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C’est un power-trio aussi délicat que frénétique, aussi tendre que nerveux et dont les influences plongent des Kinks légendaires à la fraîcheur imparable des Artic Monkeys. Les Quidam sont basés à Clermont-Ferrand mais ils ont su heureusement s’en échapper alliant mélodie et énergie pour propulser toute l’urgence de leur rock. Ils peuvent donc être fiers de leur tout premier album intitulé « En eaux profondes ».
Car pour parvenir à s’imposer jusqu’à notre capitale Yannick, Pierre et Romain ont su s’accrocher à leurs rêves. Rencontre avec les quidams de Quidam !
On parlait de Clermont-Ferrand rendue célèbre par notre ami Jean Louis Murat que vous avez justement croisé chez le boucher pas plus tard qu’hier…
Yannick : Heu, pas exactement chez le boucher mais plutôt dans une salle de concerts, la Coopérative, la fameuse salle associative de Clermont où il vient souvent. C’est vrai, on peut souvent le croiser là-bas, mais c’est bien le seul endroit en ville où l’on a une chance de tomber sur lui. L’autre soir, il était là, à un concert de Vic Chesnut.
Murat c’est quelqu’un qui vous a inspiré, dont vous avez écouté les disques ?
Pierre : On ne peut pas dire qu’il nous ait fortement inspiré, mais en tout cas ce mec, on aime bien ce qu’il fait. Moi j’apprécie beaucoup. Après, dans le détail, je ne connais pas l’intégralité de ses disques car il en fait énormément. C’est un truc que j’écoute assez souvent et que j’aime bien. Ce n’est pas du chauvinisme, ce n’est pas parce qu’il est de chez nous.
Il y a d’autres groupes à Clermont… à part vous et lui ?
Yannick: Y’a Cocoon un duo folk dont on commence à parler pas mal. Il y a aussi Elderberries constitué en partie d’Anglais exilés à Clermont et de locaux, un groupe qui commence à faire pas mal de choses. Il y a aussi Subway un groupe de filles. On commence à avoir quelques bonnes formations.
Mais à part vous et Cocoon, aucun groupe signé sur un label ?
Romain : Si Kaolin qui s’en est bien tiré cette année, ils sont de Montluçon juste à côté de chez nous. Leur disque a plutôt bien marché, non ? Nous on les connaît bien, ils nous ont enregistré nos premières demos avant que l’on soit signés en maison de disques. Ils nous ont aidé un peu à nous enregistrer. Ils ont filé des coups de mains et c’était hyper bien car ça nous a permis d’aller plus vite.
Épuisons mes deux questions habituelles comme l’origine du nom, par exemple. Quidam c’est un mot latin… vous avez fait du latin ?
P : Je suis pas sûr qu’il y ait un vrai rapport, mais c’est vrai que j’en ai fait.
Y : Ce nom Quidam c’est que comme pas mal de groupes à l’époque on cherchait un nom quand on a commencé. C’est un truc qui nous est venu assez naturellement et assez rapidement sans trop savoir pourquoi et finalement avec le temps, on s’y fait bien.
C’est vrai qu’un Quidam tout le monde sait ce c’est, tout le monde sait ce que ça veut dire. Et finalement, c’est un nom qu’on porte bien. Il y a un élément assez contradictoire entre le nom Quidam et l’envie de faire un groupe de musique.
Car du coup, c’est tout de même un truc qui amène à se distinguer.
C’est la différence entre le coté très démarche perso de vouloir faire de la musique et le coté anonyme du nom ?
Romain : C’est aussi un nom qui nous ressemble à tous, car on est des gens assez discrets. Donc prendre un nom comme Quidam nous allait bien par rapport à la discrétion qu’on peut avoir. Quidam ça permet de se planquer et d’un autre coté ça attire un peu l’attention car effectivement comme le dit Yannick c’est un mot que tout le monde connaît. Il y a un vrai double sens. Mais le choisissant on n’a pas du tout réfléchi à ça.
Alors comment s’appellent les fans de Quidam, les quidameurs, les quidameux ? Les quidamettes pour les filles ?
