Flux RSS HitmuseMag.com

Hitmusemag - Actualité musicale - Chroniques - Concerts

Recherchez sur Hitmusemag.com
HitmuseMag
Publié le 28.08.2008 à 11:38
Envoyer à un ami  Flux RSS
Youri

Youri Lenquette : Sons & visions à Rock en Seine


World Music

En trois décennies ou presque d’expérience au pays sonique de la zique, tant de musiciens se sont pressés devant l’objectif de Youri Lenquette ! Et cette année, pour la première fois de sa vie, un florilège de ses plus brillants clichés sera exposé dans le cadre du Festival Rock en Seine à partir du jeudi 28 août. Rencontre avec un photographe rock converti à la World-Music qui a roulé sa bosse de photo-reporter vétéran aux quatre coins de notre petite planète bleue.

J’ai dû rencontrer Youri pour la première fois au tournant des 80’s dans le bureau de Christian Lebrun, le Rédacteur en Chef de BEST. J’ai de suite accroché avec ce type chaleureux et fou de rock qui débarquait de Nice avec sa superbe moto BMW vintage. Et lorsqu’il a remplacé Bruno Blum au poste de correspondant à Londres, j’ai souvent passé des soirées de rock en folies avec Youri Lenquette. C’était l’explosion de la New Wave et Youri détestait tous les combos que j’adorais de OMD à New Order en passant par Human League ou les improbables Haircut 100, j’étais donc toutes les semaines à Londres en train d’interviewer des groupes. Mais notre complicité allait bien au-delà de notre appartenance commune à la rédaction de BEST, je passais donc très souvent mes soirées à Londres avec Youri. Très vite mon copain s’est mis à la photo et comme il possédait ce talent rare de mettre les artistes à l’aise, il n’a eu aucun mal à faire quelques excellents clichés.

Youri est ensuite rentré à Paris, il a laissé tomber l’écriture pour se consacrer presque exclusivement à la photo. Il rejoint ainsi l’agence Stills. Et lorsqu’il s’installe dans son studio-photo près de la place du Colonel Fabien, sa carrière prend alors un tournant puisqu’en plus de ses nombreux reportages en presse, Youri Lenquette va signer de nombreuses pochettes d’albums et autres affiches de concerts.

Pourtant, contrairement à ses collègues comme Gassian ou Terrasson, Youri n’a encore jamais publié d’ouvrages réunissant ses photos. De même, jamais il n’avait jusqu’à présent accepté de les exposer. Cette fois, Youri à dit « oui » à Rock En Seine et c’est pour nous l’occasion de vous présenter cet œil vraiment pas comme les autres dont le regard a bravement traversé trente années de sons de toutes les couleurs.

 

 

«  Tu te souviens de ta première photo publiée ?

Youri Lenquette : Ma toute première photo jamais publiée, c’était dans Nice Matin. C’était une photo illustrant, si je ne me trompe, « le rock niçois » avec un article du mec qui s’occupait de la rubrique rock à l’époque. En fait, je lui avais envoyé une espèce de manifeste sur le rock à l’époque. Il prétendait dans un de ses articles que le punk était une musique qui n’en était pas. J’ai donc écrit une lettre à ce mec, en gros en le traitant de vieux con, en lui disant qu’il n’avait rien compris à la jeune génération qui arrivait. Et je crois que du coup le gars m’avait répondu et passé un autre article plus ou moins en faveur du truc. Et pour illustrer cette espèce de droit de réponse punk, j’avais passé une de mes photos des Abjects ou des Dentistes, l’un de ces groupes punks du coin.

Ensuite, la première publication sérieuse que j’ai eue de ma vie, c’était dans BEST avec un numéro où il y avait Elvis Presley en couverture pour la mort d’Elvis. Et il y avait un reportage sur le Festival dit « punk » de Mont-de-Marsan.

 

Le fameux où s’était produit Police au tout début

Y.L : J’avais atterri là-bas parce que c’était le mois d’août et que Legras (Jean Yves) le photographe salarié et donc attitré de BEST était en vacances. Il fallait qu’il aille faire du 4X4 à Royan. Du coup Dordor (Francis) qui couvrait le Festival et qui savait que j’étais fan de punk m’avait dit : « tu ne veux pas venir ? Comme ça tu fais les photos, tu les feras pour BEST ». Mes premières photos vraiment sérieuses ce sont donc les photos qui illustrent son reportage sur Mont-de-Marsan.

 

C’était en 77.

