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C’est vrai, the Fray ressemble à un groupe pop rock US comme les autres. Propres sur eux et plutôt mignons, sur scène ils séduisent les filles comme les autres. Sauf que the Fray n’est pas tout à fait constitué de gras comme les autres. Les quatre membres du groupe ont fréquenté des écoles catholiques et à ce jour ils sont tous déjà mariés ou fiancés. Et, bien entendu, ils ont fait vœu de fidélité, une promesse qu’ils respectent malgré toutes les tentations que Dieu peut mettre sur leur chemin.
Aux USA le « Christian rock » est un genre en soi, populaire et puissant, avec ses propres circuits un peu à la manière de la country.
Pourtant the Fray ne revendique en aucun cas cette étiquette de rock ‘n foi. D’ailleurs leurs chansons ne font aucun prosélytisme, même si on est loin de l’esprit « sex, drugs and rock & roll ». Car les compositions de leur premier CD « How To Save A Life », au-delà de ce titre un poil missionnaire, sont super agréables, pop, légères et insouciantes, bref emprunte de fraycheur !
Au balcon de l’Elysée-Montmartre, je retrouve le chanteur Isaac Slade et le batteur Ben Wysocki pour une conversation impromptue sur le ski, le rock, Dieu…et les filles !
« Vous êtes de Denver, Colorado. Vous devez être de vrais champions de ski avec toutes ces montagnes ?
Isaac Slade : Je skiais énormément, c’est vrai. Mais c’était il y a quelques années, je skiais souvent avec mon grand-père. Lorsque nous étions gamins, chaque week-end, les samedis et les dimanches, il nous amenait en randonnée de ski.
On y passait aussi nos vacances d’hiver.
C’est loin de Denver pour trouver la neige et les pistes ?
I.S : Une heure environ, ce n’était vraiment pas très loin. On avait un petit chalet là-bas, on y allait tout le temps. Il n’y avait même pas le téléphone, c’était très fun.
« Over My Head », la chanson qui vous a propulsé est aussi sous-titrée « Cable Car » (Tramway) pourtant il n’y a pas de tramway à Denver, non ?
I.S : Non. Le prénom de mon frangin est Caleb et sa petite amie l’a surnommé « Cable Car ». C’était devenu son surnom. Mais un jour Caleb et moi on s’est vraiment disputés c’est à ce moment que j’ai écrit cette chanson en pensant à lui. Et le titre est resté « Cable Car ».
Pas de rapport avec Marlon Brando et « Un tramway nommé désir » ?
I.S : Aucun rapport.
Ça me rassure car j’étais bien certain que seul San Francisco avait des tramways et non pas Denver. Donc c’est le surnom de ton frère, d’accord.
L’autre énigme concernant the Fray c’est que cet album « How To Save A Life » est millésimé 2005. Il est donc sorti aux USA depuis déjà trois ans…et vous voilà seulement en Europe. Ce fut une très longue traversée !
Ben Wysocki : C’est une question intéressante car c’est excitant de voir enfin quelque chose se passer dans cette partie du monde aussi longtemps après que cela se soit passé aux US. Car chez nous, nous en sommes arrivés à ce point où nous sommes presque fatigués de faire encore et encore ces mêmes chansons, mais surtout elles sont devenues très familières à pas mal de gens. Ce qui n’est pas nécessairement négatif, mais ce n’était plus quelque chose de neuf. Comme si nous n’étions plus tout à fait un groupe neuf. On est arrivé à ce point. Cela donne différents types d’énergie lorsque tu n’es plus un jeune groupe qui démarre. Mais lorsque nous venons ici jouer pour la toute première fois devant ces gens qui nous découvrent pour la première fois aussi c’est comme si on se retrouvait à nos débuts. Ici à Paris nous sommes effectivement à nouveau ce groupe neuf et c’est particulièrement grisant.
Vous vous sentez « comme vierge » en référence à la chanson de Madonna « Like A Virgin » ?
I .S: Oui « touched by France for the very first time ! » (oui touché par la France pour la toute première fois !) (rires)
La radio vous a révélé, la télé vous a popularisé grâce aux séries, où seriez-vous aujourd’hui sans ces mass medias ?
