DECOUVREZ TOM WAITS AVEC « DOWNTOWN TRAIN » (1985),
« TAKE ME HOME », « INNOCENT WHEN YOU DREAM »,
ET DES LIVES DE “COLD COLD GROUND” ET “CHOCOLATE JESUS”
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C’est un peu par hasard, en 1978, l’année de son somptueux « Blue Valentine » que j’ai rencontré pour la première fois Tom Waits. J’étais descendu alors au légendaire Tropicana Motel au croisement de Santa Monica et de La Brea. Le Tropicana était le lieu rock par excellence. A un jet de pierre seulement du Sunset Strip et de ses clubs rock, les musiciens affectionnaient alors le Tropicana et sa piscine punk peinte en noir. Les Runaways, les Gang Of Four et les Ramones y résidaient souvent. C’est d’ailleurs un soir de fiesta avec les allumés Joey et Dee Dee Ramone que j’ai rencontré Tom Waits. C’était pas compliqué : il était écroulé au bord de la piscine et ne s’éveillait que temps à autres pour réclamer un coup de Bourbon. Tom vivait à l’année au Tropicana. C’est dans ce lieu incroyable qu’il inventait ses histoires de LA où la défonce, la prostitution, le jeu et des tas d’autres vices emportaient ses personnages dans une cité des anges qui ressemblait au « LA Confidential » de James Elroy.
Quelques années plus tard, pour BEST en 83 j’ai retrouvé un Tom métamorphosé par sa nouvelle femme et la sortie de son fracassant « Swordfishtrombone » aux percus métalliques créées par l’inventif producteur Mitchell Froom.
Tom ne buvait plus que du thé et je crois bien que depuis toutes ses années, il s’est tenu à carreau. C’est toujours un personnage attachant et hors du temps, un rock poète habité par une vraie flamme : celle d’un génie des mots et des émotions qu’ils savent générer.
Pour marquer sa venue exceptionnelle dans notre pays, notre correspondant Stan Cuesta trace un vibrant portrait de Tom Waits.
GBD
Un critique a écrit que la voix de Tom Waits sonnait « comme si elle avait mariné dans un seau de bourbon, avait séché quelques mois dans une pièce enfumée puis qu’une voiture lui était passée dessus quand on l’en avait sortie. » Rappelant souvent celle de Louis Armstrong, cette fameuse voix incroyable, éraillée, traînante, grommelante de clochard céleste saoul au fond d'un bar, ainsi que la dégaine du musicien (renforcé par ses apparitions cinématographiques), en ont fait un personnage célèbre dans le monde entier, peut-être plus connu, paradoxe étonnant, que ses chansons elles-mêmes !
Il ne faudrait pourtant pas oublier que Tom Waits est un grand songwriter, s’attachant à décrire (du moins dans toute la première partie de sa carrière) une Amérique nocturne peuplée de personnages louches (genre maquereaux, putes, tueurs et autres professions non répertoriées par la sécurité sociale), racontée dans un style hérité des poètes de la beat generation, sur une musique totalement
appropriée : blues lents, piano bar, jazz lascif et emprunts divers au music-hall.
Il a d’ailleurs souvent été repris par les plus grands, dès ses débuts (« Martha » par Tim Buckley, « Ol’ 55 » par les Eagles). Dans les années 1980, Rod Stewart a chanté plusieurs de ses chansons et Bruce Springsteen s’est approprié « Jersey Girl ». Enfin, alors que divers artistes lui ont déjà rendu hommage sur plusieurs albums tribute (Step Right Up en 1995, New Coat of Pain en 2004), l’extrêmement populaire actrice et chanteuse Scarlett Johansson vient d’enregistrer en 2008 un disque entier de ses compositions, le très remarqué Anywher I Lay My Head.
Né à Pomona en Californie le 7 décembre 1949, ce grand amateur de Jack Kerouac se fait connaître au début des seventies en jouant dans les clubs de la côte Ouest. Découvert par Herb Cohen (manager de Frank Zappa, Alice Cooper et Tim Buckley, entre autres), il enregistre grâce à ce dernier une série de démos qui sortiront finalement en CD en 1993 sous le titre The Early Years, Vol.1 & 2 (Manifesto).
Mais c’est après avoir signé avec Asylum qu’il va toucher le grand public avec ses sept albums classiques des seventies sur lesquels il utilise encore une forme musicale proche du jazz: piano, contrebasse, saxophone, guitares douces et orchestre à cordes. Se succèdent ainsi Closing Time (1973), The Heart Of Saturday Night (1974), Nighthawks at the Diner (1975, un double live recreant l’ambiance d’un club enfumé), Small Change (1976, qui contient l’excellent « Tom Traubert’s Blues »), Foreign Affairs (1977), Blue Valentines (1978) et Heartattack and Vine (1980).
