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Publié le 19.03.2008 à 18:10
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La Souris Déglinguée

Tai-Luc : Dans le jukebox de la souris.


Rock

Chanteur leader démocratique de son groupe, le légendaire LSD…La Souris Déglinguée, Taï-Luc a toujours eu une place privilégiée au Panthéon du punk- rock Hexagonal parmi quelques rares élus tels Mano Negra, Bérurier Noir, Pigalle ou les swinguants Washington Dead Cats. Après trop d’années de silence, la Souris fait à nouveau entendre sa voix rebelle à travers ce nouvel album « Jukebox » où le chanteur reprend à sa manière le rock mythique du Velvet Underground, Hank Williams…ou de Charles Aznavour. Gonzo-rencontre exotique et néanmoins rock and roll pour HMM.


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Ça avait été dur de convaincre le rédac’ chef de financerl e voyage. Je crois qu’il me soupçonnait de vouloir simplement passer quelques jours de vacances aux frais de la princesse. Mais quoi ? Interviewer Tai-Luc au bord du Mékong, ça avait tout de même une autre gueule que de le rencontrer dans un bar du 5e, non ?

Et c’est un curieux endroit que ce bar de Phnom Penh : Le Descartes ! Tenu par un Français expat’, le lieu ressemble à un authentique bistrot parisien. La déco cultive la nostalgie de la mère patrie. Jusqu’à ces écharpes de clubs de foot qui tapissent les murs...si ce n’étaient toutes ces escadrilles de moustiques voraces qui attaquaient en piqué tout autour de nous dans la lascive moiteur tropicale.

Le prétexte de cette rencontre, c’était la sortie de Jukebox, premier album solo de Tai-Luc, membre fondateur de La Souris Déglinguée. Quinze titres qui résument les influences du bonhomme, de Hank Williams au Velvet, en passant par le Lou Reed de Transformer, plus un ou deux détours par la chanson de rue signée Pierre Mac Orlan ou Jean-Baptiste Clément. Du grand art !
Un album sans compromis, joyeux, où chaque refrain, chaque note semble avoir été enregistré par un musicien en train de s’amuser. Ça faisait longtemps ! Trop longtemps.

Tai-Luc est un lève-tôt. Il m’avait donc convoqués à 10 heures du matin, autant dire aux aurores, pour un voyageur pas encore remis du décalage horaire. Quand je suis entré dans le bar, il m’attendait en lisant tranquillement un journal local, sirotant une imitation assez réussie de café serré.

J’étais convaincu qu’il était inutile de préparer des questions avant d’aller l’interviewer. Et je ne m’étais pas trompé. Il suffisait de s’asseoir, d’appuyer sur la touche « Record » et de laisser faire... Ce garçon fait partie des fondations du rock’n’roll parisien. Il a assisté à la première répétition d’Asphalt Jungle, en 1976, dans la cave de l’Open Market (lieu mythique du rock parisien monté par Marc Zermati qui employait parfois Yves Adrien parmi ses vendeurs). C’est tout dire. Et il ne faut pas le pousser beaucoup pour faire ressurgir sous vos yeux des épisodes méconnus de la grande saga du rock’n’roll.
J’aurais volontiers passé la matinée à évoquer ces figures légendaires, en goûtant des boissons du cru, mais l’heure tournait et Tai-Luc avait à faire. Il a donc fallu bosser un peu :


Comment est né Jukebox ?

Tai-Luc : En ce qui concerne le titre, tout d’abord… Actuellement, on entre dans une phase d’illettrisme globalisé et il fallait utiliser un mot simple. Si possible une syllabe ou deux. On (NdA – Ce « on » collectif désignera, tout au long de la conversation, La Souris Déglinguée) avait déjà utilisé ce mot dans une chanson, en 1988 : Rappelle-toi. « T’as un juke-box dans la tête, plein de rockabilly et de musique Oï… ». C’était le moment de le réutiliser. Il y avait aussi ce texte de LSD, enregistré en 1983, où je disais : « Mettez plus fort la musique, ça m’évitera de donner des coups de pieds dans le juke-box… ». Le juke-box faisait partie de notre univers. Quand tu allais dans un café de banlieue, voir même parisien, il y en avait toujours un. Aujourd’hui, tu as un écran plat à la place. Avec le boulevard des clips. Ce genre de réjouissances qui n’en sont pas…

On peut parler de ce mot bizarre qui apparaît sur les notes de pochette : « Musicomancie » ?