Y.L : août 77 ! En fait cela avait été un « one off ». Moi j’habitais toujours Nice et en 80 j’avais dû réussir à publier une autre photo au moment où les Stranglers s’étaient fait foutre en taule à Nice pour une histoire de cassage après le concert.


Qui leur a ensuite inspiré la chanson « So Nice In Nice » !

Y.L : Exactement ! Ce truc là. Et du coup, j’ai eu une photo publiée et à ce moment-là c’était l’époque où je me suis mis à écrire des papiers. Je faisais aussi de la radio en Italie. Bref, un peu de tout. Donc, la photo n’était qu’un des aspects de ce que je voulais faire. Après cela, je me suis retrouvé au milieu de 80 en contact avec Christian Lebrun, qui était le Rédac Chef de BEST. Il m’a proposé un job de correspondant à Los Angeles. Bruno (Blum) faisait déjà sa rubrique « In The City » à Londres.Il n’y avait pas de place à Londres, il y avait une place éventuellement aux USA.

Christian en mars avril 80 me propose ce plan. Mais finalement j’ai trainaillé. Je ne partais pas, parce que je n’étais pas si mal que ça à Nice et je devais malgré tout aussi avoir une espèce de trouille de me jeter dans le bain. À Nice, j’étais pion avec ma belle moto, c’était une vie cool.

 


Et alors comment t’es-tu retrouvé correspondant de BEST à Londres avec ta belle BMW ?

Y.L : En décembre Christian m’appelle me disant « Youri là tu es bien gentil, mais on ne va pas te garder au chaud un poste de correspondant si tu le ne prends pas. Ou tu le veux et tu y vas ou tu passes la main. »

Mais il ajoute : « Si Los Angeles cela te semble trop compliqué, éventuellement il y a la place de correspondant à Londres à prendre puisque Bruno Blum démissionne. » Et là j’ai réfléchi et je me suis dit que si Los Angeles c’était plus proche de ce que j’avais envie, Londres en revanche c’est plus près. En cas de galère, c’est plus facile pour revenir. Et quelque part, mon calcul a été juste. Effectivement je me suis fait chier à Londres, effectivement j’aurais été sûrement mieux à Los Angeles…

 

Tu t’es fait chier à Londres, Youri ? ça c’est un scoop ! Moi qui te voyais là-bas régulièrement, j’avais l’impression que tu t’éclatais au contraire. Tous les soirs, il y avait au moins une fête et un concert. Tu étais inlassablement invité par les labels comme si tu étais à Paris. Peut-être que ce n’était pas confortable financièrement parce que (la propriétaire de BEST) la mère Boutin t’exploitait comme nous tous !

Y.L : Pas tant que ça. Avec plus de thunes, ça aurait été mieux, mais quand tu réfléchis c’était déjà pas mal, je pouvais vivre. Non c’est surtout que le style de musique à Londres qui marchait à l’époque m’emmerdait prodigieusement. Moi j’étais plus dans le rock and roll…

 

Et nous traversions les années New Wave. Je sais bien puisque j’étais toutes les semaines pour BEST à Londres pour aller faire un groupe de OMD à Depeche Mode en passant par Human League et autres parce que toi ça te gonflait de faire ces groupes-là. Et moi j’adorais ça.

Y.L : En plus à l’époque, je n’étais pas capable d’apprécier ce que j’aurais dû apprécier compte tenu de mes goûts maintenant, les débuts de la world music par exemple.

 

Donc tes premiers clichés publiés, c’était dans ta rubrique « In The City » fin 81 ?

Y.L : Quelques-unes, j’étais principalement journaliste encore. En fait, si tu veux, pour moi la photo, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé depuis longtemps. C’est à la limite le premier truc que j’ai fait, même si ensuite ça a plutôt été l’écriture qui a été mon gagne pain principal et j’allais dire mon occupation principale. Maintenant je suis vraiment devenu photographe professionnel c’est à dire avec une démarche vis-à-vis de la photo qui devenait un peu plus sûre à partir de 85/86. Je me suis retrouvé à collaborer avec l’agence Stills pour un concert de Springsteen qui avait lieu au Parc de Sceaux, je crois. Un des photographes de Stills m’explique qu’il n’a pas pu avoir d’accréditation. Il était tombé sur Marie Laurence « Metal » Gourou ( attachée de presse CBS, puis Sony, puis Columbia encore en activité à cette heure, mais qui prend bientôt fort heureusement sa retraite, on va dire méritée) et il n’avait pas eu d’accrède. Il me dit : « les photos que tu vas faire si tu veux les distribuer chez Stills, on les distribuera. »

Donc je suis allé apporter mes photos chez Stills de Springsteen. Et là les mecs ont commencé  à me dire : » Ah ouais, mais tu dois aussi avoir d’autres trucs ? »

Je leur réponds qu’effectivement j’ai ça et ça, que j’avais fait dans un esprit plus amateur. Je faisais des photos en total dilettante

 

Tu faisais tes potes Motorhead ou le Clash !

