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Comme le Phénix renaît inlassablement de ses cendres, les B52’s reviennent à nouveau nous agiter joyeusement des séquences imparables de leur « Funplex ».
Mais ces jeunes gens qui n’ont publié en tout que 9 albums (dont le remix « Party Mix ») en près de trente années d’un exercice du rock aussi impertinent que festif n’en sont pas à leur premier come-back. Ainsi en 92, après presque quatre années d’absence, les B52’s réapparaissent comme des diables sortis de leur boîte pour ravir la première place des charts US avec leur joyeux « Good Stuff ».
Pourtant, cette année 1983, si je rencontre assez tardivement nos B 52’s à l’occasion de la publication de leur 5éme LP « Whammy », j’avais eu la chance de découvrir ces Athéniens bondissant pour la première fois sur scène au Palace en décembre 80 lorsqu’ils assuraient les premières parties des Talking Heads. Les deux groupes partageaient le même manager, Gary Kurfitz, un personnage haut en couleurs comme le rock and roll a pu en produire un certain nombre de spécimens au fil des années. (voir l’interview des Talking Heads sur hitmusemag.com)
Comment décrire la folle sarabande des Fiftytouze sur scène ?
Ultra-speedés, ultra-colorés, sans cesse dans le mouvement, nos nouveaux Athéniens semblaient propulsés à l’énergie atomique inspirée de leur patronyme.
Kate et Cindy portaient leurs coiffures choucroutes insensées, et les trois garçons tournaient autour d’elles comme les abeilles autour du miel.
« Planet Claire », mais aussi leur « Rock Lobster », leurs compositions et surtout leur son avaient déjà un pied dans le futur du siècle à venir.
Les B52’s étaient incontestablement le premier groupe de rock étiqueté « science-fiction ».
Trois ans plus tard était publié leur 5éme album « Whammy », au titre bulle de savon qui renouait avec l’esprit de fête insolent de leurs débuts.
Car il ne faut pas oublier à qui nous avons à faire. Les B 52’s ont démarré en jouant dans les parties de leurs potes avant d’investir les clubs de New York dans la foulée punky yankee des Ramones, de Blondie et des Talking Heads. Avec ses synthés, ses boîtes à rythmes, le groupe annonçait toute la New Wave à venir.
« Whammy » avec son clébard et cette poudre blanche en suspens sur la pochette incarnait le retour à cette insouciance.
Mon collègue de Best, Bruno Blum, avait chroniqué le LP dans le numéro précédent, écrivant que ce nouvel album « était gentil sans plus ». Moi au contraire j’avais craqué sur la spontanéité de ce « Whammy » après l’épisode quelque peu cérébral de leur précédent « Mesopotamia ». Et surtout j’avais le pressentiment que ce groupe saurait marquer durablement son époque.
Et de ce côté-là, les B 52’s ne nous ont pas trompé.
Mon seul regret dans cette interview c’est l’absence du 5éme B 52’s, le guitariste Ricky Wilson, le frère de Cindy, resté aux States pour cause de maladie. Nous sommes en 83 et deux ans plus tard, hélas à seulement 32 ans Ricky succombera au Sida. Keith le batteur se mettra alors à la guitare pour prendre la relève.
Le 6 août de cette même année 83, le chanteur Klaus Nomi s’éteint à NY : il sera la toute première victime « médiatique » du terrible virus.
Mais à la sortie de « Whammy », on ne songeait guère à se protéger contre ce fléau inconnu à l’époque.
Vingt-cinq années se sont écoulées depuis cette première rencontre avec le groupe d’Athens, pourtant les B 52’s n’ont pas changé, comme si le temps n’avait aucun pouvoir sur eux.
Leur nouvel album « Funplex » draine autant d’énergie que s’il avait été capturé durant les 80’s et ils n’ont pas perdu le moindre iota de leur humour légendaire.
Nous le prouverons largement en publiant prochainement l’entretien réalisé juste avant Noël 07 pour la sortie de ce 9éme et nouvel album studio.
En attendant, retour vers le futur des années 80 dans un improbable hôtel parisien en compagnie d’un groupe d’authentiques allumés.
