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Publié le 04.08.2008 à 12:09
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Sonic Youth

Sonic Youth : sentinelles du rock


Rock

La soirée rock du festival Les Méditerranéennes de Leucate, le 4 août sur la plage Franqui, accueille Mademoiselle K, dEus et surtout Sonic Youth. Les new-yorkais, pionniers d’un rock bruitiste et élégant, seront également présents le 9 août aux Escales de Saint Nazaire, ainsi que le 29 août au Festival Jazz de La Villette pour un concert d’ouverture où, fidèles à leur goût pour les expérimentations les plus variées, ils inviteront divers jazzmen à les rejoindre sur scène.

DECOUVREZ LES VIDEOS “Little Trouble Girl”, “Nevermind”, ET “Sugar Kane” DE SONIC YOUTH

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Au tournant des 80’s, au cours de mon premier reportage à NY pour BEST à la recherche de mes héros rock comme Elliott Murphy, David Johannsen (NY Dolls), Garland Jefrreys ou Todd Rundgren, j’arpentais la plupart des clubs de la Grosse Pomme avec mon collègue du mag Heavy Metal, Brad Balfour. Et ce soir-là, Brad avait insisté pour que le taxi nous dépose dans un lieu improbable, dans le quartier des docks, un entrepôt où l’on avait dû vendre de la viande la veille.

Pourtant Brad avait raison, à l’intérieur il y avait foule et tout ce monde semblait tétanisé : il faut dire que de stridentes saturations soniques déchiraient l’air avec une rare violence. Sur scène, un groupe produisait ces complaintes post industrielles à la limite de l’insupportable où le jazz le plus free mordait sauvagement la punkitude. Et tout le monde semblait trouver cela génial. Normal, ce concept arty, cette tyrannie bruitiste et donc forcément révolutionnaire incarnait toute la perception du futur :  Sonic Youth venait tout juste de percuter la légende du rock. Plus tard durant les 90’s Sonic Youth s’assagit, sans pourtant jamais sacrifier ses rêves subversifs.

Et c’est justement cette épopée que notre journaliste Stan Cuesta a décidé de nous conter…il était une fois Sonic Youth !

 

Sonic Youth (« la jeunesse sonore ») a été formé en 1981 à New York par les guitaristes Thurston Moore et Lee Ranaldo. Tous deux avaient auparavant participé aux expériences extrêmes du compositeur Glenn Branca, célèbre pour ses symphonies de guitares électriques grinçantes, dissonantes et hurlantes, qui ont énormément influencé la direction qu’allait prendre leur groupe, complété par Kim Gordon, la petite amie de Moore, à la basse, Richard Edson à la batterie (rapidement remplacé par Bob Bert) et, pour très peu de temps, Ann Demarinis aux claviers. Sonic Youth fait ses premiers pas sur les restes de la scène No Wave new yorkaise (James Chance, Mars, DNA, etc.) dont il conserve certaines caractéristiques (l’amour des dissonances, du free-jazz, un côté arty) tout en y ajoutant une composante proche du punk-rock ou d’aînés légendaires comme le Velvet Underground. Le groupe publie ses premiers disques sur Neutral, le label de Branca. Blast First, un label indépendant créé pour lui et distribué en Angleterre par Rough Trade, sort ensuite Bad Moon Rising en 1985. A cette époque, le batteur Steve Shelley remplace Bert et la formation définitive est en place. L’album s’attire les éloges de la critique, fascinée par ce mélange totalement novateur de bruit et de rock’n’roll, et le groupe signe alors avec SST, mythique label pour lequel il enregistre deux albums qui marquent leur époque : EVOL (1986) et Sister (1987). Ceux-ci font de Sonic Youth l’un des favoris des college radios de cette fin des années 1980. Mais le chef-d’œuvre arrive l’année suivante : avec Daydream Nation, publié par Enigma, les quatre musiciens issus du rock avant-gardiste new-yorkais combinent les assauts soniques de leurs guitares en vrille avec un réel sens de la structure et de la mélodie. Le premier morceau, « Teen Age Riot », en est l’illustration parfaite, et devient une sorte de hit sur les college radios américaines. Le résultat, formidable d’inventivité et de fraîcheur, va chambouler le rock américain : en effet, à la suite de la faillite d’Enigma, en 1990, Sonic Youth signe sur Geffen, une major, sans rien renier de ce qui fait l’originalité de sa musique, dont il conserve le contrôle artistique absolu. Non seulement les quatre musiciens vont prouver que l’on peut fonctionner dans le système sans faire de concessions (le premier album publié sur Geffen, Goo, qui sort au moment de cette tournée, le prouve) et ainsi donner l’exemple à d’autres groupes issus de l’underground, mais ils vont également servir de directeurs artistiques ‘officieux’ pour Geffen en attirant les meilleurs groupes alternatifs du moment sur ce label, Nirvana en tête.

