Après avoir déjà joué en France cet été, le 8 juillet à Lyon et le 9 à Nice, R.E.M., groupe mythique passé du rock alternatif américain à une renommée planétaire sans avoir jamais compromis son art, sera le 28 août à Paris, en tête d’affiche du festival Rock en Seine. Un événement, comme l’était déjà il y a quelques mois la sortie de l’excellent 14ème album des Athéniens, Accelerate, puissant, nerveux, marquant un net retour en forme et laissant présager une série de concerts époustouflants.
DECOUVREZ REM AVEC « LOSING MY RELIGION », « EVERYBODY HEARTS »,
« SHINY HAPPY PEOPLE », « SO CENTRAL RAIN (I’M SORRY) »
ET « END OF THE WORLD AS WE KNOW IT (AND I FEEL FINE) »
LES VIDEOS SONT DISPONIBLES EN BAS DE PAGE !
« Si seulement je pouvais écrire un ou deux morceaux qui soient aussi bons que ceux de REM. Je ne sais pas comment ils se débrouillent, ceux-là. Ce sont vraiment les plus grands. Ils gèrent leur succès comme des dieux et ils continuent à faire une musique formidable. J’aimerais que Nirvana soit capable de ça. »
Kurt Cobain, peu de temps avant sa mort.
Depuis quinze ans, R.E.M. a connu quelques hauts et bas, mais sans jamais faire mentir le leader de Nirvana. Le groupe est aujourd’hui de nouveau au sommet de son art, comme le prouve son dernier album en date, le décoiffant Accelerate, qui, dans bien des domaines, peut en remontrer à beaucoup de jeunes rockers : énergique, urgent et sauvage, ce disque est taillé pour la scène, un domaine où les fringants quinquagénaires ont toujours fait des étincelles.
Formé à Athens (Georgie) en 1980,R.E.M. se singularise dès ses débuts par un mélange efficace et novateur de modernité héritée du punk et de retour aux sources sixties du rock américain, à travers l’influence du Velvet Underground et, surtout, des Byrds pour le son des guitares, tout en arpèges cristallins de Rickenbaker. Son premier album, Murmur, est déjà un chef-d’œuvreavec sa production sobre, les guitares simples et lumineuses de Peter Buck, la section rythmique minimaliste de Mike Mills et Bill Berry et la voix hantée et prenante de Michael Stipe.
R.E.M. va, tout au long des années 1980, travailler sans relâche : le quatuor tourne énormément aux états-Unis où, soutenu par les college radios, il invente quasiment à lui seul le concept aujourd’hui archi-éculé de « rock alternatif », et sort un album par an, tous excellents et meilleurs que les précédent : Reckoning (1984), Fables Of the Reconstruction(1985), Lifes Rich Pageant(1986) et Document(1987). Celui-ci marque un tournant décisif : c’est à la fois le dernier album pour le label IRS et le premier à obtenir un très grand succès populaire, grâce au single « The One I Love » qui se classe n°9 dans les charts américains.
La seconde partie de la carrière de R.E.M. peut alors commencer. Devenu le groupe culte des années 1980, son statut va changer du tout au tout : après une retraite dans sa ville natale d'Athens, il passe la surmultipliée, signant avec Warner pour six millions de dollars, produisant l’excellent Green, qui marque son sacre de groupe underground le plus populaire du monde avec « Stand » (classé dans le top 5 américain) et tournant jusqu’à l’épuisement...
Les quatre musiciens abandonnent alors les concerts (jusqu’en 1995) et se retirent en studio pour y peaufiner Out of Time, magnifiquement produit par Scott Litt, où le groupe se libère du format rock, élargit sa palette instrumentale à l’aide de musiciens additionnels, de cordes et de cuivres, et s’amuse à tâter du funk (« Radio Song » avec le rapper KRS-1) ou du psychédélisme jovial (« Shiny Happy People », avec Kate Pierson des B52’s). Ce sera leur plus grand succès (n°1 dès sa sortie en 1991), grâce au fameux « Losing My Religion », également leur plus gros hit single.