Y : Ils s’appellent heu…on sait pas encore.
Vous commencez à avoir des gens qui vous suivent ? Dans la région, vous devez commencer à être connus ?
R : Pas tant que ça, on est des gens qui justement se planquent assez. Quand on a fait notre album, on n’a pas donné beaucoup de concerts sur Clermont, on s’est beaucoup concentré dans notre local à faire des morceaux et à essayer de construire le disque, à vraiment tout essayer ; on était tous les trois enfermés sans rien écouter d’autre, à faire juste notre musique, à travailler.
La Coopérative vous y avez joué tout de même ?
P : C’est une salle qui nous a soutenu et aidé dès le début. On y a joué et on y a fait des « résidences » ; on a profité de pas mal de dispositifs qui sont mis en place là-bas, des trucs d’aide au développement et tout ça, ouais c’est une salle qui nous connaît et que l’on connaît très bien.
En parlant de se connaître, comment vous êtes vous rencontrés ? Vous étiez au même lycée ?
Y : En gros c’est ça. Pierre et moi on se connaît depuis très longtemps, parce que nous sommes originaires de la même ville donc Montluçon, on se connaît depuis 12, 13 ans et on a rencontré Romain après à la fac. On était tous les trois en fac de psycho.
R : Je pense qu’il y a beaucoup de groupes de musique qui ont dû faire psycho. Tout le monde se rencontre là-bas.
On a tous fait psycho, on ne savait pas trop pourquoi, on ne sait toujours pas plus.
C’est à cause de la chanson des Talking Heads « Psycho Killer » ?
Y : Oui sûrement. Non c’est qu’il fallait bien faire un truc après le bac.
Comment avez-vous franchi le pas en décidant d’emblée de tout miser sur votre rock ?
P: Tout de suite, dès le début. Quand on en a parlé avec Yannick, avant forcément d’en parler à Romain, on a eu la véritable envie de se dire : on fait de la musique, mais si on fait de la musique, on va au bout, quoi !
C’était un peu l’idée de tout brûler derrière nous pour faire ça. Romain était pour et une fois qu’on s’est mis à jouer tous les trois, effectivement il s’est passé un truc et l’on s’est dit : on peut y arriver, même que nous allons y arriver.
Et on s’est mis à bosser et à ne faire que ça. Et effectivement, on a mis nos études de côté et puis pas mal de choses qu’on rattrape maintenant.
R : C’est pas juste d’avoir l’idée de vouloir en faire son métier et sa vie, cela on l’a toujours plus ou moins eue cette idée , mais après c’est d’arriver à le faire qui est plus compliqué et qui demande beaucoup plus de courage, de patience et même de travail. C’est vrai que quand on a commencé à faire cela on a toujours voulu dès le début enregistrer un disque et faire des concerts. Et vendre nos disques et aussi avoir un public. Et donc forcément de pouvoir en vivre.
P : C’est vrai qu’on a eu la chance d’être tout de suite soutenu, d’abord par Kaolin au départ sur nos premières demos puis ensuite par la Coopérative qui nous a offert le cadre de notre professionnalisation. C’est là que nous avons pu commencer à rencontrer des professionnels de la musique qui nous ont dit : les gars, vous avez un potentiel, continuez à travailler. Et c’est ce que nous avons fait : on s’est enfermé durant trois ans et maintenant on arrive avec un album qui nous semble mur, un album que nous avons construit.
Comment avez-vous réussi à signer avec le label Naïve ?
Y : Cela s’est fait sur une série de rencontres. Le vrai départ du truc pour nous aura été le CQFD des Inrocks, ils font une sorte de concours et nous avons eu la chance d’être sélectionné, c’était notre première exposition nationale. Car c’est assez difficile de sortir de Clermont, donc ça s’est fait là-dessus. Et après on a fait quelques concerts, quelques premières parties à Paris. Et c’est à ce moment-là que nous avons commencé à rencontrer des gens. Les gens sont venus nous voir et on a vu plusieurs personnes avant de finalement décider de bosser avec Naïve pour notre disque. C’était un vrai choix de notre part.