T.L. : Je voulais appeler l’album comme ça au départ. J’aime bien le mot chiromancie (NdA - Pour mémoire, la chiromancie est une activité divinatoire basée sur l’étude des lignes de la main.), le mot nécromancie aussi (NdA – Science occulte qui permet de prédire l’avenir en consultant les âmes des défunts.). Il y a une bande dessinée de Druillet qui s’appelle Eric, le nécromancien (NdA – Tai-Luc doit faire ici une confusion avec le cycle de Michael Moorcock qui, à ma connaissance, n’a pas fait l’objet d’une adaptation en bande dessinée)… Et puis, dans un univers plus proche du mien, autrement dit, asiatique, il y a le terme géomancie, que les Chinois traduisent par feng shui, qui serait une sorte de divination, par rapport au lieu où tu te trouves. Pour les Chinois, ça consiste à construire sa maison au bon endroit. Trouver le lieu approprié pour vivre.

Revenons à la musicomancie…

T.L. : C’est un mot que j’ai inventé, qui décrit la façon dont j’ai choisi les parties musicales de l’album, par recours à la divination… Mais ça devenait un peu ésotérique, c’est pour ça que l’album s’appelle Jukebox.

Cette technique divinatoire s’apparente-t-elle au jeu de tarot imaginé par Brian Eno ?

T.L. : Non ! Je vais tout de suite te préciser un truc : je n’ai jamais été un grand fan de Roxy Music. Sinon on s’en serait aperçu… À l’époque (NdA – Les seventies), il y avait la possibilité de devenir fan de Bryan Ferry, de David Bowie ou de Lou Reed. J’ai opté pour la troisième solution.

C’est une découverte pour moi, ton intérêt pour Lou Reed !

T.L. : On avait déjà enregistré en 1984, au moment de La cité des anges : There She Goes Again (NdA – Qui figure sur le premier album du Velvet Underground). Ceux qui connaissent La Souris Déglinguée depuis le début savent qu’on est des fans du Velvet. Mais ça m’énerve considérablement de lire ou d’entendre que le Velvet Underground, ça aurait donné Étienne Daho ou Duran Duran. En même temps, c’est normal que quelqu’un comme Lou Reed ait pu influencer des personnes aussi différentes. Quand j’écoute Étienne Daho, je sais reconnaître là où il a piqué des trucs à Lou Reed. Dans pas mal de morceaux de la Souris, il y a aussi du Velvet, mais c’est totalement méconnaissable.

Dans ce cas, par quel hasard la Souris n’a-t-elle pas été invitée à figurer sur la compile Les enfants du Velvet, sortie en 1985 par Virgin France, avec Étienne Daho, Taxi Girl, Les Rita Mitsouko, Marc Seberg ?

T.L. : Ça, c’est un truc qu’on n’a pas digéré. Maintenant, on s’en amuse, mais à ce moment-là, on était en édition chez Clouseau-Virgin, avec Constantin… On avait eu la très mauvaise idée de leur filer une quinzaine de nos morceaux en édition. Tu connais ces histoires de contrats de cession… À l’époque, on nous avait expliqué qu’il fallait donner 50 % de nos droits à un éditeur pour qu’il travaille à la promotion de « l’œuvre intellectuelle ». Quelle mauvaise idée… Clouseau-Virgin nous avait donc trouvé une télé. C’était l’émission de Jacques Martin. On s’était retrouvés à jouer devant un parterre de Français moyens et ce passage avait eu beaucoup d’impact. Parce que tous les mauvais garçons de l’époque qui venaient à nos concerts, le dimanche, ils mangeaient avec leurs parents. Pour ces « mauvais garçons » et ces « mauvaises filles », nous voir à la télé, c’était une soupape. Pour l’anecdote, à l’époque, c’était la très célèbre ex-future femme de notre président qui faisait l’attachée de presse pour son mari, Jacques Martin. C’est peut-être même elle qui avait choisi le morceau interprété : Parti de la jeunesse. Je ferme la parenthèse.

Oui, on parlait de votre absence de cette compile…

T.L. : Notre manager de l’époque parlait beaucoup, et ça s’était su qu’on avait enregistré une reprise du Velvet. Virgin avait noté quelque part l’idée, qui a abouti à cette compile réunissant tous les artistes de leur catalogue. Enfin… tout le monde, sauf nous ! Vingt ans après, j’ai rencontré Graziella (NdA – Graziella De Michele, également artiste Virgin) qui était sur la compile. Elle m’a dit qu’à l’époque, on lui avait fait écouter notre reprise, en « preview »… Mais pour le business, il était impensable de nous faire participer à quoi que ce soit.