Interview publiée dans le numéro 180 de Best en juillet 1983
sous le titre « Whammycalement vôtre ! »
B49, B 50, B51, B52's ... ça va, il ne manquait que Ricky pour compléter l'ensemble formé
par ces nouveaux Athéniens plus rebondissants que le Zébulon du Manège Enchanté. Prérogative du Rand R globe-trotter, j'avais découvert le nouvel album des B 52's quinze jours avant mes confrères. « Whammy", contrairement à « Mesopotamia », son prédécesseur, m'avait furieusement alpagué. Retour à la fraîcheur, au punch, les Fiftytouze renouaient avec un sens de l'humour acide que l'on croyait éteint depuis leur « Party Mix ». Bruno Blum avait croqué « Whammy » dans le Best précédent et j'avoue qu'il n'avait pas eu la dent très tendre. Polémiquons donc un brin: moi, j'aime « Whammy », la vie Whammy, l'atmosphère Whammy, la dialectique Whammy, l'amour Whammy. D'ailleurs, je me sens moi même très Whammy ces temps-ci, pas vous ?
« Sûr, c'est éléphantastiquement Whammy », reprennent en chœurs les B 52's en léchant
mon micro comme une lollypop. Cindy, Fred, Kate et Keith ont accepté de tracer pour Best
les grandes lignes de la philo Whamm.:
« Parlons un peu de la pochette, cette poudre blanche que vous jetez en l'air, c'est Whammy
ou de la cocaïne?
Fred: Rien du tout, c'est de la farine et elle n'a rien de Whammy. Tout réside, en fait,
dans le geste. La photo est signée William Wegman, un artiste assez connu à New York
pour les photos zarbis qu'il a faites de son chien. La pauvre bête subissait sans broncher
les perversions photographiques de son maître qui n'hésitait jamais à la saupoudrer de
farine ou à la travestir. Mais le chien vient tout juste de mourir. On adorait ses photos,
nous l'avons donc persuadé de nous laisser remplacer le chien.
Wegman est un Whammy complet, la preuve: lorsqu'il n'enfarine pas ses modèles, il leur
balance des fleurs.
Vous ne craignez pas de finir comme le chien?
Kate: Rassure-toi, William n'a jamais abusé de lui, mais maintenant qu'il a découvert les
gens, je ne crois pas qu'il ait à nouveau envie de se remettre au chien.
Donc, c'est bien de la farine?
F.: Si c'était de la coke, ne serions-nous pas en train de ramper sur le sol?
Non, en fait, nous détestons tous ces trucs parce que la loi s'y oppose. On est Whammy,
pas des outlaws.
Ronald Reagan (qui était au pouvoir à l’époque) n'aime pas trop cela et, nom d'un
petit Mc Carthy, vous ne voudriez pas le décevoir?
Cindy: Hum ... je parie que Ronnie en use et en abuse à son âge ; pour tenir,
il faut bien des vitamines.
Vous qui aimez les histoires de planètes, la candidature démocrate de John Glenn,
l'ancien cosmonaute, doit vous réjouir.
F.: Tas raison, mieux vaut une star du cosmos qu'un acteur de série B.
Résumons, si vous le voulez bien, ça nous fait 1 marchand de cacahouètes
(Jimmy Carter), 1 acteur de série Z (Reagan) et...
F.: S'il était, certes, un peu naïf, Carter avait au moins l'avantage d'être un humaniste.
Reagan s'en prend directement à nos libertés fondamentales, il se fiche pas mal
de l'environnement, par exemple. Aujourd'hui, le pays entier est en passe d'être pollué,
je crois que les gens sont enfin prêts au changement. Or, avec la force du Congrès, ils
peuvent faire infléchir Reagan sur les points les plus insoutenables de sa politique.
Ils l'ont forcé à se débarrasser de quelques membres du Cabinet (Conseil des Ministres)
qui n'étaient pas très nets. Le Congrès comprend enfin l'étendue du danger: la preuve,
certains Républicains s'allient aux Démocrates contre Ronnie. Ainsi, sous la pression,
Reagan a cessé de planter ses foutues centrales nucléaires un peu partout.
