Videos disponibles en bas de page :
un live de Carlos Santana à Woodstock avec « Soul Sacrifice »,
un duo avec Eric Clapton au Crossroads Guitar Festival
et aussi un clip de son duo avec John Lee Hooker « Chill Out »
A ne pas rater !
Carlos Santana affiche aujourd’hui sereinement ses 60 printemps, dont 40 passés à parcourir les scènes du monde entier… C’est en effet en 1966 que commence la carrière du Santana Blues Band, à San Francisco en pleine période hippie. Aux côtés du guitariste d’origine mexicaine (il est né le 20 juillet 1947 à Autlan de Navarro, au Mexique), on retrouve Gregg Rolie aux claviers et au chant, David Brown à la basse et un très jeune prodige, Mike Shrieve à la batterie. Le groupe, comme son nom l’indique, joue du blues, évidemment teinté de psychédélisme (à San Francisco à la fin des sixties, on pouvait difficilement faire autrement), mais va bientôt ajouter une coloration latino totalement originale pour l’époque, devenant ainsi une sorte de pionnier de la « world music », avec l’apport de deux percussionnistes, José Chepito Areas et Mike Carabello. Symboliquement, la formation simplifie son nom en… Santana. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il s’agit d’un vrai groupe dont Carlos n’est que le guitariste. A bien des égards, Rolie apparaît comme le leader.
Ceci ne dérangera jamais Carlos Santana, qui laissera toujours ses collaborateurs prendre la lumière sur le devant de la scène, ce qui lui permettra de se concentrer sur la musique et sur son jeu de guitare. Cette humilité trouvera d’ailleurs son aboutissement en 1999, sur l’album de son grand retour, Supernatural, et sur les deux suivants, basés sur des duos et des collaborations multiples, où le maître guitariste semble parfois n’être qu’un simple accompagnateur sur son propre disque !
Cette première formation mythique gravera trois albums d’une musique pulsante et chatoyante, oscillant entre salsa, rhythm’n’blues et pop, dominée par l’orgue Hammond en nappes vibrantes et la guitare, encore relativement discrète, mais ô combien expressive de Carlos Santana… Le premier contient le tube « Evil Ways » et l’inoubliable « Soul Sacrifice » joué au festival de Woodstock (et immortalisé dans le film) auquel le groupe doit sa soudaine popularité. Le second, Abraxas (1970), est sans doute l’album le plus connu du groupe, avec ses hits « Black Magic Woman » (écrit par Peter Green pour son Fleetwood Mac) et « Oye Como Va » (de Tito Puente), qui illustrent parfaitement les deux tendances principales de sa musique, ainsi que l’instrumental devenu un véritable classique, « Samba Pa Ti ». Enfin, en 1971, pour son dernier album, le groupe s’étoffe d’un troisième percussionniste et d’un second guitariste, Neal Schon, qui entraînera ensuite Gregg Rolie dans l’aventure Journey, un immonde groupe de Hard FM insipide au succès immense (aux USA).
Après avoir joué avec Buddy Miles (ex-batteur de Hendrix), Carlos reforme Santana en 1972. Cette nouvelle formation enregistre quelques albums mythiques (Caravanserai, le triple live Lotus). Parallèlement, le guitariste explore une nouvelle voie alors très tendance, le jazz-rock, enregistrant Love Devotion Surrender (hommage à John Coltrane, l’un de ses héros) avec John McLaughlin et Illuminations avec Alice Coltrane (la veuve du saxophoniste). Il traverse également une période mystique, au cours de laquelle il suit les préceptes du Guru Sri Shimnoy et se rebaptise « Devadip »…
Mais en 1976, Amigos marque le retour du son Santana classique, avec le fameux hit « Europa ». Il produit alors quelques bons albums (le live Moonflower, Inner Secrets) avant de traverser, comme beaucoup, une période difficile dans les années 1980.
A la fin de cette décennie, notre Latin guitar-hero retrouve un peu d’inspiration, reformant son groupe avec d’anciens membres comme Rolie et Schrieve, publiant quelques bons albums solo (Blues For Salvador en 1987) et participant au grand retour de John Lee Hooker (The Healer en 1989). Pourtant, le début des années 1990 ne sera ni commercialement ni artistiquement très fructueux : Santana quitte Columbia, sa maison de disque historique depuis 22 ans, pour signer sur Polydor (Milagro en 1992, son 16ème album) puis sur EMI, sans renouer avec le succès. Ce qu’il va pourtant faire, à la surprise générale et de façon éclatante, en 1999.
Il retrouve alors Clive Davis, son ex-boss des grandes années Columbia, qui le signe sur Arista et lui concocte l’album de son grand retour, Supernatural. La recette est simple et efficace : sur chaque titre, Carlos effectue un duo avec une star au chant. On retrouve ainsi Eagle-Eye Cherry, Wyclef Jean, Lauryn Hill, Eric Clapton, Everlast, Dave Matthews et Rob Thomas, le chanteur de Matchbox 20 (un groupe énorme aux USA) pour le hit « Smooth ». Ce dernier se classe en tête des charts, ainsi que l’album, qui se vend à plus de 10 millions d’exemplaires et remporte huit Grammy Awards ! Du jamais vu pour Santana, même à la grande époque… Il répétera la formule avec Shaman en 2002 et All That I Am en 2005, avec un peu moins de succès à chaque fois.
Mais qu’importe : Santana a réussi sa résurrection, qui lui permet aujourd’hui de tourner dans les stades du monde entier avec un redoutable groupe de dix musiciens comprenant, entre autres, Chester Thompson, aux claviers depuis 1983 (ex Tower of Power), Dennis Chambers à la batterie (ex Funkadelic) et Raul Rekow, le « vétéran » présent depuis 1976, aux congas.
Soutenu par cette impeccable formation, Carlos Santana peut enfiler les hits et faire parler sa guitare au son inimitable, chaleureux et incisif. Sans oublier bien sûr sa marque de fabrique, ces très longues notes tenues, ce fameux « sustain » que des millions d’apprentis guitaristes perplexes essayent de reproduire depuis quatre décennies un peu partout dans le monde, hantant les magasins de musique à la recherche de la guitare, de l’ampli ou de la pédale d’effet qui leur permettra d’obtenir « le son de Santana ». Le vendeur, s’il était honnête, devrait leur répondre, « Désolé, les gars, ça n’est pas une question de matos. » Ça vient de l’âme, ça passe par le cœur et ça se transmet par les doigts…
© Stan CUESTA pour Hitmusemag.com / 23 Juin 2008
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Publié le 23.06.2008 à 11:12
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