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Publié le 11.04.2008 à 16:48
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R.E.M. En double coup d’accélérateur : De « Murmur » à « Accelerate »


Rock

Qui aurait cru lorsque je les ai vu démarrer aux Bains-Douches en 83, que R.E.M. publierait un jour un 14éme album. C’est pourtant le cas avec « Accelerate », le CD du retour en fanfare et aux affaires du désormais légendaire groupe d’Athens, Georgia. Mais au fait qui son ces nouveaux athéniens qui surfent depuis 25 ans sur la crête du rock US ? Itinéraire complet de Michael Stipe et de ses copains ET rencontre le mois dernier à Manhattan avec Kathleen Aubert : double coup d’accélérateur sur R.E.M. !

POUR VOIR LE CLIP « SUPERNATURAL SUPERSERIOUS » EXTRAIT SU DERNIER ALBUM ACCELERATE DE REM CLIQUEZ EN BAS DE L'ARTICLE !!!


R.E.M. : Le portrait

Le rock d’Athens


C’était en 83, dans la micro-salle carrelée des Bains Douches à Paris, R.E.M. petit groupe de post-hippies au look négligé se produisait pour la première fois en Europe sur la lancée de leur tout premier LP “Murmur” publié sur le label IRS de Miles Copeland, frère du batteur de Police et manager au flair réputé. Le chanteur Michael Stipe se planquait derrière ses lunettes et ses cheveux longs pour chanter de sa voix traînante, le guitariste Peter Buck se déchaînait les yeux baissés , le bassiste Mike Mills et le batteur Bill Berry avaient tous deux l’air d’avoir séché le lycée. Le groupe n’existait que depuis deux ans. Ils s’étaient formés pour assurer la BO en live des fêtes de leurs potes de l’University of Georgia. Mais leurs compositions climatiques et originales font très vite le tour de la ville.

Ils auront aussi la chance incroyable de publier sur un obscur label indépendant leur chanson fétiche “Radio Free Europe”, au beat pulsé imparable qui devient un hit instantané, coqueluche de toutes les FM de la région.
Le label IRS repérera très vite ces jeunes gens au rock champêtre bourré de promesses. Avec le jeune producteur Mitch Easter, ils enregistrent leur premier mini LP “Chronic Town” (82), mais sans succès. Pour leur premier 33 tours et à la suggestion de Miles-le-futé, le groupe ré enregistre son hit indé “Radio Free Europe” et l’Amérique découvre qu’après les pétulants et festifs B’ 52’s, il existait à Athens un groupe aussi sérieux que R.E.M.

Rapid Eye Movement ...un nom en forme de clignement de paupières pour une solide profondeur émotionnelle. Sur scène, entre les guitares aériennes et la mélancolie de la voix de Stipe, se dégageait une telle puissance qu’on pouvait parier sur eux pour incarner le futur du rock. Et R.E.M. dés le second LP “Reckoning” en 83 prouvera que le groupe savait tenir ses promesses. Avec le hit léger et incroyablement Byrds “So. Central Rain” l’album percute tous les campus, R.E.M. devient peu à peu LE groupe fétiche de la jeunesse alternative.

Alors, il faudra attendre 87 et l’album “Document” produit par Scott Litt pour voir enfin nos géorgiens timides émerger pour plaire au plus grand nombre. Avec la ballade irrésistible “The One I Love” les R.E.M. gagnent les charts....et leur liberté en plaquant IRS pour signer sur le label Warner. Fidèles à son image naturelle, R.E.M. s’engage de plus en plus dans ses textes, comme dans la réalité aux cotés de Greenpeace et d’Amnesty.

Green” son successeur, enregistré à Memphis dans Tennessee avec le même producteur, reflète leur engagement écologique.

Dés le premier titre “Pop Song” Stipe demande “Devrait on parler du temps?/ Devrait on parler du gouvernement?”; De même “World Leaders Pretend” reflète le même désarroi d’une jeunesse désabusée par les mensonges des politiques. “Get Up” réveillez vous exhorte Michael dans cet album où chaque titre est un hit. Pourtant ce sera le puissant “Orange Crush” critique acerbe de la société de consommation qui gagnera tous les coeurs cette année 88.

Les athéniens parcourent l’Amérique et le monde en vastes tournées. Et s’ils ne sont pas encore aussi célèbres que Jésus Christ, les R.E.M. jouent incontestablement dans la cour des grands, tenant d’égal à égal l’affiche avec U2 ou les Stones dans le festivals.

Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, l’album “Out Of Time” sort en 91, toujours produit par Scott Litt et avec son éternelle moisson de tubes tels l’ardent “Losing My Religion” ou le poppy “Shiny Happy People” avec sa concitoyenne et B 52’s Kate Pierson aux choeurs. Parallèlement, des titres plus intimistes comme le mélancolique “Low” contribuent à conserver sa dimension humaine à ce super-groupe. Car trois ans plus tard avec le très attendu “Automatic For The People”, R.E.M. domine des toits du monde l’ensemble du rock US. Avec des textes particulièrement lucides et toujours aussi rebelles, la voix de Michael Stipe fait couler la magie d’un rock aérien que le succès n’a jamais su plomber. “Drive”, ardente mélopée rock, “The Sidewinder Sleeps Tonight”, puissant et héroïque, “ Everybody Hurt”, mélancolique en diable et pourtant rengaine à succès, “Man On The Moon” aux harmonies délicates comme un frisson....”Automatic” incarne cette période dorée des athéniens.

Au rythme d’un CD tous les deux ans...”Monster”, “New Adventures In Hi Fi”, “Up” en 98…puis trois ans depuis « Reveal » en 01 et finalement « Around The Sun » en 04, R.E.M. ne sacrifiera jamais son naturel aux réalités économiques, c’est sans doute là que réside le secret de sa paisible longévité de plus de 25 ans !


© Gérard BAR-DAVID / Hitmusemag.com – avril 2008



R.E.M : l’interview

R.E.M. accélère le rythme


Une rencontre avec R.E.M., c'est si rare que ça ne se refuse pas. C’est dans une suite du très branché Tribeca Grand Hotel, au cœur de Manhattan, que le groupe nous avait donné rendez-vous fin janvier pour parler d’« Accelerate », un quatorzième album à l’esprit punk marquant le retour Michael Stipe et ses complices à l’essentiel de leur art.

Après « Around The Sun », qui était plutôt lent, vous revenez avec un disque très rapide. Pourquoi cette furieuse envie d’accélération?

Michael Stipe : Avec les deux albums précédents, nous avions perdu le fil. Particulièrement avec « Around The Sun », qui contenait de bonnes chansons, mais dont le processus de réalisation avait été très décousu : on avait commencé l’écriture, ensuite on a fait un « best of » sur lequel on a inclus deux de ces nouvelles chansons, on est partis en tournée, et puis on est revenus à l’écriture… Pour se retrouver, il a fallu changer les règles du jeu, remettre les compteurs à zéro, se recentrer sur l’essentiel. Le résultat, c’est « Accelerate », le disque le plus rapide que nous ayons fait depuis vingt ans ! Nous avions atteint un point où nous ne nous parlions presque plus, ce qui était très néfaste à notre amitié et donc au groupe.

Certaines chansons d’ « Accelerate » ont finalement quelque chose de très punk en elles, non ?

MS : Complètement. Certains titres étaient beaucoup plus longs à l’origine, mais nous n’avons gardé que l’essentiel. Pourquoi répéter un refrain trois fois de suite quand on peut le chanter une seule fois ? Oui, « Accelerate » a une éthique punk. Après tout, j’ai découvert la musique en écoutant Patti Smith, Television et leurs pairs. Il suffisait de s’en souvenir ! Cette idée d’accélération vaut aussi pour notre appréhension du monde en général : quand j’étais adolescent, on commençait à parler des problèmes d’environnement, et pourtant, trente ans plus tard, on n’a toujours rien fait. Même chose en politique en général : on se plaint mais on laisse faire. Si on veut que les choses bougent, il faut cesser d’être passif.

Peter Buck : le disque contient onze chansons et ne fait que 35 minutes… Pour l’énergie qu’il dégage, c’est vrai, « Accelerate » est punk. Quand le punk est arrivé, on l’a pris en pleine face. Mais on n’était pas du genre à porter une crête et un blouson de cuir. L’énergie du punk nous intéressait, mais pas la musique à proprement parler. Avec « Accelerate », on a essayé de s’en tenir à l’essentiel. C’est un disque spontané, que nous nous sommes amusés à faire. Bordel, j’ai cinquante ans, et je n’ai pas vraiment besoin de faire ce boulot, alors autant faire un truc qui me botte ! On a enregistré le tout en six semaines !

Mike Mills : comme l’a dit Peter, à nos débuts, n’avait pas d’épingle à nourrice dans le nez, mais on était bien dans l’esprit punk. Le punk va droit au but, c’est aussi notre ambition sur « Accelerate »…Quand le CD a remplacé le vinyle, la durée des albums s’est allongée simplement parce qu’il y avait la place de le faire. Mais crois-moi, pour faire un bon album d’une heure et demie, il faut un sacré talent !

Une des différences notables entre « Accelerate » et vos précédents albums, c’est qu’il contient moins de claviers pour se concentrer davantage sur les guitares…

MM : oui, du coup, ils ont dû me trouver des occupations ! Je fais toujours la basse, mais aussi davantage de chœurs.

« Accelerate » a été enregistré entre Vancouver, Athens et Dublin. Pourquoi avoir choisi de retourner en Irlande, où vous aviez déjà mis en boîte votre album « live », sorti l’an passé ?