Vous aviez le choix entre différents labels qui se battaient pour vous avoir ?
Y : Je sais pas s’ils se battaient, mais en tout cas on a eu plusieurs propositions. Et nous on a choisi de bosser avec eux pour plein de raisons, des raisons humaines, des raisons artistiques vis-à-vis de leur catalogue et de la démarche et du discours des gens, on se sentait beaucoup plus à l’aise ici qu’ailleurs.
P : Et puis Naïve n’est pas qu’un label discographique, c’est aussi une maison qui édite des livres, qui ne fait pas que de la musique. Et cela nous plaisait l’idée d’être dans une grande maison où effectivement il y avait aussi de la littérature.
Y : Pour des mecs comme nous qui débarquons c’était beaucoup plus facile de parler avec ces gens-là. On avait juste le sentiment de parler des mêmes choses avec eux. On comprenait ce qu’on se disait contrairement à certaines personnes que nous avons pu rencontrer avec lesquelles nous n’étions pas du tout en phase. Nous ce qui nous intéressait c’était de faire notre disque dans les meilleures conditions, qu’on nous laisse tout le temps de le faire. Et on a eu tout le loisir pour faire ça ici et c’était super bien.
P : Naïve c’était notre meilleure solution pour ne pas s’éparpiller, justement pour être patient et ne pas balancer toute l’énergie qu’on pouvait avoir en l’air comme ça et sortir un disque. Là on a pris le temps. Ils ont été patient et nous on a pu mûrir.
Il s’est passé deux ans entre votre signature et la sortie de l’album ?
R : On a commencé par signer un contrat éditorial sur nos chansons. C’est le moment où nous avons rencontré notre éditeur qui était la première étape dans le lancement de ce disque. On a signé avec lui en Mars 2006 et l’album est sorti fin Mars 2008.
Qu’est ce qui a motivé Naïve à miser sur vous, ils vous l’ont dit ?
Y : ça s’est passé de manière très naturelle. Lorsque nous sommes allé vers eux ou plutôt quant ils sont venus vers nous, on leur a donné tout ce qu’on faisait. On leur a toujours fait suivre nos différentes demos et en discutant avec eux c’est bien tombé. À mon avis ils ont aimé ce qu’on faisait, donc ça s’est fait assez naturellement. Je ne crois pas qu’il y ait plus que cela. Ils avaient envie de le faire, nous on avait envie de le faire avec eux.
P : Il y avait la même ambition de réaliser un bel album avec de vraies chansons et de nous donner les moyens de le faire. Ils ont compris la direction vers laquelle nous voulions aller. Et pas seulement sur un disque mais sur plusieurs albums, ils ont compris qu’on voulait vraiment avoir une carrière plus que de réaliser un coup. Cela pouvait durer un peu et que c’était intéressant de développer un artiste qui voulait bosser dans la durée.
R : Ce qui leur a plu aussi c’est le côté groupe de scène, puisqu’à l’époque on jouait pas mal. C’est vrai que notre rencontre avec notre directeur artistique s’est faite à travers la scène puisqu’il est venu nous voir jouer à Clermont-Ferrand. Je pense que c’est aussi ce coté là qui les a attiré, ce côté gang qu’on a lorsqu’on est sur scène car on a un côté un peu fusionnel, ce coté power trio qui va droit à l’essentiel a su les séduire.
Quelle direction justement aviez-vous décidé d’emprunter ?
P : On avait vraiment envie de fixer des bases fortes, ce qu’on a fait avec notre disque c’est-à-dire justement un rock énergique qui laisse aussi la place aux mélodies. Dans les textes, cela se ressent car ils sont aussi écrits pour être mélodieux. On a beaucoup travaillé ça à la base, maintenant on se dit qu’on a bien réussi ça, qu’on est fiers de notre disque et par la suite on va peut-être essayer de travailler plus façon laboratoire et d’expérimenter des trucs qu’on n’aurait peut-être pas fait forcément sur un premier disque mais qu’on fera par la suite. Cela nous paressait important de faire un disque qui nous ressemblait et qui était effectivement d’aller à l’essentiel.