C'est drôle, j'avais la sensation que les « No Nukes » appartenaient à une autre
génération que la vôtre?
C.: Évidemment, nous n'avons pas l'âge de Jackson Browne !
F.: La protection de la nature est une des préoccupations essentielles des
Américains aujourd'hui.
C'est super Whammy, je présume?
F.: Extraordinairement Whammy ! D'ailleurs, faut-il encore le préciser, « Whammy»
est la dernière excitation explosive causée par ce groupe sauvage qu'on avait baptisé B 52's. K.: C'est un whopping dopping whammy nouveau.
Keith (qui se réveille): C'est une source de rafraîchissement après une dure journée d'enfer.
Au risque de poser une question particulièrement niaise, qu'est-ce qu'un Whammy ?
F.: C'est d'abord une description du son: « boingggg!!! boingggg III boingggg », comme un ressort de réverbe mais c'est aussi une force positive capable de vous envoûter, un coup de poing qui ne fait pas mal. Whammy est un terme vaudou qui traduit l'usage de la magie blanche. J'ajoute qu'un baiser whammy est le plus agréable de tous les baisers.
C.: Maintenant que tu fais partie des whammies, que penses-tu du nouveau B 52's?
Mes deux titres préférés sont « Legal Tender » et « Song For A Future Generation ».
C.: Pour « Future Generation », nous avons joué sur les extrêmes: la fille de Dracula
s'accouple avec le rejeton de Frankenstein, le cap'tain Kirk de « Startrek » s'identifie au
roi des Zoulous. En plus, chacun de nous se présente, car nous voulions lancer un
clin d'œil aux blacks et aux rappers qui lancent toujours leur nom dans les chansons.
En quelque sorte, c'est une rencontre du troisième type ; nous disons à ceux qui nous
Écoutent : « Rencontrez les B 52's ! »
En tout cas, ce « Whammy » est bien plus proche des deux premiers albums que de
« Mesopotamia » ... heureusement !
C.: Moi, je suis d'accord ; nous avons enfin retrouvé notre sens de la dérision et tu
sais que nous faisons très bien l'humour ensemble.
Pourtant, si nous avions demandé à David Byrne de produire « Mesopotamia », c'est
que nous avions envie de changer d'air et cette étape aura été bénéfique : avec
« Whammy « nous avons retrouvé notre flamme.
Qui est Stephen Stanley, votre producteur?
C.: Il a déjà réalisé notre « Party Mix » et aussi l'album du Tom Tom Club.
Steph est jamaïquain.
A quoi ressemble Athens, votre ville d'origine?
F.: Athens possède le charme du sud, puisqu'elle est située en Georgie et la pêche
d'une ville universitaire complètement à gauche. Tous les buildings et le campus
ressemblent à des temples grecs, mais les magnolias ont remplacé les oliviers !
C'est une ville pleine d'énergie, une ville fun où les groupes s'épanouissent.
Vous entendrez bientôt parler des Pylon's, d'Orion, de Limbo District.
Tous ces groupes sont distribués par DB's, un label local. (Qui avait édité le tout premier
single du groupe en 78)
Ke.: Cela dit, en ce qui nous concerne, nous avons partiellement déménagé pour New York.
Vous ne craignez pas de perdre vos racines?
C.: Aucun risque: nous possédons tous une série de racines auto-collantes que nous
posons partout où nous allons. Et ça, c'est superhyperbathement Whammy ! »
W-H-A-M-M-Y ... et je prends toutes les lanternes pour des vessies. Whammy, c'est
la poudre aux yeux comme la farine des B 52's: diablement addictif.
Comment m'en sortir ? Facile, il suffit d'organiser une compétition Whammy. Toute les
petites filles blondes peuvent tenter le test Whammy. Les candidatures seront adressées
à Best, 23, rue d'Antin, 75002 Paris avec une photographie, Bruno Blum et
moi-même nous ferons une joie de départager les plus Whammy d'entre toutes. Boiongoinoingggg !
GBD
Publié dans le numéro 180 de Best de juillet 1983
© Gérard BAR-DAVID / Hitmusemag.com mars 2008

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Publié le 14.03.2008 à 12:14
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