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Publié le 07.08.2008 à 10:28
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Pascale

Pascale Picard : Le folk qui venait du froid.


Folk

« Me, Myself & Us », le premier album de Pascale Picard est déjà présent dans 150 000 foyers canadiens. Et la conquête du reste du monde est en cours. La recette est simple : un son roots comme on les aime, un talent de composition qui s’est affirmé au fil de centaines de concerts dans les bars, et, surtout, une voix rare, immédiatement familière. Entretien avec une nouvelle héroïne du folk-songwriting.

DECOUVREZ LE NOUVEAU CLIP DE PASCALE PICARD « GATE 22 »

EN BAS DE PAGE !

Une part de son succès repose sur la personnalité de Pascale. Simple, directe, convaincue, elle nous entraîne sans peine dans son univers de fille, tour à tour amoureuse, en colère, ou disposée à prendre un verre (« Have A Drink »). Il faudrait plus de place pour parler du band qui l’accompagne : une petite merveille d’efficacité, de concision, d’élégance…  

On retire de l’écoute de ce « Me, Myself & Us » une étonnante impression de facilité. Comme si les quatre Québécois s’étaient enfermés un après-midi dans leur studio et en étaient ressorti avec 12 chansons, juste à l’heure pour assurer leur trois sets quotidiens dans le bar du coin. La simplicité, en musique, est la marque des grands, de ceux qui n’ont pas besoin de recourir à l’esbroufe technique pour faire passer leur message. On comprend mieux pourquoi Pascale est fan de punk rock. Elle sait conserver à une chanson cette petite touche d’imperfection qui la rend unique. Et c’est tout ce dont nous avons besoin, en ces temps de formatage effréné.       

 

Ce concert du 21 juin, place de la Bastille, est le premier en France ? 

Non, on est venu au Midem, en janvier. On a fait aussi Taratata en mars. Plus plein de promo… 

 
Le succès a été rapide, non ?

L’album est sorti 3 avril 2007. On avait peu de promo au début, pas de campagne de pub. Mais les journalistes nous ont aidés. Ils ont beaucoup écrit sur nous. On a commencé à jouer de plus en plus à travers le pays, devant de plus en plus de monde. Et l’album a démarré…

 
Ça vous a surpris ?

Oui, parce qu’on n’a jamais rien prémédité. On pensait juste à faire notre musique du mieux possible. On pensait que ça marcherait jamais au Québec et qu’on aurait à déménager en Ontario (qui est une région anglophone – NDA). Quand l’album est sorti, « gros sport » de tout  le monde au Québec ! Les journalistes nous ont hyper bien accueillis. Et le deuxième pays qui nous a ouvert ses portes a été la France, avec Valéry Zeitoun, d’AZ. Il n’y a pas de logique : c’est dans les pays francophones que l’album marche, alors qu’on chante en anglais.

 
Et avant ce succès ?

Le groupe existait depuis 4 ans. Moi, j’ai commencé à jouer dans les bars à 18 ans - j’en ai 25 maintenant. On faisait des reprises, puis on a commencé à rajouter des compositions. Il y a eu un creux entre le moment où on a arrêté de jouer des covers et le moment où l’album est sorti. Plus aucun bar ne voulait nous programmer. Les gens ne se déplacent pas pour entendre un groupe qu’ils ne connaissent pas jouer ses propres compos...

 
Pourquoi as-tu choisi de chanter en anglais ?

Notre culture est québécoise, mais, musicalement, on a été influencés par des groupes anglophones, par les Beatles... C’est d’ailleurs avec l’album blanc j’ai appris à parler anglais. Quand j’ai commencé la guitare, à 13 ans, mon père m’a montré quelques accords et j’ai tout de suite composé en anglais. Les tournures de phrase venaient directement dans cette langue.


C’est seulement pour la sonorité de la langue ?