I.S : Cela nous a tout de même pris trois ans et demi pour susciter un vrai following de la part des fans. Une base vraiment solide qui s’est d’abord manifestée sur internet. Car au début, on a eu vraiment très peu de radios.
Heureusement c’est par la scène que nous avons fini par convaincre car le public venait nous voir et revenait nous voir à chaque fois même s’ils n’étaient pas des milliers. Mais la TV et la radio se sont emparées de nous et nous ont médiatisés aux quatre coins du pays.
Je pensais surtout aux séries TV comme Grey’s Anatomy qui vous a popularisé en diffusant la chanson « How To Save A Life » !
I.S : Oui la chanson a été diffusée dans absolument toutes les séries médicales possibles et imaginables.
Vous n’avez pas eu Docteur Kildare ! (première série médicale aux US de 1961 à 1966 interprétée par Richard Chamberlain)
I .S: Ah c’est vrai, mais là il nous faudrait aussi la machine à remonter le temps.
Tu n’es pas fan de TV ?
I.S : Je regarde très peu de programmes. J’aime mieux mater un DVD et je les regarde encore et encore sur mon iPod, mais pour ce qui est de me poser et de regarder, je ne risque pas d’être tenté car je n’ai même pas de téléviseur.
Musicalement votre son est très américain. On doit vous comparer à Eagles, Poco et aux Counting Crows ?
I.S : J’adore Poco et c’est vrai que les Counting Crows ont une énorme influence sur nous. Car ils écrivent tant et tant de textes. Le chanteur pourrait sans mal être romancier s’il n’avait pas cette voix super. Pour moi j’ai toujours pensé que c’était une super opportunité de pouvoir faire passer ses émotions et de pouvoir s’exprimer dans ses textes.
Et Jimmy Eat World ?
I.S. : On les écoute énormément c’est vrai. Mais je ne les ai jamais vraiment rencontrés. Ils ont su emmener le rock Emo vers un truc bien plus général.
Il y a aussi le chanteur pianiste en commun.
I.S : L a relation entre le piano et la batterie a toujours été géniale dans ce groupe. Alors, c’est vrai qu’ils ont su nous inspirer comme Keane. U2 aussi a intégré le piano depuis toujours.
Soyons honnêtes. J’ai fait une recherche Google news sur the Fray et le premier article sur le quel je suis tombé c’est un entretien pour un mag catho !
Où vous expliquiez que vous êtes tous de bons pratiquants, que vous êtes tous allés dans des écoles catholiques, que vous continuez à fréquenter l’église…ce côté très religieux est-il un élément de the Fray ?
I .S: On fait assez attention d’être un groupe avant tout. Quand je bossais chez Starbucks Coffee, je ne disais pas : « Bonjour, qu’est ce que je vous sers ? Et au fait vous connaissez Dieu ? »
Il existe un niveau professionnel. Je crois que les fans craquent sur nous d’abord grâce à notre musique, à cause des instruments dont nous jouons. Mais s’ils sont intéressés par nos convictions religieuses, on sera ravi d’en discuter ; mais pour nous la priorité est de nouer un lien avec les gens.
Et le mot « chrétien » signifie tant de choses différentes à tant de gens différents que nous devrions nous poser pour en parler.
« Pour toi c’est quoi être chrétien ? » . Et la plupart diront pour moi c’est cela.
Alors nous serions forcés de répondre : « Okay, je ne me sens pas chrétien. »
Vous sentez-vous proche de U2 qui ne pratique pas de Christian rock sans toutefois cacher ses profondes convictions catho y compris dans les thèmes et les images abordés par les chansons ?
B.W : Je crois que U2 a fait un super boulot. Ils sont tout ce qu’on peut espérer de réussir. Ils ne prêchent pas ou n’essaient pas d’imposer ce qu’ils croient. Ce n’est pas leur but ; ils sont là avant tout pour nous électriser par leur musique.
Mais parce qu’ils sont eux-même de manière spirituelle, que cela transparaît forcément dans les chansons. Car ce qu’on fait touche à l’art. Et l’art n’est qu’une question d’expression, montrer ce que tu possèdes vraiment au fond de toi.
Vous êtes tous mariés ou fiancés stables et vous ne fréquentez pas les groupies.
