Quels ont été les premiers artistes qui t’ont donné envie de chanter ?XX
Des chanteurs français ou world : Idir, Francis Cabrel, Tracy Chapman… J’ai eu une culture musicale bâtarde étant donné qu’au bled, on n’avait pas les moyens d’avoir des postes cassettes. Ma génération était plus proche de la culture française via les paraboles que de la seule chaîne algérienne que quasiment personne ne regardait. Avec mes parents, j’écoutais Enrico Macias, Eric Clapton, Freddie Mercury. Par la suite, j’ai découvert le rap français : IAM, NTM, MC Solaar. C’était nouveau et frais pour moi. Je ne pensais même pas à une carrière. Chanter me permettait de m’évader de la dure réalité, d’oublier la lourdeur du quotidien.
Tu te voyais faire quoi de ta vie avant la chanson ?
Je voulais l’impossible, je visais super haut : astronaute. J’étais très sérieuse dans ma démarche. Mais l’astronomie en Algérie, ça n’est pas très développé. A défaut de devenir astronaute, j’ai voulu être pilote. Même là, les femmes n’étaient pas les bienvenues. Plus je vieillissais, plus je tombais de haut. J’étais débordante d’énergie, de rêves, malgré tous les conflits que je voyais. J’ai réalisé que je ne pourrais pas faire ce que je voulais. Il fallait que je me casse, que je trouve un moyen de partir, de toucher mon rêve.
Tu te voyais faire quoi de ta vie avant la chanson ?
En fait, j’y croyais fort. Je n’avais pas de plan précis. Comme le Canada manquait de matière grise, le pays proposait une immigration choisie. Mon frère, ma sœur, mon père, ma mère et moi-même, on a été accepté, on est partis. J’étais super contente mais j’ai eu un choc culturel. Au début, c’est cool : les gratte-ciels, les gens qui parlent anglais, on se sent tout permis. C’était fin 1998. Mais culturellement, je ne m’y retrouvais pas du tout. Je trouvais les rapports avec les gens très difficiles. J’étais seule pendant très longtemps, je me suis cherchée. J’ai dit : « Bon, maintenant que je suis isolée de mon contexte culturel, c’est quoi mes envies, qu’est-ce qui m’épanouirait ? Quel est le rêve de ma vie ? » Et ce qui m’est propre, c’est chanter. Après, j’ai rencontré des gens ayant accès à des studios. J’étais de plus en plus sollicitée, que ce soit pour des refrains, des collaborations dans la scène rap. J’étais très urbaine, j’écoutais de plus en plus de hip hop. Mes coups de cœur, c’était Brandy, Timbaland, Missy, les Fugees, les Neptunes, tout ce qui ne rentrait pas dans un moule. Je me disais que j’ai envie d’être ça, pas de copier mais d’apporter ma touche originale, personnelle. J’ai eu un grand coup de main de Phil Greiss, que je connais depuis sept ans et qui est devenu mon producteur.
Tu es toujours Canadienne ?
Oui, j’habite là-bas, je fais plein d’allers-retours. Même si je me tape sept heures de décalage et que je dois m’adapter, pas grave, j’ai la dalle. M’installer à l’année à Paris, non. Là-bas, j’ai le luxe de ne pas avoir la même inspiration. Si je m’installe en France, j’ai peur d’être touchée par les mêmes trucs que tout le monde.
Tu as rencontré la légende algérienne Idir, pour qui tu as écrit la chanson titre de son dernier album…
J’ai écrit une chanson de mon côté et je me disais que je le verrais bien la chanter. En fait je ne le connaissais pas personnellement, on a été en coulisses avec mon manager avant un de ses concerts en banlieue parisienne et je lui ai proposé le titre. À peine avais-je commencé les premières lignes qu’il me disait « c’est magnifique, mais si je la prends, la condition c’est que vous la chantiez avec moi ». J’étais encore plus flattée, et il a même retardé son entrée sur scène, il disait aux gens venus le chercher « je travaille » ! Il a sorti son magnéto, je lui ai tapé les paroles sur un portable, et il a voulu s’entraîner. On a cherché sa tonalité, et une fois que c’était fait on a enregistré « La France des couleurs ». Idir a traversé mon enfance et il m’a fait confiance, il n’y a pas de mots. Il m’a dit plus tard qu’il s’était mis à ma place et qu’il fallait beaucoup de cran pour venir voir quelqu’un qu’on idolâtre et lui dire qu’on a écrit une chanson pour lui. Et à chaque fois qu’il me présente sur scène, il me présente comme une femme à la volonté de fer.
© Olivier Cachin pour www.hitmusemag.com
Album « Dima » et single « C’est chelou » disponibles le 10 mars chez Capitol/EMI
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Publié le 11.02.2008 à 16:50
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