Sur Jukebox, ce nouvel album consacré à des reprises, il n’y a pas moins de quatre morceaux du Velvet, plus un extrait de Transformer

T.L. : Et encore… je me suis restreint. J’aurais pu ajouter Waiting for the man. En revanche, ça m’aurait emmerdé de faire Heroin, parce que je ne suis pas connu pour la pratique de la poudre, mais c’est un morceau que je connais aussi par cœur. En fait, j’adore tous les morceaux du premier album du Velvet, et même ceux qui viennent après. Jusqu’à Coney Island Baby, tout me convient chez Lou Reed.

Berlin aussi ?

T.L. : Complètement ! Là où il y a du texte… Evidemment, Metal Machine Music, là, je ne verrais pas quoi reprendre. Ça annonce Metal Urbain, d’ailleurs… Avec mes camarades de LSD, on pourrait faire pratiquement tous les morceaux du Velvet. On pourrait sortir ça sous un faux nom, dans une collection cheap, comme dans les seventies, comme ces disques de « Burt Blanca chante Elvis » (NdA – Disques sortis sur le sous-label d’EMI, Music For Pleasure, et vendus 14,90 F dans les supermarchés).

Sur Jukebox, on ne trouve pas de reprises issues du punk…

T.L. : Les morceaux que j’ai choisis s’arrêtent en 73… Sur le disque, je joue toutes les parties instrumentales. Les grosses caisses qu’on entend sur l’album, c’est mon pied qui tape sur le plancher… Les « charley » sont faits avec un briquet. Les cymbales sont des cymbales asiatiques, celles qu’utilisaient mon père lors du nouvel an chinois… Pour faire un disque de reprises punks, j’aurais eu besoin de mes camarades. Je voulais obtenir un résultat un peu bizarre, avec cet album.

En effet, j’ai trouvé que tu rendais le Velvet carrément joyeux… Tu enlèves tout le côté « plombé par l’héro » du groupe, tu mets ainsi en valeur les chansons, le song-writing de Lou Reed…

T.L. : Si tu prends la base du Velvet, la batterie de Moe Tucker, il n’y a pas grand chose, c’est rudimentaire. Parfois, elle se contente d’un tambourin. Je me voyais mal en faire plus… Tu vas me dire qu’il y a Loaded et Live at Max’s kansas City… Mais là, elle ne joue déjà plus dans le groupe. C’est le frère de Doug Yule, qui était mineur à l’époque. Il allait encore à l’école... Mais j’aime bien cette période aussi. Je suis assez bon public avec Lou Reed.

Pourtant, tu t’arrêtes en 76, avec Coney Island

T.L. : Oui, parce qu’après, quand il enregistre Banging on my drums, j’aime bien aussi, mais ce que j’attends de Lou reed, c’est du texte… Là, il répète la même phrase pendant toute la chanson. Cela dit, ça préfigure ce qui va arriver, c’est à dire le punk. A ce moment-là, je suis influencé par d’autres choses. Ma génération a arrêté d’écouter Lou Reed en 76-77…

C’est quoi la réalité de cette génération en 1976 ?

T.L. : En 76, tu commences par découvrir le premier 45 tours des Ramones, Blitzkrieg Bop. Mais tu ne vas pas au concert des Sex Pistols au Chalet du Lac, parce que tu as vu leur photo dans le magazine Rock News où ils sont habillés avec des tee-shirts en bas résilles et des croix gammées. Tu as l’impression que c’est juste du prêt à porter. C’est une époque où tu es déjà confronté à la réalité suburbaine. Quand tu vas à Saint-Ouen, que tu portes des badges de Vince Taylor ou d’Eddie Cochran, que tu as les cheveux longs et que tu portes des santiags, dans l’ordre, on te demande : Combien tu chausses ? Quelle est la date de naissance d’Eddie Cochran ? Quelle est celle de Vince Taylor ? Si tu es assez bon, physiquement ou intellectuellement, tu t’en sors. Je peux dire que j’ai conservé toutes mes paires de santiags… Tu es dans un rapport de force permanent avec tes contemporains et, là, tu vois cette photo de quatre Anglais un peu extravagants... N’oublie pas qu’à cette époque, entre le moment où tu découvres la photo d’un groupe et le moment où tu écoutes sa musique, il s’écoule un certain temps…

Pas de chèque en blanc sur la foi d’une jolie photo…

T.L. : C’est ça. Tu aimerais juste savoir combien chaussent Johnny Rotten et Steve Jones... Finalement, quand tu vas à Camden Town, en mars 77, et que tu écoutes le test pressing du premier single des Sex Pistols sorti par A & M, tu découvres… l’enfer sur terre ! Ça, c’est formateur. Ensuite, tu vas au Nashville (NdA – Club londonien de l’époque), tu assistes aux concerts des Jam et de 999...

