voix assez particulière, identifiable. C’est un choix auquel je me tiens, car ça donne du caractère à chacun des morceaux.
Parle moi de Warrior Queen, qui pose sa voix sur « Poison Dart »… c’est assez inhabituel d’être une femme MC.
J’aime beaucoup les voix féminines. J’ai d’ailleurs un autre projet « Ladybug », sur lequel je travaille essentiellement sur la féminité. Mais attention, j’évite toujours de les faire chanter comme si c’était des objets sexuels. Ce n’est pas du tout ce que je cherche.
A ce propos, j’ai vécu cette histoire assez drôle d’ailleurs… le manager de MIA m’a contacté pour que je produise son single. Je l’ai donc rencontré chez moi, et il m’a dit « Tu travaille toujours avec Warrior Queen ? ». Et moi, bien sûr, j’ai répondu que oui, et que c’était vraiment une jolie collaboration. Et là, il me répond « Tu perds ton temps… trop vieille, trop moche.. ». A cet instant précis, je me suis rendu compte que c’était vraiment un connard. Après ça, je ne l’ai jamais re-contacté. Parce que Warrior est une artiste vraiment impressionnante. Elle peut rapper, et être une MC en simultané. Ce que j’ai dit à ce mec, c’est que MIA avait la moitié du talent de Warrior Queen. Et j’ai décidé de ne jamais travailler avec lui. Si j’avais vraiment voulu gagner de l’argent, je n’aurais vraiment pas choisi la musique.
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