Y.L : Ouais et surtout j’avais des films dans le frigo. Si j’avais de la 200 ASA et qu’il m’aurait fallu de la 800 ASA, j’allais pas me faire chier pour aller au magasin acheter de la 800, je faisais avec de la 200.

Pareil, je n’allais pas me battre pour faire ma photo. Je faisais une interview avec un artiste super intéressant, je n’allais pas me battre pour aller faire une session photo alors que j’aurais pu. Si on me demandait de la faire, je la faisais, mais si on ne me le proposait pas. Jusqu’en 85 j’avais cette attitude nonchalante.

 

Méridionale en fait ?

Y.L : C’est surtout pas 100% décidé dans ce que je voulais faire. J’ai passé une longue période où je savais que j’avais envie d’être dans la musique. Je n’avais pas envie de rester à croupir à Nice, mais te dire exactement en dehors de devenir chanteur. Oui on m’aurait proposé de devenir rock star, je n’aurais pas refusé. Pas de doute, à cet age-là, je voulais le devenir. Mais en dehors de ça je savais que j’avais envie d’être dans la musique et que j’avais pas envie de devenir un légume à Nice. Après j’aurais pu faire de la télé, j’aurais pu faire de la radio, j’aurais pu faire peu importe, je voulais juste faire quelque chose et la photo, c’était un des moyens de gagner sa vie.

 

Mais tu as quand même une vraie faculté à établir une complicité avec les artistes.

 Y.L : Je l‘ai utilisé pour faire de la photo, finalement mais c’est quelque chose qui me permettait de faire des interviews plutôt sympas, en général où les mecs se déboutonnaient un peu. C’est en tout cas ce que me disait Christian. Je n’avais pas un grand style d’écriture, mais les mecs étaient cools avec moi. J’aurais pu faire un présentateur télé d’émission de rock à peu près correct si tant est que ma route avait été vers là, mais j’aurais pu faire road manager. Un goût pour la musique et une facilité pour que les gens ne se sentent pas si mal que ça avec moi. Donc en 86 j’ai quitté Londres pour rentrer à Paris et c’est là que j’ai commencé à vraiment souffrir des rigueurs de la mère Boutin. Tu te souviens quand même qu’un de ces étés-là j’étais venu habiter chez toi tellement j’étais dans la merde. Tu n’as pas oublié, tu m’avais prêté ton apart pendant un été.

 

C’était l’été 84 je crois, j’étais parti au Mexique…

Y.L : J’étais dans la merde et quand il a eu soudain cette option en 85 avec Stills, où je me suis rendu compte tout d’un coup que ma position de journaliste et de mec qui connaissait tout le monde dans le bizness et ma capacité à faire des images pouvait se transformer en moyen de gagner sa vie.

Comme par hasard, en 86 mon pote Alain Dofh me propose d’habiter dans son studio-photo. Celui dans lequel je suis aujourd’hui. Et tout d’un coup il y avait une espèce de conjonction qui faisait que d’une part la photo permettait d’être envisageable comme quelque chose qui me fasse gagner ma vie en même temps que le texte et ce que je faisais pour Antoine De Caunes à « Rock Report » à l’époque et du coup ayant du bon matériel et un studio, j’ai commencé à m’amuser à brancher les flashs pour au départ impressionner ma copine, puis finalement me rendre compte que ça marchait.

Étant donné qu’en plus à l’époque, il faut tout de même se souvenir qu’il y avait comme mec sur la place : Legras chez BEST qu’on considère comme nul à tout point de vue, ensuite il te restait Claude Gassian, Pierre Terrasson, Gilles Capé pour les pochettes, vaguement Pierre René-Worms, vaguement Louis Vincent, il y avait un appel d’air à l’époque qui n’existe pas aujourd’hui.