I : Plein de groupes continuent à profiter du « sex, drugs & rock and roll » et c’est super, ils font leur truc et ils s’éclatent. Mais en ce qui nous concerne, rentrer à la maison et retrouver ma femme dans la plus belle des relations qui me soient arrivées car on se connaît depuis des années et des années, cela vaut vraiment le coup. Ca vaut toutes les groupies du monde.
Car partout où nous allons nous rencontrons ces filles superbes, des filles géniales, mais elles ne nous connaissent pas pour ce que nous sommes vraiment. Elles ne connaissent pas notre côté obscur. Elles voient juste les photos de presse et cette image positive qui est la nôtre. Nos femmes savent tout sur nous, y compris tout ce qu’on peut avoir de négatif. Et pourtant, elles demeurent toujours avec nous.
Et elle sait tout ce qui s’est passé la nuit dernière ?
I.S : (rire) Non.
Alors maintenant, elle sait !
Vous travaillez sans doute déjà à un nouvel album ?
B.W : Depuis ces deux ans, c’est évident que nous avons engrangé pas mal de nouveaux titres. Mais nous avons des difficultés à composer en tournée car on a la sensation que cela touche à deux différentes parties de nos cerveaux.
Lorsque nous sommes en tournée, nous avons tendance à nous concentrer pour arriver à survivre et à jouer correctement tout en demeurant en bonne santé. Et, dans ce cas, c’est dur de faire fonctionner aussi l’autre coté de ton cerveau. Mais depuis quelques mois nous avons cessé de tourner et nous avons pu rentrer chez nous, alors nous en avons profité pour mettre à plat nos idées accumulées depuis deux ans. Et cette tournée va s’achever dans juste quelques jours, on va rentrer à la maison et continuer à bosser. Je pense que les six prochains mois seront consacrés à la composition des nouveaux morceaux. Et si tout va bien, le second album sortira à la fin de l’année prochaine.
Vous faites des nouveaux titres sur scène ?
I.S : Oui, au moins deux nouveaux morceaux. Pour nous c’est toujours le meilleur des tests de voir de quelle manière réagit le public.
Il y a un titre intitulé « Amistad » comme le film de Spielberg.
Cela raconte une rencontre avec Dieu au coin d’une rue et toutes les questions qu’on peut avoir envie de lui poser. Et l’autre c’est « Ungardly Heart », un titre un peu mélancolique.
Votre premier CD n’a pas été enregistré à Denver ?
I.S : Non nous avons enregistré en Indiana car Mike Flynn ??? et le mec de la maison de disques avait des connections là-bas. Un studio qui appartenait au guitariste de John Mellencamp. Cette fois, nous espérons aller à Sausalito, en Californie juste à l’autre extrémité de la baie de San Francisco. Carlos Santana y a souvent enregistré, mais ce n’est pas son studio perso, c’est le Plant Studio qui était avant le fameux Record Plant ou tant de gens ont fait des albums légendaires.
Votre cover de « Happy Xmas War Is Over » (composée par Lennon contre la guerre du Viet Nam) c’était contre la guerre en Irak ?
I.S : D’abord on adore la chanson et pour faire une chanson de Noël on ne voulait pas d’un truc traditionnel ringard. C’est d’abord pour cela qu’on l’a choisie : parce que c’était une super chanson.
On pense aussi que la guerre soit juste ou qu’elle ne le soit pas, trop de vies ont été gâchées des deux cotés. Le coût humain est élevé comme à chaque fois qu’un peuple tente de s’emparer du pays d’un autre peuple. On pensait donc que cette chanson collait vraiment à la situation d’aujourd’hui.
La guerre est toujours la pire des solutions depuis toujours.
Le nom du groupe vient du vieux français « frayer » qui a donné « défrayer » et « effrayer » , n’est-ce pas ?
I.S : C’est vrai, désolé, j’espère qu’on ne vous effraie pas trop ! »
Propos recueillis par
Gérard BAR-DAVID

Artiste : THE FRAY
Album « How To Save A Life »
Label : Epic (dist.Sony-BMG)
© Gérard BAR-DAVID / Hitmusemag.com Mars 2008
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Publié le 04.03.2008 à 12:53
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