Un nouvel album studio de Queen ! Treize ans après le précédent ! Dix-sept ans après la mort de son chanteur ! Si Freddie Mercury a été remplacé par Paul Rodgers (Free, Bad Company), un chanteur à la voix plus blues, Brian May (guitare) et Roger Taylor (batterie), les deux membres rescapés de la formation originale, ont retrouvé la formule magique et livrent un disque sur lequel tout (ou presque) ressemble à du Queen. La foule des fans applaudira-t-elle en masse, comme au bon vieux temps ? C’est probable. Les autres ? Ils ricaneront, comme au bon vieux temps…
DECOUVREZ LE NOUVEL ALBUM DE QUEEN & PAUL RODGERS « THE COSMOS ROCKS »
AVEC « C-LEBRITY » LE PREMIER SINGLE EN LIVE
LA VIDEO EST EN BAS DE PAGE !
Quatre ans après la mort de son chanteur Freddie Mercury, survenue en 1991, Queen avait publié un ultime album studio, Made in Heaven, constitué à partir des dernières séances enregistrées par les quatre membres originaux, avant de se retirer dignement. John Deacon, le bassiste, avait décidé d’en rester là, profitant d’une retraite dorée bien méritée, mais le batteur, Roger Taylor, et le guitariste, Brian May, avaient continué leurs carrières solo respectives, sans évidemment jamais approcher, même de très loin, le succès planétaire qu’ils avaient connu avec Queen.
Dix ans plus tard, ils décidaient de reformer le groupe pour une tournée mondiale. Pour « remplacer » Mercury, ils choisissaient alors une figure mythique du rock anglais, l’ex-chanteur de Free et de Bad Company, l’excellent Paul Rodgers. Un choix étrange, dans la mesure où ce dernier est, au niveau du style, à peu près l’opposé de Freddie Mercury : au roi du kitsch efféminé, du second degré délirant et de la pop baroque, succédait un chanteur à la voix rauque, aux poses macho, véritable emblème d’un blues-rock lourd, hétéro et (faussement) primaire ! La tournée fit un tabac, immortalisée en 2005 par un double CD (et un DVD) live, Return of the Champions, où l’on peut entendre le groupe reprendre, de façon plus ou moins convaincante, la plupart des grands succès de Queen, ainsi que quelques hits de Free (« All Right Now ») et de Bad Co (« Feel Like Makin’ Love »).
Taylor et May, visiblement emballés par l’expérience, ont alors décidé d’enregistrer un nouvel album studio de ce groupe, rebaptisé Queen + Paul Rodgers. Alors que sur scène, ils avaient fait appels à d’autres musiciens pour étoffer leur son, ils ne sont ici que tous les trois (Deacon n’a pas daigné sortir de sa retraite), s’amusant comme des petits fous dans le studio de Taylor, jouant de tous les instruments eux-mêmes (Rodgers et May se relaient à la basse), enregistrant et produisant ensemble ces 13 nouvelles chansons… C’est le côté sympathique de l’affaire, un album « à l’ancienne » (c’est eux qui le disent), pas (trop) surproduit, sur lequel on sent que ces musiciens chevronnés s’éclatent et ont encore de l’enthousiasme à revendre.
L’album est dédié à Freddy Mercury, qui était à ses débuts un grand fan de Free, allait souvent voir le groupe en concert et citait Fire & Water comme l’un des albums ayant le plus influencé Queen. Il aurait donc probablement apprécié « The Cosmos Rocks », où l’on a bien souvent l’impression que c’est Paul Rodgers qui a embauché les membres de Queen plutôt que l’inverse…
Ainsi, dès le premier titre, « Cosmos Rockin’ », un rock basique comme on n’en fait plus, on se croirait revenu dans les seventies, à secouer la tête en écoutant un disque de Johnny Winter ! Bon, pourquoi pas… Idem un peu plus loin avec « Still Burnin’ », un titre bien lourd, qu’on dirait échappé d’un album de… Free, ou « Voodoo », sur lequel Brian May semble essayer de ranimer le fantôme de Paul Kossof. Que les fans se rassurent, il y a aussi du Queen « classique », à base de titres hard (« C-lebrity », le premier single, rempli de riffs saturés bien propres) et de ballades mièvres, euh, je voulais dire pop (« Small », « Say it’s not True », morceau plein de bons sentiments, déjà dévoilé sur la tournée précédente). Le tout bien évidemment traité de façon grandiose, ou grandiloquente, selon qu’on est fan ou pas, dégoulinant d’effets de voix, de solos de guitares au son de scie sauteuse, de roulements de batteries-enclumes et de réverb’ réglée sur la position « Cathédrale d’Amiens »…
Bref, presque un album typique de Queen, qui plaira au large public du groupe (quelques millions de fans répartis dans le monde entier), mais auquel il manque cette petite touche que Freddie Mercury apportait toujours, ce léger décalage, cette façon de ne pas se prendre au sérieux, qui ravissait les esthètes (quelques dizaines de personnes réparties dans le monde entier) et qu’on appelle l’humour.
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