Y : Effectivement on a mis plus de deux ans pour le faire car entre le moment où l’on a signé et le moment où l’on a enregistré il s’est passé beaucoup de temps. Mais je crois que même trois semaines avant d’aller enregistrer, on n’avait pas vraiment nous d’idée de ce que cela donnerait au final. On savait juste que c’était l’aboutissement de ces deux ans-là.
Il n’y avait pas dés le début un truc pré-établi, on s’est pas dit il faut que notre album sonne comme ci ou comme ça. Au contraire, c’est tout un tas de trucs mélangés et à la fin cela donne ce résultat-là.
En même temps vous avez enregistré cet album très rapidement puisque vous l’avez fait en deux semaines et en Belgique ?
Y : C’est vrai que c’est super rapide de faire un disque en deux semaines, en plus le premier c’était un très gros pari car nous n’étions pas certain d’y arriver et finalement ça s’est très bien passé parce qu’on a tout donné, c’était super concentré, super rapide, très dense parce qu’on avait beaucoup bossé en avance. On était plus que prêts.
P : Comme le dit Yannick, pendant la période d’enregistrement, on ne savait pas ce que cela allait donner. Mais il y avait cette maîtrise des morceaux qu’on avait travaillé en amont , il y a eu l’énergie sur ce moment-là car on n’avait pas fini certains titres, on n’avait pas fini certains textes qu’on a bouclés en studio, ce qui nous a aussi permis d’être surpris à la sortie de notre disque. Ce qui nous a fait du bien car tout maîtriser tout le temps c’est moins intéressant, c’est moins spontané.
Pourquoi la Belgique ?
R : C’est grâce à Naïve, une histoire de rencontre car nous avons rencontré le réalisateur de l’album Nick Meul qui était aussi bassiste.
Au-delà de tout ce qu’on avait pu garder au niveau de nos compositions jusqu’à maintenant, il a réussi à nous amener une objectivité sur notre travail et à nous amener à une maturité, c’est peut-être le seul petit truc qui nous manquait peut-être lorsque nous sommes rentrés en studio et c’est ce que lui a réussi à nous apporter. Il y a des morceaux qu’on avait complètement laissés tomber depuis un moment et que lui avait écouté et qu’il avait beaucoup aimé. Et ils se retrouvent finalement sur l’album aujourd’hui.
Pour la Belgique, c’est que là-bas ils sont totalement décomplexés ; ils n’ont aucune barrière, aucune limite aussi bien au niveau du son qu’au niveau artistique. Ils osent beaucoup plus de choses et c’est aussi ce qui nous a attiré vers ce pays. On s’est laissé aller à des choses qu’on n’aurait pas pu trouver ici.
Y : Nous, on aime beaucoup la musique qui se fait là-bas, le rock belge que ce soit Ginzu, dEus, Zita Swoon tous on aime comme cela sonne car c’est beaucoup plus audacieux que ce qui peut se faire par ici ; pour nous c’était donc super intéressant d’aller en Belgique. Et on y retournera sûrement. On a pour projet d’y repartir, déjà dans un premier temps pour jouer et pour de futurs albums sûrement.
On va parler de l’album, on y trouve pas mal d’influences différentes. Vous avez choisi de chanter en français, il n’y a pas de chansons en anglais. On pense un peu aux Bloc Party et aux Artic Monkeys, ce sont des groupes qui vous inspirent ?
Y : On ne peut pas dire le contraire, ce sont des trucs qu’on aime. Moi Artic Monkeys je trouve cela très fort. Et Bloc Party j’aimais beaucoup le premier album, le deuxième peut être un peu moins. Sur scène ce sont des groupes qui sont excellents, surtout Artic Monkeys. Et ils ont ce que nous on aime : une musique très énergique, très rock mais qui est aussi très mélodique et très bien composée. Ce sont des mecs qui composent vraiment de super chansons au niveau mélodique imparable et c’est là où ils sont très forts.
P : Quoi qu’il arrive, les chansons sont bien écrites avec un vrai son incroyable. Ce sont des mecs super jeunes et cela se sent tout de suite, ils jouent leur vie , cette musique-là nous parle vraiment.