L’année suivante, avecAutomatic For The People, REM tourne consciemment le dos à la bonne humeur pop de Out Of Time et produit son chef-d’œuvre absolu, un disque sombre mais luxuriant, à l’image des magnifiques arrangements de cordes (dus à l’ex Led Zeppelin John Paul Jones) qui embellissent plusieurs titres dont l’exceptionnel « Drive » ou le hit « Everybody Hurts ». Mélancolique et contemplatif, cet album aurait pu être un échec commercial et se voir confiné au statut de disque culte. Mais c’est un nouveau succès retentissant (quatre fois platine). C’est aussi le dernier disque écouté par Kurt Cobain…
R.E.M. est alors au sommet, un sérieux concurrent au fameux titre de « plus grand groupe du monde »… D’ailleurs, quelques années plus tard, quand les lecteurs du très bon magazine musical anglais Q éliront leurs 100 meilleurs singles de tous les temps, on retrouvera « Losing My Religion » (N°7) et « Everybody Hurts » (N°20) aux côtés des habituels« Penny Lane/ Strawberry Field Forever », « Imagine », « Good Vibrations », « All Along The Watchtower », « Waterloo Sunset », « I Heard It Through The Grapevine » et autres « Like A Rolling Stone » !
C’est pourtant à ce moment-là que le groupe publie un album électrique et sauvage qui prend de nouveau le public à contre-pied, le génial et trop mal-aimé Monster qui préfigure un déclin commercial probablement salvateur pour la formation !
C’est à l’occasion de sa sortie que j’ai rencontré le groupe pour Rock & Folk, à Melbourne, où je suis allé les voir lancer la tournée Monster, un disque auquel le récent Accelerate me fait penser à bien des égards… Voici quelques extraits de mes notes de l’époque :
Janvier 1995
Lunettes noires, blouson de cuir et jus d'orange, le guitariste d'un des groupes les plus important de la planète est assis en face de mois, cool, dans le lobbyde l'hôtel Como, Melbourne, Australie. En entrant, je m'attendais à trouver une armada d'attachées de presse, managers et autres abeilles bourdonnantes. Rien de tout ça, juste ce mec assis dans son fauteuil, arrivé en avance à notre rendez-vous et qui me fait signe de la main quand je pénètre dans l'hôtel, en m'accueillant : c'est moi ! Comme si je ne l'avais pas reconnu ! Il est comme ça, Peter Buck, simple, chaleureux, pas star pour deux sous.
Et pourtant, la grosse machine est en route. C'est la première vraie tournée de R.E.M. depuis 1989, après la sortie de Green. En 1991, est sorti l'album Out Of Time, avec LE tube qui a tout changé : « Losing My Religion ». Bilan des courses : 10 millions d'albums vendus, et donc, un nouveau public, comme en France, où le groupe s'est retrouvé programmé pour la première fois de sa déjà longue carrière sur les grosses radios FM, télés, etc.. Cet album était aussi un tournant stylistique, commencé sur Green : beaucoup plus acoustique, avec notamment l'introduction de mandolines, accordéons, claviers et autres instruments sortant du schéma classique guitare-basse-batterie. Dans la foulée, le groupe sort Automatic For The People, un album encore plus subtil et sombre. Et de nouveau quelque chose comme huit millions d'albums écoulés. Tout cela sans aucune grosse tournée : On a fait une tournée acoustique en 1991, des émissions TV, des shows radio, et une quinzaine d'apparitions surprises pour le plaisir, ou pour des concerts de soutient.
Mais maintenant, c'est l'artillerie lourde, la tournée mondiale, à la suite de la sortie en 1994 de l'album Monster, surprenant, totalement électrique, saturé, violent, sexuel, punk : C'est un disque bruyant. Si vous aimez les trucs plus calme, vous avez Automatic For The People, mais dans ce genre, personne ne pourra faire un meilleur disque, même pas nous. Alors, on s'est dit qu'on voulait aller sur la route, et qu'on allait enregistrer un album dans ce sens. Je n'étais pas très intéressé par une tournée acoustique. J'aime toujours autant jouer du rock.
Peter va me chercher un café (on rêve !), et on parle des chroniques des concerts.