En bref de nos jours, ça m’étonnerait que vu comment j’ai attaqué dans la photo, je puisse y faire mon trou aujourd’hui. À l’époque c’était relativement moins compétitif, le gâteau était plus gros et le nombre de gens pour se le partager plus petit. Donc, même si j’étais quand même à ce niveau-là très basique, j’avais un studio-photo, je savais à peu près brancher un flash, les groupes m’aimaient bien, je parlais anglais, je connaissais toutes les attachées de presse qui m’aimaient bien et qui de surcroît avaient intérêt, parce que j’écrivais encore à l’époque, à ce que je sois content. J’ai bien vu la différence le jour où j’ai arrêté d’écrire, je peux te dire que tout d’un coup, j’ai vu le changement dans le traitement…

 

En même temps vu ce que sont devenus de nos jours l’écriture et le journalisme rock, tu n’as pas à regretter grand chose…

Y.L : En pure stratégie de photo, c’est clair et net qu’une Marie Laurence Gourou ( NDR : Encore elle, décidément Marie Gourance tu nous auras marqué !)   quand elle savait que tu allais lui chroniquer son album de Terence Trent d’Arby, comme par hasard quand tu lui demandais aussi un quart d’heure de photo avec Terence, elle te les donnait beaucoup plus facilement que quand tu ne faisais que l’appeler pour lui demander le quart d’heure de photo avec l’artiste, ça je te le garantis. Le pouvoir de la plume même aujourd’hui te donne un pouvoir que tu n’as pas quand tu n’es que simple photographe et que la maison de disques s’imagine que le temps qu’elle te donne avec leur artiste c’est un cadeau qu’elles te font parce que tu vas aller grassement vendre les photos ensuite.

En gros, si on veut résumer tout ça, parce que sinon c’est un site entier qu’il faut pour l’interview, si on résume oui j’ai toujours bien aimé la photo, mais mon envie surtout était d’être dans le milieu de la musique et j’ai commencé à publier quelques photos dés 77, mais que réellement j’ai commencé à m’envisager comme photographe, et je pense réellement en être un à partir de 85/86.

 

Et depuis tu n’as pas cessé d’enchaîner et des pochettes d’album et des reportages et des photos emblématiques.

Y.L : Depuis, effectivement je n’ai pas cessé de faire tout ce que t’as dit, avec assez curieusement un petit changement d’étiquette en cours de route qui m’a fait partir comme étant un peu Monsieur Rock and roll à aujourd’hui être un peu M. Africo-Amérique Latine. De la même manière que je bossais pour les grosses maisons de disques qui voulaient éventuellement donner à leur artiste une petite note rock ou simplement  accompagner leur réelle personnalité, et aussi pour les petits labels rock indés, autant aujourd’hui le gros de ma clientèle c’est les gros labels dés qu’ils ont un artiste à qui ils veulent donner une connotation un petit peu world machin ou carrément des labels de world music.

Mes commandes cette année c’est Seun Kuti, Neka. Là j’ai fait deux pochettes de disques pour un label hollandais World Network qui sortent des artistes africains. Il y a aussi World Circuit. Je suis devenu M. World Circuit, je fais quasiment toutes leurs photos.

 

Alors justement quelles photos allons nous retrouver à ton expo pour « Rock En Seine » ? Je présume qu’il y aura ta célébrissime photo de Kurt Cobain avec son flingue ?

Y.L :  Et bien, non précisément, non elle n’y est pas parce que d’abord, tout le monde la connaît. Et c’est pas que j’en ai marre de la voir, c’est que cette photo, elle dépasse, elle est trop connue presque, comme si moi j’ai été Alberto Corda et que j’avais mis dans mon expo LA photo du Che que tout le monde a vue partout.

 

C’est comme si Bob Gruen ne mettait pas sa photo où Lennon arbore son fameux T Shirt New York City ! Mais bon, Lennon n’a pas été tué avec un T Shirt et Kurt Cobain non plus.

Y.L : Tu vas me dire, il ne s’est pas non plus tué avec ce pistolet-là !

 

Qui était un jouet et qui appartenait au fils de ta girl-friend de l’époque ?

Y.L : C’était pas un jouet, c’était un vrai pistolet et qui lui appartenait vraiment. C’est lui qui l’a amené. Trois jours avant, on avait déjà eu une visite des keufs qui étaient venus parce qu’il avait tiré dans la rue en bas de son hotel le Warwick. Il avait été embarqué chez les flics et tout.

 

Comment il a pu passer des frontières avec un flingue ?

Y.L : Dans le matos, j’en sais rien où il se l’est procuré à son arrivée. Il avait de l’argent pour avoir ce qu’il voulait quand il voulait. Le flingue était à lui, il avait déjà tiré dans la rue en l’air trois jours avant .