Je pensais aussi aux Talking Heads c’est un groupe que vous connaissez ?
Y : On connaît un peu et c’est en tout cas vraiment un groupe qu’on apprécie.
Chez les Français, vous avez un côté mélodique des Valentins ?
Y : On connaît un peu ce qu’ils ont fait, on les ne connaît pas directement, mais on parlait tout à l’heure de Kaolin, ils ont produit leurs albums et donc indirectement on a suivi pas mal de choses.
Les Innocents ?
Y : C’est aussi un groupe que j’aime bien. Le point commun de tous ces groupes c’est qu’ils savent faire de bonnes chansons. Et en plus ils savent le faire super bien, c’est arrangé super bien aussi.
Taxi Girl / Daniel Darc ?
P : Je n’ai pas écouté son nouvel album mais « Crêve cœur » le précédent, c’est le genre de disque qui m’a conforté dans mon envie d’écrire en Français. C’est magnifique, c’est sans doute un des plus beaux albums en Français. Lui dit que son écriture est un peu maladroite, je trouve cela au contraire hyper touchant. Ce sont des mecs comme ça qui font bouger notre langue. Dominique A aussi pour les plus actuels mais surtout Gainsbourg pour les plus vieux, même les morts.
Cure et Radiohead ?
Y : Radiohead, comment résister, c’est un groupe incroyable. Cure aussi. J’ai redécouvert il n’y a pas très longtemps les premiers disques car j’étais un peu jeune, je pense à l’époque et effectivement c’est juste trop fort.
R : C’est un groupe qui a toujours su se mettre en danger, pour notre génération ce sont nos Beatles à nous ! D’ailleurs la preuve c’est qu’une écrasante majorité de groupes aujourd’hui se réclame ouvertement de Radiohead.
Il y a une chanson très différente des autres, « Mon enfance », la sixième avec un son de trompette ?
Y : C’est un morceau qu’on avait fait il y a très longtemps et on ne savait pas trop comment le faire. On avait essayé plein de choses sans y arriver. Pourtant cette chanson nous tenait à cœur et l’on voulait la faire pour son côté nostalgique.
P : Et le réalisateur nous a dit on va essayer un truc. Dans la soirée il a téléphoné à un pote qui a débarqué avec deux trompettes. On se demandait ce qu’il faisait là et c’était assez drôle on se serait cru dans un film des frères Coen. Le mec est arrivé avec des cheveux longs, des lunettes carrées c’était hyper bizarre et il s’est mis à jouer. En plus il nous explique que sa trompette est cassée et qu’il ne peut pas jouer la note à fond, il est donc obligé de bidouiller un truc.
R : On a enregistré la guitare sur le toit du studio, cette chanson, elle a vraiment un truc.
P : Je crois qu’on ressent bien l’ambiance très particulière de la chanson. Justement la trompette est jouée avec fragilité. Bon, j’avoue qu’elle est aussi beaucoup trafiquée !
Y : C’est marrant, car notre album c’est vraiment un album de rock mais on avait aussi envie d’y mettre autre chose, d’aller plus loin. C’est vrai que c’était pas évident à la base de mettre des cuivres mais on voulait le faire car ce sont des choses qu’on écoute, on écoute plein de choses et il nous fallait ça aussi.
Qui fait les textes, c’est toi Pierre ?
P : C’est pas tout le temps évident, c’est une écriture que je dois travailler. Et en plus ce n’est pas moi qui les chante. C’est ce qui fait toute la différence. Mais on a assez de complicité avec Yannick pour que les gens croient que c’est lui qui les écrit. Et cela arrive souvent. Les gens sont en général assez surpris quand ils découvrent que c’est moi qui écrit les textes.
Y : Quand il nous propose un texte, il y a aussi une autre vision. Parfois je lui dis : je ne peux pas chanter ça parce que cela ne me correspond pas, ce n’est pas moi. Après c’est vraiment un échange.