Je ne les lis pas. Je sais qu'à Sidney, un petit malin a fait un papier sur le concert très défavorable : il a dit qu'on ne jouait pas assez de vielles chansons, que c'était trop fort, et qu'il y avait du feedback ! Exactement ce qu'on voulait, tout cela est intentionnel ! On change le set tous les soirs, même le premier morceau. On a répété environ 45 chansons, et on en joue 25 par date. Et on en écrit de nouvelles tout le temps, il y en a déjà une intégrée dans le show.
ça, c'est leur truc, à R.E.M., déjà en 1987, pour la tournée qui suivait Document, ils jouaient « Pop Song » et « Orange Crush », qui ne sortiraient qu'en 1989 sur Green.
Il y a bien des morceaux que vous jouez tous les soirs ?
Oui, on fait Monster dans sa quasi-intégralité, et trois ou quatre des deux albums précédents. « Losing My Religion » et «"Everybody Hurts », bien sûr, mais aussi par exemple « Trying Not To Breathe », j'aime vraiment cette chanson, ainsi que « Man On The Moon ». Pour le reste, on décide au jour le jour. Chaque chanson que nous jouons est une chanson que nous aimons toujours ! Certaines... Ce n'est pas qu'elles ne nous plaisent plus, mais à force de les jouer, ont perdu de leur fraîcheur. Tu sais, pour que chaque spectateur entende son ancienne chanson préférée, on devrait jouer 24 heures d'affilée ! Ça ne m'intéresse pas, on veut juste être les meilleurs possible. Et je suis plus intéressé par le futur que par le passé.
Je lui dis pourtant que je les ai vus à un de leur premier concert à Paris. Aux Bains-Douches ? Oh, ça c'était le... 26 novembre 1983, je crois (renseignements pris, le 24, pas mal quand même...).
Non, à l'Eldorado, ça devait être la deuxième fois, en 1984...
Ah oui, attend... Floo Flash(là, je crois rêver, qui se souvient de Floo Flash EN FRANCE ? Mais ça n'est pas fini...) a joué en premier, et aussi Fixed Up qui a fait notre première partie sur plusieurs dates. Ils étaient bons, vraiment bons. J'ai un de leur disque à la maison. Ils sont encore ensemble ?
(éberlué) Euh, non, je ne crois pas... Vous si, par contre. Ça fait un bail que ça dure, finalement.
Nous sommes amis, s'il y a un problème, on en parle. Mais c'est vrai que sur notre parcours, j'ai vu, dans le même temps, des tas de groupes de former et se séparer. Regarde Nirvana, ils ont du commencer vers 1988, nous on jouait déjà depuis sept ou huit ans ensemble.
Au cours du concert électrisant que donne R.E.M. me soir même, Michael Stipe s’écrie soudain : "This is for Kurt !". Suit l'intro que tout le monde reconnaît, méga-ovation pour "LOSING MY RELIGION". La foule est debout et chante en chœur. J'ai des frissons (il fait 35 degrés). C'est ça, un tube. Énorme, indiscutable. Ce groupe est tellement bon, tellement adorable, charismatique et puissant, qu'on a envie de leur dire merci. Mais ce sont eux qui remercient. "Vous l'aviez peut-être déjà entendue à la radio..."
Par la suite, R.E.M. perdra son batteur, Bill Berry (pré-retraite), continuera en trio, publiant des albums moins évidents, comme New Adventures in Hi-Fi (1996), moins bons, comme Up (1998), plus calmes, comme Reveal (2001), plus anodins, comme Around The Sun (2004), plus live, comme R.E.M. Live (2007, leur premier !), en restant toujours un groupe exemplaire.
Unis (refus de remplacer un membre lors de la tournée Monster et toute la série de tuiles qui leur sont tombées sur le coin de la figure), simples (on peut réellement les rencontrer dans la rue ou dans un bar, chez eux, à Athens, et ils ne s'enfuient pas), intelligemment engagés (dans des luttes environnementales, principalement à l'échelle locale), inspirés avec constance (pas de mauvais albums, plusieurs chefs-d'œuvre, tous différents) et intacts malgré le succès, Stipe, Buck et Mills appartiennent à une catégorie d’artistes très rares dans le monde du rock : les humains !
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