Et tu entres dans les ordres rock’n’roll !

T.L. : Et surtout, tu vas voir ta famille de réfugiés viets, aux Etats-Unis, en juillet 77. Et tous les soirs, tu vas écouter un groupe punk au « Gibus » de San Francisco. Tu vois The Avengers, Crime et tous les groupes de la Côte Ouest qui n’ont pas droit de cité au Whisky A Gogo (NdA – Club de l’aristocratie rock&roll, où l’on préfère les Doors et les Eagles). Tu lis le fanzine Search And Destroy, tu découvres The Dils, qui ont des chansons assez incroyables : Class War (« Guerre des classes »), I Hate The Rich… Et tu es vachement impressionné parce que ces mecs disent du mal de Kim Fowley ! Alors que toi, tu as été éduqué dans la révérence à Kim Fowley. Ils disent aussi du mal de Patti Smith… L’idée de Jukebox, c’est de s’arrêter avant toute cette période. Avant cette phase formatrice qu’est le punk.

L’age de l’innocence, juste avant le grand déboulonnage des idoles. Mais tu remontes encore plus loin, sur Jukebox. Tu vas aussi chercher du côté de ce que l’on appelle la « chanson de rue française»… Tu en écoutes beaucoup ?

T.L. : Je pense que j’en ai écouté plus que Patrick Bruel pour faire son disque…

Est-ce vraiment difficile ?

T.L. : Je l’ai entendu faire la promo de son disque de chansons françaises. Il disait qu’il avait acheté, avant d’entrer en studio, 200 CD à la FNAC… Ce qui veut dire qu’il n’en avait jamais écouté avant !

Mais j’imagine qu’au-delà de cette récupération nauséabonde, ce sont les interprètes « réels » qui t’intéressent, des gens comme Frehel…

T.L. : Je suis pas allé acheté des CD à la FNAC… Tous les disques de chansons françaises que j’ai, c’est du vinyle. Sur l’album, il y a Le temps des cerises. C’est un peu particulier, c’est une chanson que mon grand-père chantait. La personne que t’entends au début de la chanson, la voix qui vient d’outre-tombe, c’est mon grand-père. Il avait l’habitude de chanter ce morceau aux fêtes municipales et j’ai toujours conservé un disque pressé à un seul exemplaire où il est accompagné par la pianiste du conservatoire de la ville. Toute mon enfance, j’ai entendu cette chanson et je m’étais toujours dit qu’il faudrait que je la reprenne.

Il y a aussi une reprise de La Souris sur Jukebox : Tu voulais (grand-père). Il s’agit de lui ?

T.L. : J’ai du mal à dire que cette chanson n’est pas autobiographique… T’as dû sentir que c’était plus que vécu.

Tu reprends aussi Hank Williams... Que représente la country pour toi ?

T.L. : Récemment, on a beaucoup parlé de Johnny Cash, à cause du film. Mais en 80-81, dans les clubs de sous-préfectures ou de banlieue, à Saint-Michel Sur Orge ou Courbevoie, tu pouvais déjà entendre La Souris reprendre Folsom Prison Blues... J’ai aussi appris que Daniel Darc l’avait repris au Bataclan, l’année dernière...

C’était un moment magnifique. Ça constitue d’ailleurs le premier chapitre de mon prochain livre…

T.L. : Je me suis dit que, pour Jukebox, il fallait que je choisisse un morceau de celui qui a inspiré Johnny Cash. D’où cette reprise de Hank Williams. A ce propos, le petit fils de Hank Williams, Hank Williams III, va sans doute venir jouer en France. J’ai suggéré au tourneur qu’on assure sa première partie. Histoire de boucler la boucle…

Il semble en effet qu’après avoir sauté une génération (cf. Hank Williams Junior), le côté wild de la famille se soit réincarné à travers le troisième du nom…

T.L. : Oui, il joue dans la même catégorie que son grand-père… Et puis, ce qui m’intéresse aussi dans la country, c’est ces chansons controversées, celles où l’on parle de tuer des policiers. Ce qui m’amène à penser à Ice-T, qui avait dit dans un interview que « la country, c’est le rap des blancs ». Or, comme tu le sais, je suis blanc à moitié… Ice-T disait aussi : « Le meilleur rapeur des Blancs, c’est Johnny Cash. Même les Blacks n’ont pas osé écrire un truc comme ça : J’ai tué un mec à Reno, juste pour le regarder crever… »

On trouve aussi ce genre de violence, il me semble, dans la chanson de rue française, celle qui n’est pas présentable à la télé… On y parle aussi crûment de sexe. Le texte de Julie la rousse est complètement subversif.