Goo poursuit la direction indiquée par Daydream Nation, en proposant ce qui ressemble à des chansons (« Dirty Boots », « Tunic » superbement chantée par Kim Gordon, hommage à Karen Carpenter) et en les subvertissant par tous les moyens possibles : longs passages instrumentaux hérités de l’acid-rock des sixties ou du free jazz, violence bruitiste et dissonances proches de la musique contemporaine, collaboration avec Chuck D de Public Enemy (« Kool Thing »), etc. A l’arrivée, on obtient un superbe album de rock totalement original et inimitable, conciliant l’expérimentation radicale et la pop la plus subtile (Thurston est un grand admirateur de Brian Wilson, le génie créateur des Beach Boys).

Sur Dirty, disque similaire paru en 1991 et pierre angulaire du rock américain des années 1990, le côté pop l’emporte plus encore que sur aucun autre, ce qui a pu le faire renier par la frange pure et dure de leurs fans, à l’instar du Nevermind de Nirvana avec lequel il a plus d’un point commun : même producteur, Butch Vig (qui s’est par la suite exprimé au sein de Garbage), même mixeur, Andy Wallace, et même label, puisque c’est sur les conseils de Moore et de Gordon que Nirvana quitta Sub Pop pour signer avec Geffen. Mais on pourrait aussi dire même qualité et même consistance, tant ce disque respire le chef d’œuvre. Chaque chanson est une petite merveille et l’une d’entre elles est même devenue un quasi-tube (« Sugar Kane »), sans que le groupe n’ait rien perdu de son originalité.

Experimental Jet Set, Trash and No Star suivra dans la même veine en 1994 (toujours avec Vig aux manettes) et deviendra le plus gros succès commercial de Sonic Youth (classé n°34 aux USA et n°10 en Angleterre), amenant le groupe à jouer en tête d’affiche de l’édition 1995 de la fameuse tournée Lollapalooza, à l’issue de laquelle il publiera Washing Machine.

Le groupe prend alors du temps pour construire son propre studio et lancer son propre label SYR (Sonic Youth Records) voué à publier des albums de recherche, principalement instrumentaux. Le troisième volume de cette série est réalisé en collaboration avec Jim O’Rourke, un musicien de Chicago innovateur, membre de Gastr Del Sol, groupe phare de ce que l’on appelle alors le post-rock. En 2000, celui-ci produit le nouvel album de Sonic Youth, NYC Ghosts & Flowers (qui fait suite à l’excellent A Thousand Leaves de 1998), sur lequel il joue également de la guitare. Il intègre finalement le groupe qui devient un quintet et le restera jusqu’en 2005, le temps de publier deux albums, toujours d’excellente facture, Murray Street (2002) et Sonic Nurse (2004).

Après le départ de O’Rourke, redevenu le quatuor d’origine, Sonic Youth sort Rather Ripped en 2006, un disque qui ne montre aucun signe d’essoufflement de la part d’une formation dont l’œuvre discographique, à l’image de ses prestations scéniques toujours passionnantes, est étonnamment constante, riche et dénuée de ratages !

 

Parmi les nombreux artistes fans de ces talentueux originaux, on trouvait Nirvana, qui avait toujours été en admiration devant Sonic Youth, ne se lassant pas d’en faire l’éloge. Krist Novoselic déclarait ainsi à Rolling Stone, en janvier 1992 : « On voulait faire aussi bien que Sonic Youth. On respecte énormément ces gens et ce qu’ils ont fait. On pensait qu’on vendrait 200 000 disques maximum, et que ce serait déjà pas mal (à l’époque de l’interview, Nevermind s’est déjà vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires). » Et Dave Grohl : « Nous pouvons nous rattacher à Sonic Youth, parce que nous sommes de la même école. On nous demande pourquoi ils n’ont pas vendu 500 000 disques, et ma seule réponse, c’est que les gens sont de foutus cons. »

 

Stan CUESTA



© Stan CUESTA pour Hitmusemag.com 4 août 2008

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