C’est aussi une question de timidité, j’avais l’impression que les gens ne comprenaient pas ce que je disais, en anglais... On me disait que je devais chanter en français parce que j’étais au Québec, mais je m’en foutais. Mon but, c’était pas d’être professionnelle. Sans doute parce que je suis pas d’une famille d’artiste... Mes parents m’encourageaient à chanter, mais ils ne m’auraient jamais dit : « Fais de la musique et lâche tes études. » Je n’avais pas d’exemple concret d’artiste autour de moi.   

 
Parle-moi de la scène québécoise actuelle…

Dans la ville de Québec, actuellement, il y a des groupes partout. Ça fonctionne bien, il y a une vraie scène. Mais on n’est pas vraiment au cœur de l’action. On n’est pas intéressés à courir les événements mondains. Quand on rentre de tournée, on voit nos familles, nos amis… Moi, j’aime bien regarder un bon film et me faire une lasagne !

 
Comment naissent tes chansons ?

Je n’ai pas de période d’écriture. C’est comme un journal intime, mes chansons sont comme des petites photos de l’état dans lequel je suis. Ce ne sont pas des choses permanentes. Les chansons viennent quand on vit de choses. Depuis que l’album est sorti, on en a écrit 7 nouvelles. Les voyages, ça nourrit l’écriture.

 
Vous testez ces nouveaux titres sur scène ?

On les joue surtout pas ! Parce qu’avec les téléphones cellulaires, c’est aussitôt enregistré et le lendemain ta chanson est sur Utube. Il y a quelques années, tu pouvais tester tes nouveaux morceaux sur scène, mais, maintenant, si tu fais ça, ton album est intégralement sur Utube avant même qu’il soit sorti. On va être attendus de pied ferme pour le second album, on a donc envie de surprendre. Si tout est déjà sur internet, il n’y aura aucune surprise.

 
Le succès a modifié ton écriture ?

Sur le premier album, il y a des chansons que j’ai écrite à 16, 17 ans, comme « Sorry », « A while », « Thinking Of It »… La crainte que j’ai, pour le deuxième, c’est de savoir si je serai capable de me mettre autant à nue. Les chansons du premier album n’étaient pas destinées à être connues du public, j’écrivais pour moi. Si je me mets à penser aux gens qui vont m’écouter, ça risque de me bloquer. J’espère que je vais garder cette sincérité que j’ai sur « Me, Myself & Us ».

 
Donne-moi un exemple d’un état qui peut t’inspirer une chanson…

Sur l’album, il y la chanson « Annoying », qui parle d’une époque où je jouais dans les bars et où personne ne m’écoutait. C’est une chanson hyper violente où je dis : « Fuck You, tout le monde ! » C’est pas mon état permanent, mais je suis encore capable de comprendre dans quel état j’étais quand je l’ai écrite. A chaque fois qu’on la joue, je suis capable de me remettre en condition.

 
Le succès a changé quoi, dans la vie de Pascale Picard ?

Avant le succès, j’étais vraiment timide, je bloquais. Quand je jouais dans les bars, je regardais mon micro et je disais pas un mot. A force, tu apprends à t’imposer, tu dois briser la barrière de l’indifférence, faire abstraction de ceux qui t’écoutent pas. Tu sais, les gens viennent et veulent entendre « Me And Bobby McGee » (célèbre chanson country écrite par Kris Kristofferson – NDA). Mais je n’ai jamais voulu tomber dans ce piège et devenir un juke-box humain, quitte à ce que personne ne m’écoute. Je préférais jouer des chansons obscures qui  parlaient de suicide, ou du punk rock, comme NOFX. Il suffisait qu’il y ait une seule personne dans la salle qui se reconnaisse dans ce que je jouais, pour me donner envie de continuer. 

 

© Pierre MIKAÏLOFF pour www.Hitmusemag.com – 7 août 2008

 

 

Artiste : Pascale Picard

Album : « Me, Myself & Us »

Label : AZ / Universal

 

 

 

 

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Publié le 07.08.2008 à 10:28
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