T.L. : Ca tomberait presque sous le coup de la loi, aujourd’hui. Cette chanson pourrait être prise comme un éloge du proxénétisme… Et puis, un texte de chanson comme La fille de Londres (NdA – qui figure aussi sur Jukebox), écrit par Mac Orlan, ça ne peut être que bien. Quand tu compares ces gens-là avec les auteurs de chansons actuels… On se demande ce qu’ils ont fait du slogan de la SACEM : « Il faut rémunérer ceux qui nous font rêver ». Parce qu’ils ne nous font plus trop rêver… A propos d’auteur contemporain, je voudrais te raconter l’histoire de la chanson Banlieue Rouge, que j’ai voulu déposer à la SACEM en 1982On est en 2008 et la situation vient tout juste d’être régularisée. Jusqu’à présent, il y avait une certaine maison d’éditions qui faisait obstruction à ce que j’utilise ce titre, estimant que le terme « banlieue rouge » appartenait à un célèbre chanteur dont le nom commence par un « R » (NdA – Un nom qui ressemble à une marque de voitures... Eh non, ce n’est pas Peugeot !). C’eut été pas mal que ce monsieur, à un moment donné, se dise : « J’abuse, là ! J’ai pas inventé l’expression banlieue rouge… » Mais le blocage a quand même duré 25 ans... Parfois dans ce métier, on manque un peu de fair play.

Tu vas défendre ce nouvel album sur scène ?

T.L. : Non, ce n’est pas le but du jeu. Sur ce disque, je joue de tous les instruments. Pour respecter le concept, il faudrait que je monte sur scène seul… Mais on va reprendre certains titres avec mes camarades. Ce qui ne sera pas difficile puisque la plupart ont déjà été joués par La Souris. Enfin, pas Julie la rousse, parce que Cambouis, notre camarade batteur, n’est pas un fan de la « valse à trois temps »… Mais s’il a devant lui un parterre de « Julie la rousse », il se lancera peut-être, qui sait ?

Pour terminer, parlons un peu de La Bohème

T.L. : J’ai vu Aznavour en 75, à L’Olympia, pas complètement de mon plein gré d’ailleurs… J’ai le souvenir d’un chanteur sur un tabouret de bar. Avant ça, je ne pensais pas qu’on pouvait donner tout un concert assis sur un tabouret de bar, mais il m’a prouvé le contraire. Le morceau ne me fait pas trop penser au cliché « peintre montmartrois » qu’on lui associe. J’y reconnais plus le côté slave-arménien de son auteur et, curieusement, ça me fait penser à mon passage en URSS, en 83… En fait, j’associe dans mon esprit ces trois morceaux : La Varsovienne, Irina et La bohème. C’est dommage que le mot soit un peu récupéré, on parle des « bourgeois bohémiens » aujourd’hui… J’aimerais bien qu’on garde ce mot-là pour nous. Récupérons le Velvet et la bohème.

Rendez-nous le Velvet et la bohème, bande de fumiers !

T.L. : Concluons là-dessus. »


D’un revers rageur, j’écrasais un dernier moustique-vampire de la jungle avant de me lever pour laisser la nuit m’engloutir. Je ne sais pour quelle raison, j’avais ce bout de refrain de « Rock And Roll » qui pulsait dans ma tête :
« …and her life was saved by rock and roll ! ».



Pierre MIKAÏLOFF


Liens :


Site de La Souris Déglinguée : http://rayafanclub.free.fr/


L’album de Tai-Luc, Jukebox, est distribué par le label Clandestines (et disponible sur les plates-formes de téléchargement) :


Clandestines c/o Lima Sierra Delta, BP 39, 75221 Paris cedex 05


Mail : jukebox@clandestines79.fr




© Pierre MIKAÏLOFF pour www.Hitmusemag.com le 18 mars 2008

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