 

De toute façon c’est lui qui a tenu à faire ces photos, et jamais toi qui l’y aurait poussé ?

Y.L : Non non non, même moi j’étais là à lui dire : « Tu sais, Kurt ce serait bien si on faisait un peu des photos sans le flingue parce que pour moi… ». J’osais pas lui dire : je vais en vendre moins, tu vois. Pour moi si tu n’as que le flingue, on fait toujours le même plan. Tu vois, il était là à me faire chier avec ce flingue : non non non on le fait avec. Alors c’est vrai, je l’ai fait poser pour qu’il ait bien l’œil vers l’objectif.

 

Ça c’est ton métier !

Y.L : Mais celle où il se le met dans la bouche et où il fait semblant de se prendre l’impact de balle, celle-là c’est du 100% Kurt Cobain. Et d’ailleurs celle-là, elle est toujours dans les archives. Donc cette photo, je n’ai pas voulu la mettre, je trouvais ça trop tarte à la crème. Par contre, j’ai mis une photo de Kurt Cobain plutôt sympa et relativement peu vue, sauf peut être par toi et quelques anciens lecteurs de BEST, c’est une photo où il est sur un kart. Je l’ai prise en reportage lorsqu’il était en train de faire du karting, qui est une image plus rigolote, plus originale, que les gens ont moins vu. L’autre, il n’y a même plus besoin de la montrer, les gens l’ont en tête.

Sinon celle-là je ne te cache pas que je ferais peut-être un jour une série limitée de 25 tirages numérotés et que je mettrais en vente. Et là effectivement j’imagine qu’il doit y avoir quelques patrons de Yahoo ou de je ne sais quoi et qui ont exactement l’age d’avoir été fans de Nirvana qui seront sûrement prêts à payer très cher pour mettre dans leur salon l’original de la photo que tout le monde connaît.

 

Bon je parie qu’il y a Cure. Tu a mis une photo de Robert Smith, non ?

Y.L : Iggy Pop, Tom Waits, Kurt Cobain dans le kart. Björk chez elle en train de téléphoner.

 

Chez elle…à Londres, non pas à Reykjavik ?

Y.L : A Londres. Nikola Acin, Bob Marley, FFF en Afrique, Jeffrey Lee ¨Pierce de cette époque londonienne où je commençais la photo, la fameuse couve de BEST de la Mano Negra façon « London Calling » où il a le bras levé en l’air, une photo de Noir Désir sur la tournée en URSS, une photo de Nick Cave circa 1988 devant un journal qui annonce qu’Orson Welles est mort.

Elle était aussi dans BEST celle-là. La Mano Negra, une photo prise dans l’un des wagons de l’expresso de hielo. Les Cramps à Los Angeles en 86. Tricky à la Foire du Trône. Sergent Garcia sur une route d’Andalousie. Keziah Jones chez lui à Lagos devant les portraits de ses grands parents. Tiken Jah Fakoly à vélo en Cote d’ivoire, l’équivalent de mon image de Kurt Cobain pour l’Afrique parce que là-bas tout le monde connaît cette image désormais.

 

Et ceux que tu aurais adoré photographier, mais sans jamais y parvenir ?

Y.L : J’aurais bien aimé faire les Stooges en 70. J’aurais aimé faire James Brown à l’Apollo, rencontrer Diana Ross quand elle avait 18 ans, après y a plein d’artistes. Si, un truc qui m’a bien frustré : j’aurais bien aimé photographier Prince, de ma génération, un artiste que j’aurais vraiment aimé faire parce que j’étais vraiment fan, qui je pense est un modèle photo incroyable et que tu ne peux même pas approcher c’est bien Prince.

 

Moi j’ai réussi Youri à l’approcher…période entre « Dirty Mind » et « Controversy » lorsqu’il est venu faire un concert au Palace.

Y.L : Exactement, moi j’étais à Londres à l’époque.

J’avais déjà chroniqué « Prince » et « Dirty Mind » pour BEST et comme j’étais le seul journaliste à Paris à l’époque à m’intéresser à lui, le label m’avait organisé une rencontre après le concert où il avait joué devant 112 personnes. La partie Privilège faisait restau à l’époque, elle avait été privatisée, totalement  déserte. On m’a installé à une table et quelques minutes plus tard Prince est arrivé. Je n’avais pas le droit d’enregistrer notre conversation. Il était ultra mal à l’aise, ultra-timide. Il répondait par trois mots les yeux baissés comme un gamin pris en faute. La salade est arrivée. Prince a eu le temps de me confier qu’il n’avait jamais eu d’enfance puis il s’est levé et a tourné les talons. C’est l’une des interview la plus zarbe de ma carrière ! Mais il a été cool, quatre plus tard il a ouvert son studio le fameux Paisley Park à Minneapolis et il m’a permis d’y tourner avant tout le monde : j’ai été la première équipe de TV au monde autorisée à filmer ce lieu incroyable.