MS : D’abord parce que Pat Mc Carthy, qui a produit nos trois précédents disques, est Irlandais. Et que Jacknife Lee, qui a produit celui-ci, l’est aussi. Nous avons travaillé dans un studio des environs de Dublin, et on a répété les chansons de l’album sur scène entre le 30 juin et le 5 juillet de l’an dernier à Dublin, où on avait effectivement déjà enregistré notre live lors de notre précédent passage. C’est en endroit qui a toujours fait très bon accueil à REM.

PB : c’est Mike qui a suggéré qu’on essaye les chansons live avant de les enregistrer.

MM : ça permet d’arriver en studio avec de meilleures chansons, déjà concentrées. Pour revenir à Jacknife Lee, il nous a été recommandé par The Edge de U2. Il a travaillé avec eux, avec Bloc Party, The Editors, The Hives… On aime beaucoup le son qu’il a.

Dans « I’m Gonna DJ », une chanson que vous interprétiez déjà sur scène lors de votre dernière tournée, Michael parle de la liste idéale de tubes à jouer à la fin du monde. Qu’y aurait-il dessus ?

MS : Ha ha ! Dommage que je n’aie pas apporté mon iPod… Ces derniers temps, j’écoute beaucoup Modest Mouse et The National, et quelques nouveaux groupes d’Athens (ndlr : la ville de Georgie d’où vient REM)… (Michael sort une feuille de son sac). Tiens, voilà la liste. Non, je déconne !... Pour être honnête, je ne suis pas sûr que je ferais un grand DJ. Par contre, j’ai été à des fêtes où Björk officiait, et elle, c’est quelque chose ! Elle me mettrait la pâtée !

PB : James Brown, Yoko Ono, du free jazz, pas mal de trucs…

MM : pfff ! La liste serait trop longue ! Il y aurait des chansons de tous les styles… Je viens d’acheter un disque du chanteur rockabilly Charlie Feathers, dont Robert Plant reprend un titre sur son dernier disque… Sur ma liste idéale, il y aurait simplement tout ce que j’aime !

Que Bill Berry, votre ancien complice, qui a quitté le groupe il y a déjà dix ans suite à un grave accident de santé et vous a rejoints sur scène pour votre entrée au Rock’n’roll Hall of Fame l’an passé, a-t-il pensé du disque ?

PB : en fait, on ne lui a pas envoyé de copie définitive, parce que même nous, on n’y a pas accès ! Tu connais la parano des maisons de disques ! On nous a donné à chacun un CD encodé à notre nom. C’est du délire…

Michael, outre tes qualités de chanteur, tu es aussi un homme d’images. Quels projets cinéma le producteur indépendant Michael Stipe a-t-il sur le feu en ce moment ?

MS : Nous travaillons sur deux films : « Le miraculeux destin d’Edgar Mint », d’après le livre de Brady Udall, et « Slo-Mo », une comédie dans la veine de « Dans la tête de John Malkovitch ».

Peter, à côté de R.E.M., tu fais partie du collectif Minus 5 et de Venus 3, avec Robyn Hitchcock. Quand aura-t-on la chance de vous voir sur scène en France ?

PB : J’aimerais bien, mais il faudrait qu’un organisateur de concerts accepte de nous payer !

Comme pour « Around The Sun » il y a quatre ans, l’arrivée d’« Accelerate » coïncide avec les élections présidentielles américaines. Lors de la précédente campagne électorale, R.E.M. avait activement pris position contre Bush en participant à l’action « Vote For Change » avec de nombreux autres artistes. Qu’en est-il cette fois-ci ?

MS : Mon soutien aux candidats reste d’ordre privé. Je prends plaisir à suivre la campagne, mais je n’ai aucune idée de qui va gagner. L’attrait d’Obama, c’est qu’il n’a pas été formaté par les institutions de Washington. Son statut d’outsider pourrait jouer en sa faveur.

Il y a quelques mois, vous avez participé au disque d’Amnesty International en soutien au Darfour. Quelles autres causes votre groupe soutient-il aujourd’hui ?

MM : Pour le Darfour, vu l’ampleur de la crise, on ne pouvait qu’accepter de donner un ou deux morceaux. Mais en réalité, en tant que groupe, nous ne soutenons pas vraiment de cause. Nous avons plutôt des actions individuelles. De mon côté, je continue à travailler avec les associations de soutien aux victimes de l’ouragan Katerina à la Nouvelle-Orléans.

Quand aura-t-on le plaisir de vous voir défendre « Accelerate » sur scène ?

MM : dès cet été, c’est sûr ! On est très impatients ! »


Propos recueillis par

© Kathleen AUBERT / Hitmusemag.com – avril 2008

 



Artiste : REM

Album : "Accelerate"

Label : Warner Bros


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Publié le 11.04.2008 à 16:48
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