
Un live de « Perpex Icon » de Wire
extrait de leur dernier album « Object 47 »
est disponible en bas de page !
Wire est apparu sur nos radars avec le reste de la scène punk londonienne, en 1977. Mais les apparences sont trompeuses. Si leur premier album, « Pink Flag », répondait bien à certains critères du genre - morceaux (très) courts, tempos (très) rapides -, les textes, en revanche, étaient trop ironiques pour être honnêtes. « I Wanna Sniff Some Glue », ce n’était pas trop leur came... Cela leur vaudra auprès de la presse (et des « punks à crête ») une réputation d’intellos prétentieux.
Quand ils viennent pour la première fois à New York, fin 1977, ils découvrent qu’ils ne sont pas seuls et copinent avec la scène arty du CBGB : Patti Smith, Television, Talking Heads, Lydia Lunch...
Dès 1978, leur second album, « Chairs Missing », pose les bases du post punk. Pourtant, deux ans plus tard, face à l’incompréhension d’une maison de disques qui pensait avoir signé un groupe à épingles à nourrice et se retrouvait avec quatre agitateurs d’idées avides de briser les règles, Wire se sépare.
Ils recommenceront à travailler ensemble en 1985, plus expérimentateurs que jamais. Entre temps, ils ont découvert les synthés, les samplers et les premiers logiciels Steinberg (Pro 24, l’ancêtre de Cubase, pour ceux qui connaissent). Depuis lors, décennie après décennie, leur influence sur la scène rock indie n’a cessé de croître. Le son des années 2000 leur doit beaucoup.
Graham Lewis et Colin Newman, têtes pensantes et, accessoirement, « têtes parlantes » de Wire, étaient à Paris pour présenter « Object 47 », le nouvel album qui sort le 7 juillet sur leur label Pink Flag.
Commençons par cette première visite à New York, en 1977…
A New York, les seuls qui comprenaient ce qu’on faisait étaient des gens comme Lydia Lunch, qui démarrait à peine Teenage Jesus and the Jerks. Les Américains étaient très excités par cette chose, dont ils avaient entendu parler, appelée punk rock. En réalité, la plupart restaient attachés au rock’n’roll dans sa forme traditionnelle et ne comprenaient pas pourquoi cela ne nous intéressait pas. Le public continuait à discourir autour de slogans stupides comme « Death to Disco ». Et nous, nous répondions : « Disco is great ! Nous aimons ça. » On nous disait : « Non, vous ne pouvez pas aimer ça ! » Eh bien, si… Le bon disco, c’est génial ! La bonne musique est la bonne musique. Nous trouvions cette attitudez tellement décevante… Parce que quand nous avons commencé, nous étions influencés par la musique américaine.
Vous n’aviez pas d’affinité avec la scène anglaise ?
Les Sex Pistols étaient les Sex Pistols, et ils faisaient ce qu’ils faisaient, pareil pour les Buzzcocks, mais nous n’étions pas apparentés à tout ça. Nous étions plus proches d’une tradition artistique. Des gens comme Patti Smith, les premiers albums de Talking Heads, Television, Pere Ubu… Tous ces trucs qui viennent plus d’une tradition artistique que du « beat ». Ce n’était pas le cas des autres groupes londoniens. La plupart étaient dans la tradition rock’n’roll. Or, nous ne jouons pas de rock’n’roll. Nous ne nous y intéressons pas.
En 1980, Wire se sépare...
Les années 1980 sont des années terribles dans l’histoire de la culture populaire. Oui, des années terribles… L’Angleterre, au début des eighties, ne s’intéressait pas au post punk. On en était aux neo-romantiques. Il y avait beaucoup de pop. Il y avait aussi cette horrible scène Oï ! Ces putains de fascistes, ces merdes de skinheads… Rien de vraiment excitant.
Comment devient-on un « groupe culte » ?
Le punk rock britannique était très peu distribué aux USA, et ce fut le cas de nos disques durant toute notre carrière. Mais parce que « Pink Flag », notre premier album était chez EMI, il a bénéficié d’une bonne distribution. De la fin des seventies au début des eighties, beaucoup de gens ont pu nous découvrir. Beaucoup de art school bands nous ont trouvé intéressants. Ils voulaient comprendre comment nous avions fait pour mettre de l'intelligence dans cette musique… Ce qu’on faisait leur paraissait simple à imiter. Et c’est là le piège de notre musique : elle paraît simple. Nous sommes peu à peu devenus les parrains d’une scène dont nous ne savions même pas qu’elle existait. Quand nous avons recommencé à jouer, les plus grands groupes indie américains se sont mis à citer Wire comme influence majeure. On n’en croyait pas nos oreilles ! En Angleterre, nous étions morts, oubliés, mais quand nous sommes retournés aux USA, nous étions plus populaires que jamais.
En 1987, quand vous revenez avec l’album « The Ideal Copy », votre créativité ne semble pas avoir souffert de cette longue interruption...
Une des particularités de Wire est que rien n’est jamais prémédité. Les périodes où nous travaillons et celles où nous ne le faisons pas ne sont jamais décidées à l’avance. Ce n’est pas toujours bon pour la carrière du groupe, mais, ce qui se produit, c’est qu’à chaque fois que nous revenons, nous sommes plus populaires que lorsque nous avons arrêté ! Pour la plupart des autres groupes, quand ils s’arrêtent, ils doivent faire un « come back », et, en général, c’est mauvais. Nous ne souffrons pas de ce problème, parce que nous continuons à travailler sur des projets qui sont tout aussi importants que Wire.
Comment avez-vous procédé pour ce nouvel album ?
A la mi-2006, on s’est donnés rendez-vous. On a enregistré les batteries et les guitares dans mon studio. A ce stade, j’éprouvais une sensation de claustrophobie en réécoutant ce que nous avions fait… Les batteries avaient été enregistrées dans une trop petite pièce, ça manquait d’espace. Nous avons donc trouvé un studio à Rotterdam où nous avons pu travailler de façon non-conventionnelle. Ce n’était pas un groupe jouant ses chansons. Nous avons juste enregistré des batteries, des guitares et des voix pendant trois jours, pour notre « boîte à outils ». Nous avons joué tous les trois dans le studio, sans idée préalable. Juste jouer et voir ce qui sort. A l’arrivée, nous avions 10, 15 minutes de musique, parmi lesquelles nous avons puisé des idées de chansons.
« Object 47 » est pourtant facile d’accès, presque pop…
Nous cherchions un son « en couleurs », en technicolor... Nous voulions un album qui soit comme un film projeté sur écran géant. Nous avons beaucoup conceptualisé la chose, mais, à l’arrivée, nous avons réussi. Je suis fier du résultat. L’album fonctionne sur plusieurs niveaux. Quelqu’un qui ne connaît pas Wire entendra des pop songs, mais dans les lyrics, il y des références cachées... On ne commence à comprendre ce qui se passe qu’après plusieurs écoutes. Dans les arrangements, il y a des tas de petites choses qu’on découvre au fur et à mesure. Un disque est satisfaisant quand vous pouvez l’écouter plus d’une fois. C’est si ennuyeux, un disque que vous n’écoutez qu’une seule fois... »
© Pierre Mikaïloff pour www.Hitmusemag.com – 8 juillet 2008
Artiste : Wire
Album : « Object 47 »
Label : Pink Flag, distribution Differ-Ant
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Publié le 08.07.2008 à 11:31
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