Y.L : La réponse à ta question c’est qu’il y a tant d’artistes que j’admire et que je n’ai pas fait, et même d’artistes que j’admire et que j’ai fait à une époque qui n’est pas forcément celle où j’aurais aimé le plus les photographier, mais néanmoins la star de ma génération que j’aurais vraiment aimé faire parce que je pense que musicalement c’est un des mecs qui m’a le plus éclaté. Et photographiquement super intéressant c’est Prince. Mais c’est de l’ordre de l’impossible puisque le gars ne veut pas faire de photos. Mais j’aurais aussi aime photographier Elvis en 56…

 

T‘en as déjà fait pas mal, la preuve, on les expose aujourd’hui. Pourquoi pas un bouquin ?

Y.L : C’est ma première expo photos, mais il a vraiment fallu que je me retrouve piégé à mon propre jeu : d’avoir accepté de la faire pour qu’ensuite parce que je ne pouvais plus me dédire je fasse l’effort et que je me torde le bras de faire ce que j’ai horreur de faire c’est-à-dire de regarder un peu en arrière mon propre boulot.

Je suis plus dans une logique de course en avant perpétuelle. Ce qui m’excite c’est le prochain reportage que je dois faire. Les prochaines photos plus que de regarder celles que j’ai fait avant. C’est un peu comme avec les femmes : on a toujours tendance à trouver plus attrayantes celles que l'on ne connait pas encore. »

 

© Gérard BAR-DAVID pour www.Hitmusemag.com le 28 août 2008

 

Expo Youri Lenquette au Festival Rock en Seine, à partir du jeudi 28 août

 

 

>+ de news World Music

 

Publié le 28.08.2008 à 11:38
Envoyer à un ami  Flux RSS

Autres articles sur Youri Lenquette

Youri Lenquette : Sons & visions à Rock en Seine

 

 


NEWSLETTER
Votre Email  
NEWS
Led Zeppelin
Qu’importe si Robert Plant, le chanteur historique de la formation, ne veut plus remonter sur scène ou enregistrer un nouveau disque avec ses vieux compagnons ; Led Zeppelin continuera coûte que coûte… C’est ce que vient d’affirmer ...

Eminem
On peut évidemment parler de hasard, mais on peut aussi raisonnablement évoquer une stratégie commune. Au moment où une nouvelle version de « Crack A Bottle », un morceau qui réunit Eminem, Dr Dre et 50 Cent, circule sur le Net : 50 Cent ...

Ventes D\'albums
Si l’on totalise les ventes d’albums dans 34 pays durant 2008, ce sont majoritairement des artistes britanniques qui font les plus gros scores. Coldplay, bien sûr, qui avec 6 millions 600 000 de « Viva la Vida » explose les chiffres ; mais ...

Ron Asheton
Nous n’irons pas par quatre chemins, ou plutôt par quatre accords ; Ron Asheton, vient de disparaître à l’âge de soixante ans. L’ancien pilier musical des Stooges aura peut-être à sa manière influencé autant de guitaristes en herbe que ...

Courtney Love
Evidemment, avec elle on ne sait pas ce qui est vérité ou ce qui est provocation… Donc, on ne peut pas entièrement croire Courtney Love quand elle explique que l’enregistrement de son nouvel album, dont la sortie vient d’être repoussée, a ...


» Toutes les News
 
» HitmuseMag en Page d'Accueil Hitmuse Mag |  Rss |  Contact |  Conditions d'utilisation |  Qui nous sommes |  Mentions Légales

Ajouter HitmuseMag.com dans mes favoris

Toute l'actualité musicale, les chroniques, les interviews
L'univers de la musique est sur Hitmusemag.com

Blog musique | Mp3 | Hitmuse.com sur Facebook | You Rock You Win sur Facebook.com | Chaîne Hitmuse sur youtube | Chaîne You Rock You Win sur youtube| Actualité concert | Music Story nouveautés musique


Ce site est un site non commercial et 100% Gratuit.
(c) 2009 HitmuseMag