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Le clip « Je Sais Pas » de Positive Black Soul,
et Pape Thiopet avec « Neko Rel » !
La sono mondiale passe toujours par Dakar. L’électricité manque parfois dans la capitale sénégalaise, frappée de plein fouet par la flambée du prix des matières premières, mais ici, on n’a pas attendu les prises de courant pour faire de la musique. Et les fans de musique viennent de démontrer, une fois de plus, que l’on pouvait organiser un festival de jazz avec les moyens du bord, Jazz à Dakar. À condition de savoir se raccrocher aux branches de sponsors aussi généreux que volatiles, Inch’ Allah…
À Dakar, la musique est dans la rue, dans la cour, sur les chaloupes, entre les étales du marché, dans la tête des mariés et dans les taxis jaunes qui brinquebalent aux quatre coins d’une ville qui draine vers elle toutes les forces vives du pays. C’est El Hadj N’Dyae qui nous sert aujourd’hui de guide dans ce joyeux maquis. El Hadj N’Dyae est un musicien agricole, si l’on peut dire. Quand il n’enregistre pas ses mélopées sahéliennes dans les studios français, il cultive ses manguiers bio à 1 heure de voiture de Dakar, à la façon de ces artistes cubains qui ont appris à composer avec la vie. Une main dans les
arbres, une autre sur le micro. Cinq kilos de fruits doux et sucrés dans la besace et des chansons plein la tête. El Hadj N’Dyae ne descend pas d’une famille de griot, contrairement à Youssou N’Dour, la star sénégalaise, et à la plupart des musiciens de ce pays où les castes et les confréries pèsent si lourd. C’est un chanteur à textes, un garçon qui ne chante pas pour ne rien dire, mais qui s’engage à chaque mot, contre la dette, la corruption, la torture… « Moi, je suis allé à l’école et l’on nous disait que nous étions des étrangers en Afrique, chante-t-il. Nous n’habitions pas l’Afrique, nous sommes venus par l’Océanie, nous étions des occupants noirs comme le blanc est un occupant blanc… »
La sono mondiale passe par Dakar, et ce jour-là, un dimanche de juin 2008, sur le sable de l’île de Gorée,
devenu l’un des symboles du temps de l’esclavage. A l’invitation d’Augustin Senghor, le maire de la commune, les musiciens noirs du groupe New Yorkais Circular Time sont venus rendre un hommage à ce que Ron, le bassiste, appelle la Motherland ». Le pays-mère. Mère de toutes les musiques, s’entend. Mère du blues, du jazz, du reggae que mixe ce groupe américain. Et en écho résonne le Mbalax, ce rythme qui fait l’identité de la musique sénégalaise, propulsé dans le monde entier par les tubes de Youssou n’Dour. Même les rappeurs de Positive Black Soul s’y sont mis, eux qui ont tendance, la notoriété gagnée, à revenir vers la tradition, non sans faire totalement l’impasse sur ce rythme venu de Côte d’Ivoire qui se danse aujourd’hui dans toutes les discothèques africaines, le coupé-décalé.
Le jazz, le blues n’ont pas attendu ce festival organisé sous l’égide de Michael Soumah, 48 ans, le patron de Dakar FM, pour vibrer au Sénégal. Dés l’indépendance, Saint-Louis, la capitale d’alors, au Nord du pays, se faisait un honneur d’abriter quelques clubs où se produisait une pionnière, Aminata Fall. Un demi-siècle plus
tard, ces boîtes ont fermé et l’heure est au grand mix. Le jeune Pape Thiopet, un garçon à suivre, promet de peser sur le rap national. Les frères Guissé ont déjà plusieurs fois visité l’hexagone, avec des sons nettement plus folk. Et chez tous, on sent cette énergie propre aux pays où l’industrie musicale est complètement déficiente. Ici, tout repose sur l’artiste. Ici, les distributeurs font la loi, et chacun sait qu’ils tiennent, en sous-main, le marché parallèle, piraterie à tous les étages –le marché, officiel et officieux compris, brasse annuellement autour de 5 milliards de CFA, soit entre 7 et 8 millions d’euros. Sans compter qu’ils ont la main sur les radios et les télés qui comptent. Gare à celui qui n’est pas présent sur les étalages de la cantine B224, dans le grand marché sénégalais de Sandaga. Gare à celui qui ne vend pas quelques disques en Europe et qui n’a pas une plantation de manguiers pour assurer le pain quotidien. Gare à celui dont les textes
déplaisent en haut lieu, à ces riches distributeurs qui font la pluie et le beau temps, un privilège inouï dans un pays où il peut ne pas pleuvoir pendant des mois. Ceux-là rameront, sauf s’ils peuvent s’enorgueillir d’ancêtres griots : alors, ils n’auront qu’à chanter les louanges de tel ou tel notable pour voir affluer dans leur poche francs CFA, machines à la laver, et pourquoi pas, on l’a vu, un magnifique 4X4, de quoi frimer en brousse et séduire une, voir deux ou trois dames. « Historiquement, explique El Hadj N’Dyae, les griots avaient le monopole de la chanson. Ils travaillaient pour les cours royales. Ils étaient les garants de la tradition et écrivaient l’histoire du pays ». La plupart des vedettes actuelles s’inscrivent dans la lignée de cette chanson laudative, et ceux qui choisissent une autre voix, comme les célèbres Toure Kunda, originaires du Sud du Sénégal, optent en général pour l’exil français, où ils s’emploient à ouvrir la musique sénégalaise. Derrière, des dizaines d’artistes poussent. L’un d’eux, plutôt rappeur dans l’âme, se fait appeler Pacotille. Avec un nom pareil, et son style cool, il pourrait un jour briller au delà des mers comme Akon qui a su gagner ses galons de star, là bas par delà les mers, en Amérique.
© Frédéric Ploquin pour www.Hitmusemag.com – 24 juin 2008
Pour avoir plus d’infos sur…
Les Frères Guissé : cliquez ICI
Positive Black Soul : cliquez ICI
Pepe Thiopet : cliquez ICI
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Publié le 24.06.2008 à 12:20
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