P : On va dire que certains textes sont vraiment très personnels pour moi et auxquels je suis vraiment très attaché. Et il y a des textes qui sont un peu plus faits sur mesure pour Yannick. Mais on le ne sent pas. Je suis même pas sûr que Yannick ou Romain savent lesquels sont vraiment très personnels et lesquels sont faits sur mesure. Et puis il y a le morceau qui entre en ligne de compte car on établit une mélodie et le texte vient après en fait. Parfois je me laisse aussi aller à la musique des mots, parfois même au détriment du sens pour que cela sonne, c’est ce que faisait parfois Gainsbourg justement. Plein de groupes le font en anglais pourquoi, en français, on n’aurait pas le droit de le faire ? On peut aussi avoir en français une chanson qui sonne très très bien juste en utilisant des mots et ce n’est pas obligé de raconter quelque chose de merveilleux.
Le côté mélancolique est assez fort sur l’album avec « Pars » , « Nos souvenirs » nostalgique, « Mon enfance » même combat, « Mes crimes » c’est pas non plus super gai.
R : « Disparaître » pour moi ce n’est pas un texte vraiment mélancolique. C’est justement l’espoir qu’un jour, les choses vont disparaître et que ça aille mieux.
C’est aller vers quelque chose de positif, c’est aller vers l’espoir et non pas rester à baigner dans son jus à être malheureux. C’est se dire qu’un jour ou l’autre en avançant, même en fuyant, cela peut s’arranger. C’est aussi pour mieux s’abandonner. Car il y a souvent cette peur d’une perte de contrôle dans certains textes.
En résumé, il existe tout de même une lueur au bout du tunnel ?
Y : Dans le disque, il peut y avoir des sonorités aussi bien dans les textes que dans la musique, des trucs un peu mélancoliques, mais finalement c’est assez ouvert comme truc. Je ne pense pas que cela soit plombant à l’écoute.
Tout n’est pas comme ça non plus. On n’est pas foncièrement non plus des gens super joyeux. On n’est pas tristes, mais on a quelques états d’âmes…
C’est vrai que vous faites pas trop dans le « baby baby , let’s make love» !
P: Ce sont des sentiments exprimés d’une manière ou d’une autre, on aurait pus ans doute faire baby baby , let’s make love mais cela aurait été moins intéressant pour nous à faire …et à défendre après ! Tout ça est aussi très naturel, les textes et la musique se sont imposés d’eux-mêmes sans que l’on fasse dans la préméditation.
Par rapport au rock français vous échappez un peu aux différentes chapelles ?
Y : Justement pour revenir aux textes, c’était aussi une façon de marquer notre différence, pas à la « Française » où l’on met des mots bout à bout en ayant l’impression de raconter des choses intelligentes.
P : Chez nous il y a une retenue, une pudeur, une volonté de faire les choses joliment, de les faire bien. De dire un truc super acide ou amer, mais de le dire avec tendresse.
Y : Pareil dans le son, on aurait pu envoyer de très grosses guitares, mais cela nous aurait moins touché et surtout moins ressemblé.
Les mêmes chansons auraient pu être faites très punk car vous avez cette énergie et cette frénésie dans votre rock…
P : C’est le cas sur scène car à trois, on envoie vraiment. Notre trio est vraiment basé sur l’énergie. Là au contraire sur le disque, il fallait que les choses soient plus réservées. On a pu faire ressortir des trucs en studio parce que les guitares ne sont pas énormes, qu’on a pu jouer sur la nuance, que parfois les batteries sont concentrées car tout a été fait avec finesse.
Y : On voulait vraiment faire un album hétéroclite où on a pu mélanger à la fois des trucs acoustiques et des morceaux très durs.
On voulait qu’il nous ressemble. On est à la fois des gens calmes donc il y a des morceaux plus posés et aussi à la fois on sait être vénères sur scène et il fallait aussi préserver ce coté là. »
Propos recueillis par
Gérard BAR-DAVID
Artiste : Quidam
Album : « En eaux profondes »
Label : Naïve
© Gérard BAR-DAVID / Hitmusemag.com - Le 15 mai 2008
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Publié le 15.05.2008 à 11:53
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