Quand, en octobre 1982, les Clash se sont produits au Shea Stadium à New York (comme les Beatles en 1965) en première partie des Who devant 70 000 spectateurs, le quatuor propageait bien autre chose que le punk rock essentiel et instinctif de ses débuts. Sa musique s’était ouverte au rap naissant, au Dub, mais aussi à ce qui allait un peu plus tard prendre l’étiquette de World. Un album restituant ce concert vient juste de sortir. Un bon prétexte pour revenir avec Mick Jones, l’un des deux guitaristes chanteurs du groupe, sur une époque aussi charnière qu’excitante.
DECOUVREZ LE LIVE DE THE CLASH AU SHEA STADIUM
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« Quand avez-vous remis la main sur les bandes du concert de Clash au Shea Stadium ?
Mick Jones : Au moment où l’on voulait sortir un album live appelé « From Here To Eternity » (qui est paru en 1999), on s’est mis à chercher des bandes qui devaient traîner un peu partout. Et Joe Strummer a retrouvé celles-là. Dans un coin et couvertes de poussière. En fait, sur « From Here To Eternity », qui rassemblait des extraits de différents concerts, on a gardé qu’un seul titre du Shea Stadium. Mais il y avait toujours la possibilité de sortir un jour un disque d’un concert entier de Clash. Ce qu’est « Live At Shea Stadium », enregistré par Glyn Johns qui à ce moment-là bossait avec nous mais aussi avec les Who.
A l’époque, vous étiez conscient que ces enregistrements pouvaient donner un bon album ?
M.J : Durant notre carrière, on a souvent enregistré nos concerts, mais sans pour cela penser à sortir des albums live. Nous n’avions vraiment pas de projet de ce côté-là. Ce qui est bien avec ce disque, c’est que l’on entend très clairement ce que chacun d’entre nous fait dans son coin, et le son que ça donne au final. C’est comme ça que ce produit la magie…
Vous rappelez-vous comment les Who vous ont contactés pour vous demander de faire leur première partie au Shea Stadium ?
M.J : Ce que je me rappelle c’est qu’ils nous avaient demandé de participer à leur « tournée d’adieu », à la fin 1982. On a alors pensé que c’était pour nous une excellente opportunité, un privilège, et que ça allait beaucoup nous aider pour la suite. En fait, au départ, on venait des mêmes quartiers de Londres qu’eux, et nous avions toujours pensé qu’il existait une sorte de lien entre nous. Je crois me souvenir que c’est Pete Townsend lui-même qui nous a appelé pour nous demander de jouer avec eux. Nous adorions les Who, mais nous savions aussi que Townsend aimait ce que nous faisions. D’ailleurs, quelques années avant, à Brighton en 1980, il nous avait rejoints sur scène pendant notre morceau « Clash City Rockers. » Quant au fait de jouer au Shea Stadium, pour nous ça évoquait d’abord le concert de Beatles au même endroit. Ça évoquait bien sûr aussi le football et le baseball.
A leurs débuts, les Clash interprétaient une chanson appelée « I’m So Bored With The USA » (« les USA m’emmerdent »). Quelle était votre vraie position par rapport à l’Amérique à cette époque ?
M.J : « Bored With USA » a même été la première chanson que l’on a jouée sur scène aux USA ! Mais elle ne voulait absolument pas dire que l’on n’aimait pas l’Amérique, elle parlait juste de l’américanisation de la culture britannique. Ce qui n’a rien à voir. On avait fait partie d’une génération qui avait découvert l’Amérique par la TV, et nous avons ensuite adoré aller pour de vrai aux USA, où il y a des endroits magnifiques, pour y rencontrer les gens.
Quelles ont été vos réactions quand vous vous êtes retrouvés au Shea Stadium, devant un public qui n’était pas forcément le vôtre ?
M.J : C’était terriblement excitant de se retrouver face à une telle marée humaine. Déjà, les loges étaient bien plus grandes que certains endroits où les Clash avaient joué. C’était déjà très impressionnant de rentrer dans les coulisses (rire). C’était aussi très drôle d’être dans une sorte d’énorme vestiaire de sport avec un buffet dressé comme pour un empereur, une table de ping-pong et des battes de baseball. On n’arrivait pas à y croire ! D’ailleurs, on a joué au baseball jusqu’au moment de monter sur scène.
Que vous rappelez-vous du concert lui-même ?
M.J : Je me rappelle être monté sur scène, m’être rendu compte que la nuit était pluvieuse et qu’il y avait un énorme mouvement de foule qui s’écrasait sur la scène. Les videurs aidant les personnes à passer par-dessus les barrières de sécurité. Avec la pluie, les parapluies et les drapeaux qui s’envolaient ça ressemblait à une scène d’Apocalypse Now !
Clash avait commencé par se produire dans des petits clubs où vous étiez proches de votre public, et là vous vous retrouviez à jouer dans des stades immenses. Vous arriviez à assumer ce changement ?
M.J : On y a pas trop pensé, mais on a fait certaines choses que les autres groupes punk anglais, apparus en même tant que nous, n’avaient jamais tenté. Et on a assumé pleinement tous ces chalenges. Certains nous ont bien sûr reproché de renier nos idéaux de départ, mais en fait ils ne devaient pas bien savoir de quoi ils parlaient ; car nous n’avons jamais tourné le dos à personne. On a même toujours fait attention à rester le plus proche possible des gens. On n’a d’ailleurs jamais pensé que des gens aient été déçus par le fait que nous soyons produits au Shea Stadium, au contraire, on a plutôt pensé qu’ils étaient fiers de nous ! »
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