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On pouvait s’en douter, «Shine a Light » n’est pas le meilleur film de Martin Scorsese, ce n’est pas non plus le meilleur concert filmé des Rolling Stones ; c’est simplement un vrai spectacle, remuant, vivant, pouvant convenir aux petits (pour eux il y a un duo avec Christina Aguilera) et aux grands (Buddy Guy, Bill Clinton !). Le spectateur étant de toute façon heureux de bien voir et entendre les Stones ailleurs qu’au fond d’un stade gigantesque… Visuellement, les bons moments sont là, musicalement c’est un best of quasiment imparable. Seuls les fans des années rebelles ou déglinguées du groupe vont regretter que le côté « respectable » l’emporte désormais sur le reste et que dans la chanson « Some Girls », par exemple, on n’entende plus « Black girls just want to get fucked all night », désormais jugé trop sexiste et raciste. De la même façon, le fameux « Qui a tué les Kennedy ? Quand après tout c’était vous et moi… » de « Sympathy For The Devil » est évacué : la présence de Bill et surtout de Hillary Clinton dans la salle n’est bien sûr pas étrangère à cette « omission »… les Stones l’avaient pourtant interprétée sans rien changer devant feu John John Kennedy, Rédac’ chef du mensuel George et fils du Président assassiné à Dallas !
Autre temps, autres mœurs…
Sinon, les pierres roulantes roulent aujourd’hui très bien, et la montée en puissance de Ron Wood, qui compense parfois certains petits manquements de Keith Richards (comme on l’avait vu au Stade de France en 2006), est une vraie bonne nouvelle. Ron Wood, que l’on voit à l’écran jouer de la pedal steel guitar, rigoler ou faire glisser avec précision son bottleneck, était au départ un grand fan des Stones. Cela fait maintenant trente-trois ans qu’il se produit avec eux. Il nous livre sa version perso de la légende des Stones.
« Bien avant de jouer avec eux, vous évoluiez déjà dans les mêmes sphères musicales Londoniennes que les Stones?
Ron Wood : Dans les sixties, j'avais déjà participé à certaines sessions où ils étaient présents. Mick Jagger, Charlie Watts, Nicky Hopkins, qui était leur pianiste à l’époque, passaient parfois pendant certains enregistrements produits par Andrew Loog Oldham, leur manager qui avait monté son propre label de disques "Immediate". Je suis par exemple à peu près certain qu’ils étaient dans le coin quand je faisais des parties de guitares sur un morceau de P.P Arnold, une super chanteuse black.
Quelques années plus tard, Keith Richards s’est même installé chez vous…
Ron Wood : C'est parce qu'un soir, mon ex-femme avait rencontré Keith dans un club de Chelsea où elle allait souvent. Comme il avait une embrouille avec des types et qu'il ne savait pas trop comment s'en sortir, elle lui a proposé de venir chez nous alors que je travaillais sur mon album solo. Il devait juste passer une nuit à la maison, en fait il y est resté pendant quatre mois...
C’est pour cela que sur votre premier disque, « I’ve Got My Own album to Do » (sorti en 1974), on entend Keith Richards, mais aussi Mick Jagger… C’était votre première collaboration tous ensemble ?
Ron Wood : Oui. Dessus, il y avait aussi la meilleure rythmique de l'époque, Willie Weeks et Andy Newmark. Sur "I've Got My Own Album to Do", en effet, Keith avait fait un sacré boulot. Il jouait même du piano sur le titre qu'il avait signé avec Mick (Jagger) : "Sure The One You Need"…
Keith Richards a même assuré la promotion du disque, puisqu’il est monté sur scène avec vous à l’occasion de la sortie…
Ron Wood : Super show ! C'était vraiment du rock'n’roll ! Vous vous rendez compte, au départ, personne dans le groupe ne connaissait vraiment les chansons que l'on voulait jouer ! On a fait des vieux trucs comme "If You Gotta Make a Fool Of Somebody" : un machin soul vraiment bien. C'était aussi la première fois que Keith jouait sur scène en dehors des Stones. Je me rappelle qu'avant de monter sur scène, il n'arrêtait pas de me dire : "je n'ai jamais fait de truc comme ça, je ne vais pas y arriver...". Je lui ai juste dit : "joue ! et on verra bien ce qui va se passer...".
Vous connaissiez aussi très bien Mick Taylor, votre prédécesseur au sein des Stones ?
Ron Wood : Avec son groupe The Gods, il avait fait la première partie des Birds, mon premier groupe. Déjà, à cette époque, il n'avait pas beaucoup confiance en lui. Si Mick Taylor avait été plus conscient de son talent, il aurait sûrement mieux réussi. Dommage qu'il ait tant manqué de foi en lui-même...
Avant de rentrer dans les Stones, avec Rod Stewart vous aviez monté les Faces. Un groupe énormément populaire dans les années 70…
Ron Wood : Avec les Faces, on avait une approche assez bordélique de la musique. En concert, on savait quoi faire pendant les deux premiers morceaux. Mais, après, c'était toujours l'aventure et l'improvisation la plus totale ! Avant de monter sur scène, jamais aucun d'entre nous ne pensait à écrire la putain de liste des morceaux à jouer. Alors, pendant le show, on se débrouillait comme on pouvait !
Les Faces étaient proches des Stones musicalement et humainement...
Ron Wood : Déjà bien avant de former les Faces, on traînait beaucoup à l'Olympic Studio à Londres, pendant que les Stones y enregistraient. Je me revois encore entrouvrir la porte de la pièce où ils bossaient et les entendre faire les "Ouh, ouh" de "Sympathy for The Devil". Cela me clouait ! L'Olympic Studio était vraiment l'endroit chaud du moment, David Bowie y enregistrait aussi certains de ses premiers trucs...
Vous ne deviez pas être très fan de Bowie ?
Ron Wood : Bowie, à l'époque, il habitait Chelsea comme moi. Je le voyais passer dans ma rue avec ses énormes chapeaux qui faisaient "flop-flop" quand il marchait…
On suppose que c'est plutôt le blues qui, au départ, vous a donné l'envie de jouer de la guitare ?
Ron Wood : Oui, bien sûr. J'ai d'abord appris à jouer en écoutant des disques de Big Bill Bronzy. J'aime évidemment beaucoup Howling Wolf, Bo Diddley et Muddy Waters... La première fois que j'ai rencontré Muddy Waters dans un club, c'était bien avant que je joue avec les Stones, il m'a pourtant accosté en me disant : "C'EST COOL LES ROLLING STONES !". Mais c'était parce qu'il me confondait alors avec Keith… »
© Eric Tandy pour www.Hitmusemag.com le 18 avril 2008

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Publié le 18.04.2008 à 16:41
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