Au début des années 1980, il se tourne vers le cinéma : après ses premiers pas d’interprète comme pianiste de bar dans la Taverne de l'enfer, le premier film réalisé par Stallone, il écrit la musique de Coup de coeur (One From The Heart) de Francis Ford Coppola qu'il retrouvera par la suite régulièrement comme acteur en jouant dans Outsiders, Rusty James, Cotton Club et Dracula. Ami de Jim Jarmush, il joue dans Down By Law, Coffee and Cigarettes et
compose la bande originale de Night On Earth. On le retrouve également chez Robert Frank (Candy Mountain), Wim Wenders (Jusqu’au Bout du Monde) ou Terry Gilliam.
Mais Tom Waits ne délaisse pas (encore) la musique, bien au contraire. Les eighties sont pour lui l’occasion d’un nouveau départ et d’une évolution stylistique. Il signe sur Island et entame la deuxième partie de sa carrière en s’engageant dans des directions plus aventureuses, avec une musique déjantée, à base de percussions bringuebalantes et de guitares stridentes (souvent dues au grand Marc Ribot).
Ainsi, dès Swordfishtrombones (1983), son premier album pour son nouveau label, il utilise une grande variété d'instruments, même s’il est encore à la croisée des chemins : il emploie toujours des musiciens ‘d’avant’, d’excellents requins de studios de L.A. comme Victor Feldman, Larry Taylor, Fred Tackett ou Greg Cohen,
mais va bientôt abandonner son image et son style de ‘poète beat jazzy accompagné de son piano et de cordes’. Et il commence à aborder des expérimentations musicales basées sur les cuivres, les percussions (marimbas) ou le banjo. Cette nouvelle musique, en équilibre entre passé et futur, déjà annoncée par Heartattack & Vine en 1980, évoque parfois une fanfare au ralenti (comme sur le très beau « In The Neighborhood »).
Tout ceci va se confirmer sur Rain Dogs (1985), où Tom Waits part réellement ailleurs, au pays de la musique qui n’existe pas encore. Développant la texture des morceaux les plus avant-gardistes de Swordfishtrombones, il offre sur ce qui est peut-être son meilleur album 19 titres totalement originaux et décoiffants, basés sur les percussions
atypiques de Michael Blair et interprétés par une bande de musiciens intrépides et aventureux, au premier rang desquels Marc Ribot se distingue tout particulièrement avec son jeu de guitare anguleux et véritablement non-conventionnel, ainsi que John Lurie, son compère des Lounge Lizards. Au milieu de cette folie maîtrisée, Tom Waits chante, mieux que jamais, de véritables perles, à l’image du rock presque classique « Downtown Train », dont Rod Stewart fera un hit.
Il se rapproche ensuite du théâtre et de la comédie musicale, travaillant notamment avec son épouse, la dramaturge Kathleen Brennan, sur Frank Wild Years (1987). Suivront Big Time (un concert filmé, 1988), Bone Machine (1992) et The Black Rider (1993, la musique d’un spectacle conçu avec Robert Wilson et William Burroughs).
Après une assez longue absence discographique, il revient en 1999 sur Anti, un nouveau label créé par Epitaph, un indépendant connu pour son travail dans le milieu du punk et du rock alternatif. Plongé dans ce bain de jouvence, Waits entame la troisième partie de sa carrière avec le très bon Mule Variations, qui remporte un Grammy Award et se classe n°30 au Billboard, du jamais vu pour son auteur ! En pleine effervescence créatrice, Tom Waits retourne immédiatement en studio pour travailler sur deux albums en parallèle, qui sortent en 2002, Alice et Blood Money, une nouvelle collaboration théâtrale avec Bob Wilson. Le chanteur tourne peu, préférant se concentrer sur l’écriture de Real Gone (2004), un album qui fait la part belle aux guitares et qui, pour la première fois, ne comporte aucun clavier. On y retrouve Larry Taylor à la basse et le propre fils de Tom à la batterie, Casey Waits.
Ce dernier est d’ailleurs présent sur la tournée Glitter and Doom qui passe actuellement par l’Europe et, fait assez exceptionnel, fait escale en France (deux dates au Grand Rex de Paris). A propos des musiciens qui l’entourent pour ces concerts, Tom Waits déclare : « J’ai un groupe absolument brillant : Seth Ford-Young à la basse (en remplacement de Larry Taylor, indisponible), Patrick Warren (claviers), Omar Torrez (guitares), Vincent Henry (instruments à vent) et Casey à la batterie. Ils jouent avec la précision d’une voiture de course et ce sont tous de vrais prestidigitateurs. Je fais avec eux des chansons que je n’ai jamais essayées en dehors du studio. »
Tous les fans français sont évidemment curieux et impatients de voir ça. Précision pour les petits malins qui voudraient faire des affaires sur le dos d’un artiste très (trop) rare : pour lutter contre le marché noir, les places sont nominatives, avec présentation de la carte d’identité à l’entrée ! Bienvenue dans l’univers impitoyable de l’industrie du spectacle…
© Stan CUESTA pour Hitmusemag.com / Juillet 2008
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Publié le 24.07.2008 à 14:16
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